Travailler plus, pour gagner moins : le cynisme de Macron sur France 2

Mercredi 26 octobre, le deuxième volet de l’interview d’Emmanuel Macron dans « l’Événement » sur France 2, était consacré aux questions de politique nationale. Le président a été obligé de reconnaître que son gouvernement était dans une impasse politique, économique, sociale et écologique. Cependant, aucun changement de cap n’a été annoncé. Face au précipice, Macron accélère. Chronique d’un naufrage politique. D’un disque rayé, celui d’un projet désormais ultra minoritaire dans le pays. Travailler toujours plus longtemps, pour gagner toujours moins : Emmanuel Macron, l’anti-moderne. Notre article.

Hier soir, mercredi 26 octobre 2022, Emmanuel Macron était interviewé par la journaliste Caroline Roux dans le cadre de l’émission « L’Événement » sur France 2. 

Après une première interview lunaire en pleine mobilisation sociale dans laquelle le Président a évité consciencieusement les sujets sur lesquels les Français attendent des réponses, Emmanuel Macron n’avait plus le choix. Mercredi soir, son deuxième passage dans l’émission « l’événement » de France 2 était consacré aux questions de politique intérieure.

Macron a été obligé de reconnaître que son gouvernement était dans une impasse politique, sociale, écologique. Un changement de cap à venir, alors que le gouvernement a déjà déclenché trois passages en force à l’Assemblée nationale grâce au 49.3 ? Non, nada, R. Au bord de la falaise, le président de la République souhaite faire un grand pas en avant. Et ça se dit premier de cordée…

Économie, social, écologie, sécurité, politique, institutions… Emmanuel Macron a réponse à tout. Mais ce sont toujours les mêmes éléments de langage, toujours les mêmes obsessions néolibérales, toujours ces fausses compassions. Sans jamais aucune remise en question malgré l’échec patent. Toujours le même ton, toujours le même mépris.

Économie : la crise qui cache la forêt de super-profit

C’est maintenant une ritournelle habituelle du chef de l’État. Il court de plateau télé en conférence de presse en s’égosillant « nous sommes en crise, nous sommes en crise, nous sommes en crise ! ». Sous entendu : « Ce n’est pas de ma faute, c’est le monde qui s’acharne contre nous ! Sans votre dévoué capitaine, nous aurions déjà coulé ! » Une manière presque habile de se dédouaner et de fuir ses responsabilités alors que l’état du pays est alarmant.

Sur le front économique, c’est l’inflation qui joue le rôle du grand méchant loup. Contre cette tempête, il n’existerait d’autre solution que de faire le dos rond et d’attendre que ça passe. +28,57% pour la viande, +20,36% pour les pâtes, +17,92% pour le papier toilette, +16,56% pour le beurre et la crème fraiche, +14,86% pour les œufs, +14% pour les légumes… Et seulement +2,5% pour les salaires. Mais surtout, surtout, pas de blocage des prix et pas d’augmentation des salaires. Et pas de taxation des super-profits non plus, malgré les +32,7% pour les dividendes, et les 17,3 milliards de dollars pour Total en seulement neufs mois, le bénéfice le plus élevé jamais réalisé par une entreprise française.

Le président se contente de se vanter d’avoir contenu l’inflation à 6% grâce à sa politique. Petits problèmes Monsieur le président : premièrement, les salaires n’ont pas suivis l’inflation, deuxièmement, vous n’avez toujours pas bloqué les prix, troisièmement, ces prix ont augmenté bien plus que 6% pour les produits de première nécessité par rapport aux produits de luxe, c’est la lutte des classes dans le cadi. Les classes populaires subissent beaucoup plus durement l’explosion des prix des produits populaires. Les pauvres doivent survivre avec toujours moins, en travaillant toujours plus. Travailler plus, pour gagner moins : Nicolas Macron, l’anti-moderne.

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Pendant ce temps, à l’autre bout de l’échelle des privilèges, les ultra-riches ne connaissent pas la crise. Bien au contraire.

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Le président à la dérive balaie ensuite les vraies solutions d’un revers de la main. Impossible de taxer les super-profits car il n’y aurait « plus de marge de manœuvre pour augmenter les impôts ». Bloquer les prix de l’alimentation temporairement, face à l’inflation explosive ? 85% des Français sont pour et la législation française le permet. Horreur pour le président : « administrer les prix va tout désorganiser ». ce serait dommage, c’est si bien ordonné aujourd’hui. Augmenter les salaires ? Impossible car cela créerait une « boucle prix-salaire ». Une vieille rengaine ultra-libérale qui n’a aucun sens lorsque l’inflation est due majoritairement à la spéculation sur les matières premières et sûrement pas à des salaires qui n’ont augmenté, on le rappelle, en moyenne de seulement 2.5%

Retraites, hôpitaux : Macron joue la compassion puis repart à l’assaut des conquis sociaux

Faire travailler les Français plus longtemps : voilà l’un des piliers du programme d’Emmanuel Macron. Faire travailler les Français jusqu’à 65 ans ? Une « priorité » cruelle de la macronie. Surtout que 79% des Français sont opposés à ce projet mortifère : ils ne sont pas d’accord pour travailler plus longtemps. 

Se doutant sûrement du caractère explosif de sa réforme, Macron s’est dit « ouvert » à un décalage de l’âge légal de départ à 64 ans, non plus à 65 ans. Cela reste trop élevé. À l’âge de départ actuel, c’est-à-dire 62 ans, un quart des travailleurs les plus pauvres n’ont pas de retraite du tout. Parce qu’ils sont morts. La réforme des retraites voulue par Macron constituerait une déclaration de guerre au monde du travail.

