Législatives : François Ruffin veut faire reculer l’extrême droite dans la Somme

Devant plus de 1000 personnes ce samedi à Flixecourt dans la Somme, François Ruffin a lancé sa campagne législative. Une reconquête sur les terres d’extrême-droite pour propulser l’Union populaire au pouvoir. Premier épisode de notre tour de France des campagnes législatives insoumises. Notre article.

Flixecourt : Marine Le Pen à 45% au 1er tour

Flixecourt. Ce samedi, les rues de cette petite commune des Hauts de France, des ribambelles de maison en brique rouge en enfilade, sont envahies par une bonne humeur communicative. Le soleil samarien tape. Plusieurs centaines d’insoumis déambulent entre les maisons dans une ambiance festive, guidée par une fanfare. « Ils ont l’argent, on a les gens ! » chante la foule.

Dans cette petite commune de 3000 habitants, Marine Le Pen a cartonné. 45% au 1er tour, 65% au 2ème. Sur l’ensemble du département, la candidate du Rassemblement nationale est arrivée en tête aux deux tours. « Atchik atchik atchik, aïe aïe aïe ». Le cortège passe devant la petite Mairie. Un petit village qui a du mal à résister encore et toujours à l’envahisseur, la concurrence européenne. Le bassin flixecourtois est fracassé par la désindustrialisation, symbolisée par les fermetures en cascades des usines Saint Frères. Des effectifs passés de 9000 personnes dans le département à… 14 emplois.

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Une militante nous confie qu’une grande partie de sa famille a glissé le bulletin Marine Le Pen. L’immigré, ennemi plus matérialisable que le capital ? C’est pour ça qu’elle est là : le discours de François Ruffin et de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle, lui a parlé. Relever la tête vers les « invisibles d’en haut », plutôt que de se diviser entre « invisibles du bas ».

Visibiliser les invisibles d’en bas mais aussi ceux d’en haut, le combat de François Ruffin

François Ruffin a réussi quelques coups de projecteurs à l’Assemblée nationale durant le quinquennat qui vient de se terminer. Femmes de ménages, aides soignantes, accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH)… Des invisibles, oubliées, délaissées, mises en lumière. Le député reporter le plus célèbre de France excelle à porter la voix des sans-voix à Paris. À travers ses coups de geule dans l’hémicycle. À travers ses films, alliés précieux de la bataille culturelle du travail contre le capital, des petits contre les gros, de ceux d’en bas contre ceux d’en haut.

Mais est-ce que ceux d’en haut ne sont pas encore plus invisibles que ceux d’en bas ? Vous entendez souvent les noms des 5 personnes qui possèdent autant que 27 millions de Français ? Qui prononce les noms de Bernard Arnault (LVMH), Françoise-Meyers Bettencourt (L’Oréal), François Pinault (Kering), des frères Alain et Gérard Wertheimer (Chanel) ? Qui prononce les noms de ces profiteurs de crise, qui ont doublé leur fortune en 19 mois de pandémie, ajoutant 173 milliards d’euros à leur magot ?

La macronie a réalisé l’exploit de ne pas mentionner « Total » lors du débat sur l’explosion des prix et du pouvoir d’achat durant la présidentielle. Une sacrée prouesse quand on sait que Total a réalisé le résultat net le plus élevé jamais réalisé par une entreprise française dans l’Histoire. En pleine pandémie. 15 milliards d’euros de bénéfices, un chèque de 5€ pour les gueux ? Total se gave et vous jette les miettes, balance les restes à Jacquouille et ose se faire passer pour un grand seigneur, à l’instar de Jean Castex et de son chèque énergie.

Démasquer les profiteurs de guerre pour lutter contre l’extrême-droite

Démasquer l’extrême-droite, passe inévitablement par démasquer le capital. Changer l’adversaire dans l’esprit des électeurs d’extrême-droite « fâchés pas fachos ». Ne plus se comparer avec son voisin, mais relever la tête et se comparer avec ceux d’en haut. François Ruffin s’est attelé à la tâche hier soir à Flixecourt, dans une partie peut-être un peu trop courte de son discours.

François Ruffin s’est attaqué à son meilleur ennemi, Bernard Arnault. L’homme qui a payé Bernard Squarcini pour infiltrer son journal Fakir, qui a payé 10 millions d’euros à la justice pour ne pas être poursuivi pour ces écoutes. L’équipe du député a diffusé sur grand écran une photo de Cistern Cay, l’île secrète de Bernard Arnault, dans un exercice de vulgarisation et de visibilisation réussie. Avant de charger Patrick Pouyanné, le PDG de Total, qui a vu doubler sa rémunération (+52%) l’année dernière, pour bondir à 6 millions d’euros. Possédant lui aussi un palace dans un paradis fiscal, le Delaware, avec… 26 salles de bains. Et de deux profiteurs de guerre démasqués.

Mais le député insoumis a explicité la difficulté à visibiliser ceux d’en haut : la séparation géographique entre le capital et le travail. Les milliardaires sont séparatistes. Ils vivent dans un monde lointain, inaccessible pour le commun des mortels. Pas facile de matérialiser dans les esprits, ce que représentent tous ces milliards. Mais il le faut, démasquer ces extrêmes profiteurs de richesse, si on veut battre l’extrême droite et son discours sur les profiteurs immigrés.

