Retraites, RSA, école : Macron, la menace d’un 2ème mandat de saccage social

Glaçant. Derrière son faux sourire, Emmanuel Macron annonce du sang et des larmes. Si on se penche sur le fond de son discours, il y a de quoi frémir. Après s’être caché durant de longs mois, Emmanuel Macron a annoncé la couleur le 17 mars à Aubervilliers : le rouge sang. Attaque du RSA, des retraites, des services publics, nouveaux cadeaux au capital, « et en même temps » pas un mot sur le pouvoir d’achat malgré l’explosion des prix dans le pays, Emmanuel Macron annonce une guerre sociale encore plus féroce en cas de 2ème mandat. On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas. Notre article.

Emmanuel Macron, un bilan économique sanglant

Ce jeudi 17 mars 2022 à Aubervilliers, Emmanuel Macron a annoncé la fin de la République sociale s’il est réélu. Un monologue de plus de quatre heures qui a de quoi glacer le sang sur le fond. Le monarque présidentiel, qui refuse le débat avec les autres candidats, s’est livré à un exercice d’autosatisfaction particulièrement brillant, un concours olympique de formules creuses, et un pillage en règle des idées de droite. Pensée particulière ici pour Valérie Pécresse et un parti, Les Républicains (LR), littéralement siphonnés.

Le président-candidat a défendu son sanglant bilan économique, alors que 8 millions de personnes ont besoin de l’aide alimentaire pour se nourrir en France quand, « en même temps », la fortune des 500 familles a doublé en 4 ans d’Emmanuel Macron, passant de 570 milliards en 2017 à 1000 milliards en 2021. Les 236 milliards supplémentaires engrangés en 19 mois de crise sanitaire par les milliardaires français, avec lesquels on pourrait quadrupler le budget de l’hôpital public ou distribuer un chèque de 3 500 euros à chaque Français ? Les 9 millions de citoyens survivant sous le seuil de pauvreté dans notre pays ? Pas un mot.

Les 2 regrets de Macron ? Les retraites et les institutions (attention, petits arrangements avec la réalité)

Le président-candidat l’a annoncé au début de son monologue, il ne pourrait être exhaustif. Exit donc l’extrême-pauvreté en France, exit l’indécente et révoltante explosion de l’extrême-richesse en France en pleine crise, exit le logement, alors que 300 000 personnes survivent à la rue et que 14,6 millions de Français sont fragilisés par la crise du logement, exit également la biodiversité, alors que la planète fait face à la sixième extinction de masse des espèces de son Histoire, exit également l’Outre-mer, sujets non-prioritaires, repoussés à plus tard par le chef de l’État. 

Emmanuel Macron n’a exprimé que deux regrets, ne pas avoir mené à terme 2 réformes : les retraites et les institutions. Le report de la réforme des retraites ? La faute de la pandémie. Pas un mot du plus long mouvement social depuis 50 ans en France qu’a soulevé sa réforme, ni du 49.3 dégainé à l’occasion du premier Conseil des ministres consacré à la crise sanitaire. Le report de la réforme des institutions ? La faute au Sénat. Pas un mot sur l’Affaire Benalla à l’origine de son enterrement. Mais entrons dans ce qu’Emmanuel Macron a osé annoncer, entrons dans le dur.

Emmanuel Macron promet de s’attaquer au… Revenu de solidarité active (RSA) !

Après s’en être pris, en pleine crise économique, aux chômeurs, à travers la sanglante réforme de l’assurance-chômage, après s’en être pris à l’Hôpital, en pleine crise sanitaire, en continuant à fermer des lits et à réaliser des économies, après s’en être pris aux Gilets Jaunes, en pleine urgence sociale, envoyant les CRS gazer et crever les yeux des manifestants, Emmanuel Macron a choisi une nouvelle proie : le Revenu de solidarité active (RSA). 

Pour les millions d’entre nous devant jusqu’ici réussir à survivre avec 565,34 euros par mois, Emmanuel Macron a lâché une bombe ce jeudi. Osant prétexter la « dignité » des bénéficiaires du RSA, le président-candidat a annoncé une « obligation de consacrer 15 à 20 heures par semaine » à une « activité permettant d’aller vers l’insertion ». Frottez-vous bien les yeux : être pauvre devient une infraction. Les chômeurs sont responsables du chômage, les pauvres sont responsables de leur pauvreté. Les gueux n’ont qu’à travailler. Peu importe le chômage structurel, l’ubérisation et l’extrême précarisation de l’emploi en France.

