Réforme des retraites : la « priorité » cruelle du gouvernement

Macron tente à nouveau de repousser l’âge de départ à la retraite. Si il y parvient, une grande partie des ouvriers mourront à la tâche, sans jamais pouvoir bénéficier d’une retraite pour laquelle ils auront cotisée toute leur vie.

Lors des universités d’été 2022 de LFI, les « AMFIS », a eu lieu une conférence intitulée « Retraites : des arguments pour la bataille à venir ». Les intervenants ont pu décrypter le sujet d’une des prochaines batailles qui opposeront le gouvernement et l’opposition : la réforme des retraites, très chère au chef de l’État. Elle reste « une priorité » du gouvernement selon Olivier Dussopt, ministre du Travail. Il était l’invité de France Info ce matin.

Après un premier abandon sous son premier quinquennat, Emmanuel Macron a fait de la réforme des retraites le cheval de bataille de sa (maigre) campagne présidentielle. Son objectif : reporter l’âge de départ à 65 ans. Une idée qu’ont rejeté 77% des Français au moment de l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle. La conférence des « AMFIS » s’était donnée comme objectif de donner au public assez de contre-arguments sur cette réforme. Ce, afin qu’un maximum de personnes soient armées pour contrer les éléments de langage à venir du gouvernement. Notre article.

Retraites : le désastre social actuel

À partir du 1er avril 1983, l’âge de départ a été 60 ans. Puis il a été décalé de 2 ans en 2011 sous Nicolas Sarkozy. Le passage de 40 à 42 annuités, c’est-à-dire le nombre d’années de cotisations nécessaires pour partir à taux plein, a eu pour effet d’augmenter « le sas de pauvreté ». Michael Zemmour, maître de conférences en économie, utilise cette expression pour désigner la période de pauvreté par le non-emploi des ouvriers et employés avant la retraite.

Repousser à 65 ans prolongerait logiquement ce sas. Sur ce point, les députés NUPES ont souligné le besoin de supprimer la décote. Certains travailleurs ne peuvent pas, pour de nombreuses raisons (pénibilité, précarité, instabilité de la vie…), remplir toutes leurs annuités. Aussi, les femmes sont les grandes perdantes de ce système de retraite. Plus sujettes à des carrières morcelées et victimes des inégalités salariales, les femmes souffrent d’une grande injustice, qui ne serait que renforcée par un prolongement jusqu’à 65 ans.

Enfin, le système actuel est marqué par le problème du minimum vieillesse (pour les retraités ayant un revenu inférieur à 916,78 €). Cette aide sociale n’est accessible uniquement qu’à partir de 65 ans. Se pose donc la question des retraités précaires, jugés « trop jeunes »

Une réforme injustifiée

« Travailler plus longtemps quand on vit plus longtemps », « Il faut réformer pour retourner à l’équilibre » : voilà les deux totems sacrés brandis par la droite depuis des années pour justifier chacune de ses réformes. Ils sont cependant erronés. Premièrement, le Conseil d’orientation des retraites (COR) a, dans ses différents scénarios, souligné la possibilité d’un retour à l’équilibre du système des retraites pour 2035 (via un effort constant de l’État). Il n’y a pas donc de problème de financement de notre système de retraite.

Deuxièmement, les inégalités sociales profondes font que les plus précaires vivent moins longtemps que les plus riches. Ils ne bénéficient donc pas pleinement de leur retraite quand ils arrivent à l’obtenir. À l’âge de départ actuel, c’est-à-dire 62 ans, un quart des travailleurs les plus pauvres n’ont pas de retraite du tout, parce qu’ils sont morts. Si la retraite à 65 ans devenait une réalité, ce serait d’autant plus de personnes qui mourraient sans avoir pu profiter de la fin de leur vie. La bataille sera rude. Mais la gauche de rupture sera au rendez-vous.