Démasquer Marine Le Pen sur son programme économique

Le paysage politique actuel remonte à 2005. La victoire du « non » au Traité constitutionnel européen (TCE), bafouée. La victoire idéologique d’une gauche de rupture avec le libre-échangisme et l’Europe de la concurrence, sur une gauche pour le marché unique qui a fini par théoriser l’abandon des classes populaires. François Ruffin le souligne : alors que le Front national était ultra-libéral et pro-européen, notamment pour faire face au bloc communiste, il est le parti qui a le plus vite adopté son propos dès les années 1990. Mais ça c’était l’époque de Le Pen père, avant que Le Pen fille ré-adopte un discours pro-européen après sa défaite en 2017, matérialisé par le départ de Florian Philippot et son évolution sur la question de la dette.

L’insoumission l’a martelé durant toute la campagne : le programme économique de Marine Le Pen est une saignée pour les classes populaires. Jean-Luc Mélenchon s’est attelé à démasquer Marine Le Pen durant ses discours de campagne. Réforme des retraites, impôt sur la fortune, taxe sur les profiteurs de crise, nationalisation des autoroutes, RSA pour les 18/25 ans, Parcoursup, mais également violences faites aux femmes, endométriose, Référendum d’initiative citoyenne (RIC)… Pour chacun de ces débats, Marine Le Pen était absente au Parlement. En plus de refuser l’augmentation du SMIC, le blocage des prix ou le dégel du point d’indice des fonctionnaires, et de son revirement en faveur du remboursement de la dette et de l’austérité dans nos services publics.

François Ruffin l’a rappelé ce samedi sur ses terres : en 7 mois d’une bataille historique sur les retraites, Marine Le Pen a prononcé… 7 mots. Pendant ce temps-là, le député la Somme a souligné tout le travail parlementaire des insoumis à l’Assemblée nationale, pour faire gagner du temps à la rue. Et la macronie a finit par craquer, passant en force avec le 49.3, avant de renoncer provisoirement. François Ruffin a posé l’une des questions centrales des législatives : Macron 2 revient avec la retraite à 65 ans, face à la guerre sociale féroce en marche, quels députés peuvent mieux se bagarrer ?

L’alliance des France périphériques au pluriel

« J’ai mal au dos, j’ai mal au genou, j’ai mal au bras. Pendant 20 ans j’ai porté, porté, porté. Porté des gens. J’ai lâché prise à cause des douleurs et du manque de temps. On avait plus que 30 minutes par personne. Il veut me faire bosser jusqu’à 65 ans ? Il est fou ». François Ruffin, un haut-parleur de la souffrance des invisibles d’en bas. Mais le député de la Somme se veut aussi un point d’appui pour l’alliance des France périphériques au pluriel.

« On n’a pas à opposer les quartiers populaires et les campagnes populaires. Une union populaire est possible partout, sur les déserts médicaux, sur le numérique, sur le chômage, sur leur retraite ». La mondialisation, la concurrence, la financiarisation, et l’austérité sanglante imposée par la Commission européenne, ne regardent pas la couleur des habitants, s’ils habitent en quartier ou à la campagne pour détruire leurs services publics. Allier les France périphérique, partir à la reconquête des terres d’extrême-droite pour propulser Jean-Luc Mélenchon à Matignon et l’Union populaire au pouvoir, tel est le rôle du camarade Ruffin.

La conclusion de son meeting, extrait de l’Homme de la rue de Frank Capra : « Un peuple libre est invincible s’il est solidaire. Vous vous demandez quoi faire. Vous vous dites que vous ne comptez pas. Mais c’est faux. Parce que l’identité d’un pays est la somme des gens comme nous. Mais il faut foncer. Pour gagner, nous devons former l’équipe de tous les John Doe. Nous devons jouer ensemble. Votre voisin de palier joue dans votre équipe. Il est important ! Vous devez le connaître. Vous avez besoin de lui et lui de vous. S’il est malade, s’il a faim, occupez-vous de lui. Trouvez-lui un travail. Qui connaît son voisin ? Ce type derrière sa barrière ? Il faut se connaître pour jouer ensemble. Alors abattez cette barrière !

Si on fait tomber la barrière, les préjugés tomberont aussi dans tout le pays. Et là, on sera une équipe ! Vous vous dites : « Ce type croit aux miracles ! On ne change pas les gens ! » Vous vous trompez, je n’attends pas de miracle ! Je le vois tous les ans. Et vous aussi. Au moment de Noël. C’est formidable ce que l’esprit de Noël peut nous donner, qui que nous soyons. Pourquoi cet esprit de Noël n’existerait pas toute l’année ? Imaginez que tous les John Doe fassent vivre cet esprit 365 jours par an, toute cette bonne volonté serait comme un raz de marée invincible. Oui, mes amis… La terre sera à nous le jour où nous aimerons notre voisin. Commençons maintenant. N’attendons pas que la nuit fasse annuler le match. Debout John Doe, tu es l’espoir du monde ! »

Par Pierre Joigneaux.