On parle ici d’une rupture historique dans le modèle social français rêvée par la droite depuis des années. Une proposition qui figure d’ailleurs dans le programme de Valérie Pécresse, siphonnée. Le « projeeet » ici est bien de conditionner les aides prestations sociales à un travail, à l’instar du « workfare » d’un Richard Nixon dans les années 70 aux États-Unis. Emmanuel Macron, un jeune président aux idées économiques réactionnaires.

Les modalités de ce travail forcé n’ont pas été précisées par Jupiter, mais selon sa logique les bénéficiaires du RSA devront effectuer un mi-temps pour pouvoir continuer à toucher le RSA. Emmanuel Macron viendrait-il d’inventer le mi-temps sans contrat ni droits sociaux à 565 euros par mois ? La mise en œuvre de cette réforme risque de poser un petit problème constitutionnel, mais l’idée est limpide : s’attaquer une nouvelle fois aux plus fragiles d’entre nous. Faire croire aux pauvres qu’ils sont responsables de leur pauvreté. Peu importe que 5 milliardaires dans ce pays confisquent autant de richesse que 27 millions de personnes. Peu importe Victor Hugo, « de l’enfer des pauvres est fait le paradis des riches », si vous êtes au RSA, non-content de survire avec cinq cents euros par mois, vous allez cracher du sang.

Cette sortie d’Emmanuel Macron est terrible. Elle s’attaque au peu de protection sociale qui restait encore aux citoyens les plus fragiles. Elle est d’une férocité sans nom. Elle est l’œuvre d’un homme sanguinaire osant se réclamer de l’humanisme au début de son intervention. Une déclaration qui délégitime le principe même de prestation sociale, pour forcer les plus fragiles de nos concitoyens à se confronter à la concurrence du marché. Une réforme du RSA qui offrirait aux entreprises une main d’œuvre prise en charge par l’État. Une seule raison pour laquelle il faut que nous nous élevons de toutes nos forces pour qu’Emmanuel Macron ne repasse pas.

Retraite à 65 ans, « difficile de mieux payer les enseignants qui ne font pas plus d’effort », privatisation des services publics : Macron, l’austérité sanglante

Comme annoncé par Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement, quelques jours plus tôt, Emmanuel Macron l’a confirmé ce jeudi : en cas de réélection, il repoussera l’âge de départ à la retraite à 65 ans. Le tout, en osant parler de « pénibilité », alors que 25% des plus pauvres sont déjà morts à 62 ans, l’âge actuel de départ à la retraite. La justification pour nous faire travailler plus longtemps ? La réduction des dépenses publiques, encore et toujours. Nous vous alertions dans ces colonnes le 16 avril 2021 sur le pacte de stabilité envoyé par le gouvernement à Bruxelles, prévoyant un retour du déficit public en dessous des 3% pour… 2027. Emmanuel Macron avait en réalité dévoiler son programme dès avril en cas de deuxième mandat : l’austérité.

C’est dans cette même logique, que le président sortant refuse toute valorisation générale des enseignants. Pire, c’est dans la logique du mépris crasse auquel Macron nous a habitués tout au long du quinquennat, que le chef de l’État s’adresse au corps enseignant : « difficile » de mieux payer ceux qui ne « font pas plus d’effort ». Les enseignants apprécieront.

Concernant les services publics plus généralement, Emmanuel Macron souhaite un approfondissement des « appels ouverts à projets », des services publics soumis… aux propositions du secteur privé. La privatisation des services publics en marche, ou plutôt en accéléré, Emmanuel Macron évoquant une « simplification » qui réduirait le pouvoir normatif de l’État à travers des « lois » qui n’augurent rien de bon pour des services publics à flux tendus, déjà asphyxiés par cette logique d’entreprise.

Une logique d’entreprise dans les services publics, et en particulier dans les écoles. Comme le chef de l’État l’avait annoncé à Marseille en septembre, le président candidat l’a confirmé : il veut permettre aux chefs d’établissement d’effectuer des recrutements « sur profils ». Des directeur d’école qui peuvent recruter eux-mêmes ? L’égalité territoriale de la fonction publique en vacances avec Jean-Michel Blanquer à Ibiza. La privatisation des écoles en marche.

De nouveaux cadeaux au capital, évidemment

Et les cadeaux aux riches, dans tout ça ? Ne vous inquiétez pas, merci pour eux. Après la suppression de l’Impôt sur la Fortune (ISF), le prélèvement forfaitaire unique (PFU) faisant baisser l’imposition du capital, le crédit d’impôt recherche (CIR) dilapidé, les 100 milliards du « plan de relance » ruisselant sur les grands groupes sans aucune contrepartie, Emmanuel Macron a préparé de nouveaux jolis cadeaux au capital.

