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Retraites : 30% des seniors ne sont déjà plus en emploi à 62 ans, réduisons et partageons le temps de travail au lieu de le prolonger bêtement

Retraites. Macron veut forcer les Français à travailler deux ans de plus. Problème : 30% des travailleurs et des travailleuses ne sont déjà plus en emploi à 62 ans. Le chômage des seniors est déjà un échec terrible de l’économie dérégulée défendue par les ultralibéraux. Ce serait encore bien pire avec un âge légal de départ à la retraite à 64 ans. Comme toujours, le coût du malheur, le coût psychique de finir sa vie professionnelle au chômage ou au RSA après avoir travaillé toute sa vie n’est jamais pris en compte. Une autre retraite est possible : 60 ans et 40 annuités, le partage du temps de travail, travailler mieux en travaillant tous. Notre article.

La retraite à 64 ans, une réforme inutile, injuste… et bête ?

Nous l’avons déjà expliqué dans nos colonnes. La retraite à 64 ans est une réforme aussi injuste qu’inutile. Cette fois-ci, penchons-nous sur l’aspect proprement bête de ce recul de l’âge légal.

En France, aujourd’hui, 30% des travailleurs et des travailleuses, n’en ont en fait pas en arrivant à 62 ans. 5% sont au chômage et 25% doivent se contenter des minimas sociaux pour survivre jusqu’à la retraite. Alors qu’ils ont travaillé toute leur vie, qu’ils ont contribué à l’effort collectif pendant des dizaines d’années, la politique ultralibérale, la politique de la concurrence à tous les étages, de la destruction des protections sociales les abandonne au moment où leur force et leur énergie décroîent.

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La retraite à 64 ans de Macron est l’équivalent d’un enfant qui tente de faire rentrer des cubes dans un trou ovale. À 18 mois, c’est mignon. A la tête de l’État, c’est inquiétant. Les gens n’en peuvent plus. Les corps ne suivent plus. Et si encore ils tiennent, les patrons poussent les seniors vers la sortie à partir de 55 ans (voir graphique ci-dessus). Et ce n’est pas un fantomatique index qui va changer quoi que ce soit.

Cette réalité statistique a une conséquence économique directe : les économies attendues par le report de l’âge de la retraite ne se feront pas grâce à un surplus des cotisations. En effet, pour cotiser et remplir les caisses, il faut travailler. Or, les gens ne peuvent plus travailler. Pourtant, des économies, la réforme Macron en a prévues, d’où viennent-elles ?

L’impact réel de la réforme : une baisse massive des pensions de retraites

Pour s’en rendre compte, il suffit de regarder les cartes européennes comparant les régimes de retraite.

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La France est le pays d’Europe où les personnes en retraite sont le moins touchées par la pauvreté.
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Et c’est aussi le pays où l’âge de départ en retraite est le plus tôt de l’Union Européenne.

Surprenant ? Pas du tout. Si la situation de l’emploi des seniors est particulièrement difficile en France, il est partout plus dur de garder son emploi lorsque le corps fatigue. Plus l’âge de départ en retraite recule, et plus les personnes ont du mal rester en emploi jusqu’à l’âge requis pour obtenir une retraite à taux plein. Résultat, la pauvreté se répand parmi les retraités partout où les gouvernements veulent forcer les gens à travailler plus longtemps. On ne fait pas rentrer des ronds dans des carrés. Pas plus en France qu’ailleurs.

Macron et sa clique de néolibéraux nous entrainent vers le vide : il faut casser la roue

Les néolibéraux, pourfendeurs des systèmes de protections sociales et des services publics, n’ont qu’une horizon pour l’humanité : produire toujours plus, n’importe quoi, n’importe où, travailler toujours plus, n’importe quand, n’importe comment. Leur conquête du pouvoir à partir des années 70 au Chili de Pinochet, puis aux États-Unis de Reagan et au Royaume-Uni de Thatcher ont transformé les travailleurs et les travailleuses de ces pays en hamsters, qui tournent et pédalent, sans but, sans fin aux profits d’une poignée d’assistés d’en haut.

La France a longtemps résisté aux fatales sirènes de l’ultralibéralisme jusqu’en 2005 avec la victoire du « non » au référendum sur la Constitution européenne suivie de la lutte victorieuse contre le contrat précaire spécialement conçu pour les jeunes, le CPE, en 2006. C’est seulement à partir de 2007 et l’élection de Nicolas Sarkozy que commencent la chasse massive aux fonctionnaires et aux baisses d’impôts sur les grandes fortunes, deux autres obsessions des néolibéraux. Finalement en 2010, François Fillon impose le premier recul de l’âge légal de départ en retraite de toute l’histoire de France. Travailler plus pour gagner plus ! Et tournent les hamsters, tournent ! Et si vous refusez de tourner ? Karcher et matraque, LBD et lacrymo.

Sauf que cette vision du monde se heurte à deux murs : la démocratie et l’écologie. Les peuples n’en peuvent plus de se soumettre à des cadences de travail infernales afin d’engraisser des banquiers, des ultrariches qui font de plus en plus sécession du reste de la société, s’extraient de plus en plus à l’impôt par l’évasion fiscale. Des révoltes citoyennes éclatent. Les scores aux élections des partis néolibéraux s’amenuisent dans les démocraties.

Le productivisme à outrance écrase les humains mais également le reste du vivant, jusque dans les tréfonds des ressources de la planète Terre. Les limites planétaires sont dépassées les unes après les autres. Résultat de cette course folle aux profits des ultrariches ? Les probabilités de laisser une planète viable aux générations futures s’amenuisent de jours en jours.

Un autre monde est possible était le slogan de Jean-Luc Mélenchon lors de l’élection présidentielle. Aujourd’hui, il est temps de clamer qu’une autre retraite est possible : une retraite qui tient compte de la pénibilité du travail, une retraite qui permette de connaître la vie douce, d’offrir du temps libéré du capitalisme, pour s’occuper de ses proches ou des plus fragiles ou de s’adonner à des activités créatives, l’art, la poésie ou encore prendre le temps d’admirer et de se reconnecter avec la nature.

La retraite à 60 ans, c’est la réforme qui brise la roue et rend leur liberté à tous les hamsters du monde entier.

Par Ulysse