Retraites

La retraite : le droit au bonheur, au temps libéré du capitalisme

Le débat sur la retraite à 64 ans fait rage. Il porte beaucoup sur son financement, beaucoup moins sur son sens. Quel est le sens de la retraite ? Les néolibéraux, sur-représentant les 20% de soutien à la réforme du gouvernement sur les plateaux télé, défendent une certaine vision de la vie : travaillez plus, pour gaver plus. Une vision opposée de la vie existe. Elle est défendue depuis des générations par le mouvement ouvrier dans l’Histoire : la réduction du temps de travail. Mais pourquoi ralentir ?

Nous vivons dans une société où 2,5 millions de personnes sont en burn-out. Nous vivons une époque où le temps ne cesse d’accélérer, constamment, jusqu’à l’épuisement. Nous vivons la dictature du temps court, du rendement immédiat pour l’actionnaire, de la dictature des réactions immédiates sur les réseaux sociaux, le temps libre, vraiment libre, ne cesse d’être réduit à peau de chagrin. Le temps non contraint est perçu comme gâché en régime capitaliste, du temps perdu dans le processus d’accumulation infini du capital.

Il serait peut-être bon de rappeler une chose dans le débat : le temps libéré du capitalisme n’est pas du temps inutile. Au contraire. Il est utile pour soi, et pour les autres. Il laisse le temps de profiter de la vie sans patron sur le dos, pour les autres, pour ses enfants, ses petits enfants, pour s’aimer, voyager, pour la culture, la nature… Pour tout ce qu’on a beaucoup moins le temps de faire quand on travaille. En poussant les gens à travailler deux ans de plus, c’est autant de vie et de bonheur qu’ils veulent nous retirer. Au profit d’une accumulation infernale et destructrice. Disons-le : la retraite c’est le droit au bonheur, au temps libéré du capitalisme. Notre article.

La dictature du temps court

« Vous savez que j’ai toujours envisagé la retraite comme le port où il faut se réfugier après les orages de cette vie ». Une citation de… Voltaire, un grand gauchiste. Les orages de cette vie ? 2,5 millions de personnes sont actuellement en « burn-out » dans le pays. Un « épuisement physique, émotionnel et mental qui résulte d’un investissement prolongé dans des situations de travail exigeantes ». Le temps accélère, constamment.

Le capitalisme financier impose des cadences toujours plus infernales. La raison ? L’exigence de rentabilité immédiate pour les actionnaires. Le profit d’une poignée l’emporte sur l’intérêt général. La dictature du temps court sur la planification. Le capitalisme grignote le moindre espace de cerveau disponible. Il suffit de regarder notre rapport à notre téléphone, de se pencher sur les études sur l’impact des réseaux sociaux, Instagram en tête, sur la concentration et la santé mentale de nos jeunes. Branchés, constamment. Réagir, tout de suite.

La vision du travail des libéraux est bien connu : travaillez plus, pour gagner plus. Le nouveau rapport Oxfam contredit ce mirage. Le capitalisme c’est : travaillez plus, pour gaver plus. Travaillez, pour enrichir le capital. Travaillez jusqu’à l’épuisement. Métro, boulot, caveau. Passez votre vie à la gagner. Travaillez plus dans la semaine, dans l’année, dans la vie. Pourquoi avoir du temps libre ? L’épanouissement passe uniquement par la réussite professionnelle. Le temps libre ? Du temps gâché, du temps perdu pour les capitalistes. Pourtant, les assistés d’en haut utilisent bien le temps et la sueur des autres pour avoir du temps libre.

La retraite, le droit au bonheur

Vous reprendrez bien deux années supplémentaires ? Une vision opposée de la vie existe. Elle est défendue depuis des siècles par les nôtres : la réduction du temps de travail. Mais pourquoi ralentir ? Il serait peut-être bon de rappeler une chose dans le débat : le temps libéré du capitalisme n’est pas du temps inutile. Au contraire. Il est utile pour soi, et pour les autres. Il laisse le temps de profiter de la vie sans patron sur le dos, pour les autres, pour ses enfants, ses petits enfants, pour s’aimer, voyager, pour la culture, la nature… Pour tout ce qu’on a beaucoup moins le temps de faire quand on travaille.

Invité sur France 2 ce 12 janvier, Jean-Luc Mélenchon ne dit pas autre chose : « les gens n’ont pas à être des appendices de la machine ou de l’argent ». Un défenseur du droit au temps libre :  « C’est du bonheur que vous retirez de la société. Quel genre de bonheur ? Le temps utile socialement ce n’est pas seulement le temps contraint par le travail ».

Un temps inutile ? Où l’on ne fait rien ? Jean-Luc Mélenchon répond : « Quand vous êtes grands-parents, vous vous occupez de vos petits-enfants. Le fait qu’il y ait une vie de famille, qu’il y ait une cohérence intergénérationnelle, c’est possible grâce à la retraite. Celui dont le conjoint est malade, peut s’en occuper. Mais il n’y a que les chiffres qui les intéressent ». Un seul chiffre : une taxe de 2% sur la fortune des 42 milliardaires français suffirait à financer le déficit des retraites. Un choix de société.

50% des présidents d’associations et 40% des maires des petites communes sont des retraités. La retraite, un temps précieux et indispensable pour l’intérêt général. Après une vie au charbon, un temps mérité. En poussant les gens à travailler deux ans de plus, c’est autant de vie et de bonheur qu’ils veulent nous retirer. Au profit d’une accumulation infinie du capital qui détruit l’humain et la planète. Martelons-le : la retraite c’est le droit au bonheur, au temps libéré du capitalisme.

Par Pierre Joigneaux.