Un plan de subvention de la recherche de, excusez du peu, 30 milliards d’euros. Pour fonder un « Metaverse européen », projet qu’a précisé Cédric O, le secrétaire d’État au numérique, sur BFMTV : « créer des concurrents européens aux moteurs américains Unreal Engine et Unity, les plus utilisés dans l’industrie du jeu vidéo ». Une soumission de l’enseignement supérieur et de l’éducation nationale à la concurrence européenne et à la logique d’entreprises, peu importe que nos Universités étouffent, que nos doctorants soient payés une misère pour un long parcours du combattant débouchant très rarement sur un poste de maître de conférences, et que le nombre de thèses soutenues en 2020 ait chuté de 15 %. Tout pour le privé.

Emmanuel Macron a également annoncé, étonnant son monde, une nouvelle baisse des impôts de production, de la contribution sur la valeur ajoutée (CVAE), pour un montant de 7,5 milliards d’euros par an. Soumission à une demande du patronat, également effectuée par Marine Le Pen et Eric Zemmour, candidat d’extrême-droite, d’opposition, mais pas trop quand même avec le capital, à l’instar de leur soutien au recul de l’âge de départ à la retraite ou de leur refus d’augmenter les salaires.

Pas un mot sur le pouvoir d’achat, la priorité des Français, malgré l’explosion des prix et la colère qui monte dans le pays

Vous reprendrez une avant-dernière tranche de Macron ? Alors qu’il avait affirmé au magazine Elle que « l’égalité femmes-hommes serait à nouveau la « grande cause du quinquennat », pas une phrase, pas un mot sur le sujet. Face à l’urgence climatique, l’auto-proclamé champion de la terre, condamné à deux reprises par la justice pour inaction climatique, a affirmé « avoir besoin d’investir massivement dans le renouvelable ». Cocasse. Quand on sait que la France est le seul pays de l’Union européenne à ne pas avoir atteint ses objectifs de déploiements des énergies renouvelables en 2020, ça ne manque pas de sel.

Enfin, alors que les prix explosent dans le pays, et les Français par la même occasion, pas un mot sur le pouvoir d’achat. Le président-candidat avait pourtant multiplié les annonces électoralistes, de la prime inflation de 100 euros de Jean Castex à la ristourne de 15 centimes sur le litre d’essence (au 1er avril !). Dans son discours de plus de 4 heures, alors que le pouvoir d’achat est la priorité absolue des Français pour cette présidentielle, que l’inflation notamment du prix de l’essence provoque des blocages actuellement dans tout le pays, Emmanuel Macron n’a dit mot de l’explosion des prix (excepté pour parler des mesures déjà en cours).

Emmanuel Macron n’a décidément rien retenu des Gilets Jaunes. L’explosion des prix dans le pays pose pourtant une nouvelle fois la question centrale du pouvoir d’achat : le partage de la richesse entre le capital et le travail, les profits et les salaires. Au même moment que son monologue, se tenait ce jeudi à Paris une nouvelle manifestation pour l’augmentation des salaires. Leroy Merlin, Bergams, Sanofi, Auchan, Decathlon, Labeyrie, Sephora, Alstom, Constellium, Ferropem, Conforama, Boulanger, Lidl, Carrefour, Flunch, Dassault Aviation, un mouvement pour l’augmentation des salaires a eu lieu dans tout le pays en décembre. Le convoi de la liberté a rappelé début février le bon souvenir des Gilets Jaunes au chef de l’État, ce dernier envoyant des blindés barricader la capitale et ses CRS matraquer les manifestants sur les champs Élysées, rappelant les grandes heures des Gilets Jaunes.

Face à la féroce guerre sociale que prépare Emmanuel Macron, et à l’extrême-droite de Marine Le Pen et d’Éric Zemmour, répétition du deuxième tour de 2017 rejeté par 80% des Français, une troisième voie existe. Celle du partage des richesses, de la bifurcation écologique et de la 6ème République. Un programme plébiscité par une immense majorité de Français. Un programme qui attire de plus en plus de nouveaux visages d’associatifs, de syndicalistes, d’intellectuels, d’artistes, de citoyens révoltés par ce quinquennat que Macron a peur de défendre. Bonne nouvelle : ce programme est aux portes du second tour. Nous n’avons plus 5 ans à perdre.

Par Pierre Joigneaux.