Concernant l’hôpital, Macron a joué la compassion, en reconnaissant qu’il y avait urgence, que les conditions de travail ne se sont pas assez amélioré, comme si elles allaient s’améliorer toute seules ! Qui est au pouvoir depuis 5 ans ? Qui décide du budget des hôpitaux ? Qui est responsable ? C’est lui. 21 000 lits ont été supprimés pendant 5 ans : un carnage. Le chef de l’État a fermé 5768 lits en plein pandémie. 

On est au-delà de l’urgence. Et pourtant Macron n’a rien d’autre à proposer que de baisser les impôts pour les médecins généralistes qui continuent à travailler après la retraite. Tant mieux pour eux. Mais c’est un pansement sur une jambe de bois. La santé a besoin d’investissements massifs dans le matériel et d’augmenter les salaires afin que les conditions de travail puissent permettre un recrutement massif avant que ne s’écroule l’Hôpital qui fut jadis une fierté de la Nation.

Écologie : aux ultra-riches les yachts et les jets, au peuple le col roulé

On connait maintenant la rengaine de la fin de l’abondance. Cette sobriété des cols roulés qui devrait nous permettre de passer l’hiver sans coupure de courant malgré les difficultés d’approvisionnement en énergies fossiles. Est-ce que la fête au CO2 reprendra dès que nous aurons sécurisé nos achats de gaz ? Nous n’en saurons rien. Pour la vision de long terme, il faudra repasser. Des centrales nucléaires en état de marche dans 20 ans et des voitures électriques, voilà tout ce que le Président des riches a à nous proposer face à la catastrophe climatique. Les vrais responsables du chaos peuvent dormir sur leurs deux oreilles. Macron veille au grain.

Sécurité, immmigration : des appels du pied à l’extrême-droite

Même sur la sécurité, où la droite a d’ordinaire un vaste panel de propositions nauséabondes, le discours de Macron est creux. Tout ce qu’il sait faire, c’est dénigrer par petites touches insidieuses celles et ceux que l’extrême-droite accable de tous les maux. Le Président s’exclame fièrement « Je ne ferai jamais un lien existentiel entre l’immigration et l’insécurité ». Il dit « refuser la généralisation ». Il esquisse ainsi une différence avec Le Pen, Zemmour et Ciotti qui trépignent de joie chaque fois qu’un fait divers impliquant une personne un peu moins blanche de peau qu’eux leur permet de vomir leur haine de la différence, leur peur de la créolisation.

Une différence donc, mais pas du tout un rempart, une digue ou même une quelconque protection. Une dune peut-être. Un peu fatigante à remonter, mais que l’on peut aisément dévaler. Voyez-plutôt.

Attention, si vous avez de quelconques bases en sociologie, ce qui suit peut présenter des risques pour la santé, notamment faire saigner des yeux. Admirons comment le Président reprend, tout en nuance, les élucubrations les plus nauséabondes de l’extrême-droite : « À Paris, là ou cette immigration illégale est concentrée, on ne peut pas ne pas voir que la moitié des faits de délinquances viennent de personnes qui sont des étrangers ».

Adieu les facteurs sociaux de l’illégalisme. Ce n’est pas comme si notre pays avait permis à des chercheurs comme Michel Foucault d’éclairer l’ensemble de l’esprit humain sur ses questions. Si les gens commettent des délits, volent ou trafiquent, il n’y a aucun rapport avec le fait qu’ils vivent sous une bretelle de périphérique, sans toit, sans eau potable. Non non non, c’est parce que c’est dans leur mœurs, dans leur culture, vous savez dans ce grand pays, en étrangie, voler, blesser d’autres humains c’est normal, c’est la coutume.

49.3, motion de censure, « désordre et cynisme » : Jupiter descend de son Olympe pour commenter la politique française avec mauvaise foi

Jupiter est descendu de son Olympe pour commenter l’actualité politique du pays. Il a approuvé la décision de son gouvernement d’engager un passage en force à l’Assemblée nationale grâce au 49.3. Voilà donc la « nouvelle méthode », faite de « compromis » et de « consultations », tellement vantée par le chef de l’État au début de son mandat. Un 49.3 qui aurait « évité plusieurs milliards de dépenses à perte peu utile », selon Macron ? Le 49.3 a surtout empêché de nouvelles recettes par la mise d’une taxe sur les super-dividendes, pourtant approuvée par l’Assemblée nationale. Une telle taxe aurait pu rapporter beaucoup à l’État, de même qu’une taxe sur les super-profits.

La mauvaise foi de Macron a éclaté aux yeux de tout le pays hier soir

Le président de la République a fustigé le « désordre et le cynisme » des oppositions. Il était en colère et a fait preuve d’un sacré culot en faisant la leçon à la gauche de rupture de soi-disant s’allier avec l’extrême-droite contre la macronie. Des mensonges venant de celui qui l’a banalisée pendant 5 ans : il fallait le faire. Il est faux de dire que le RN et la NUPES se sont alliés pour voter une motion de censure contre le gouvernement. Le RN a décidé de son vote tout seul.

Les leçons de Macron sont difficiles à entendre. Qui a permis le vote de deux vice-présidents RN à l’Assemblée nationale ? La macronie. Qui a voté contre la hausse du SMIC, le blocage des prix et le gel des loyers ? Contre une taxe sur les super-profits au Parlement européen ? Contre le rétablissement de l’ISF ? La macronie et l’extrême-droite, main dans la main, pour défendre le capital.

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Les leçons d’accointance avec l’extrême-droite venant du président sont au mieux de la malhonnêteté intellectuelle et de la mauvaise foi, au pire un jeu politique très dangereux, dans lequel il continue sans cesse à banaliser l’extrême-droite. L’histoire l’a démontrée, la caste, les ultra-riches préfèreront toujours s’allier avec l’extrême droite que de voir la République sociale triompher.

Par le comité de rédaction.