Les 10 raisons d’aller voir le film « La (très) grande évasion » au cinéma

Mercredi 7 décembre 2022, « La (très) grande évasion », le nouveau film de Yannick Kergoat, le réalisateur de « Les nouveaux chiens de garde », récompensé du César du meilleur montage pour « Harry, un ami qui vous veut du bien », sort au ciné. L’Insoumission a eu la chance de visionner le film avant sa sortie, et vous donne son top dix des raisons d’aller le voir au cinéma. L’avant dernière raison va vous étonner. Notre article.

1- Savoir le total de ce que les riches volent au peuple

Combien selon vous ? Combien les familles les plus fortunées cachent-elle aux îles Caïmans, dans l’État du Delaware, au Luxembourg et les plus de 80 paradis fiscaux du monde ? Quelle que soit votre réponse, vous êtes probablement loin du compte. En France ou dans le monde, pour les individus crapuleux ou les multinationales sans foi ni loi, vous saurez enfin combien ceux qui ont déjà beaucoup trop d’argent dérobent au reste de l’humanité.

Pour ce qui est de la France, vous avez peut-être déjà une idée assez précise. C’est toujours bon de se rafraîchir la mémoire et en prime dans ce film, vous découvrirez comment l’ex-ministre des comptes publics Gérald Darmanin fut pris en flagrant-délit de mensonge grâce à sa propre administration.

2- Les dix questions du code de conduite morale du cabinet de conseil en évasion fiscale PWC

Deloitte, KPMG, PWC, Ernest & Young, si ces noms ne vous disent rien, c’est que vous n’êtes pas milliardaire (ou que vous n’avez pas étudié dans une école de commerce). Ces intermédiaires, maillon essentiel de cette mafia intercontinentale et pourtant rarement inquiétés, sont cette fois-ci bien mis en lumière. Pas sûr qu’ils apprécient. Tant mieux.

Rien que pour voir de ses propres yeux le document de PWC, « les 10 questions du code de conduite morale », dans lequel le cynisme le plus abject le dispute à la candeur la plus niaise, ça vaut le détour. Et on veut le nom du petit génie qui s’est dit que c’était judicieux d’inscrire en 9 : « Qu’en penserait une personne raisonnable ? »

3 – Découvrir comment le laboratoire Moderna a permis à quatre personnes de devenir milliardaires

Comment un laboratoire, inconnu du grand public, jusqu’à ce qu’une pandémie mondiale responsable de dizaine de millions de morts lui ouvre en grand le carnet de commande des plus riches États du monde, a permis à quatre personnes de devenir milliardaires en une année ? Vous le saurez en regardant ce film.

4 – Connaître le prix pour acheter la nationalité des îles Grenadines

Dans le monde de la caste, tout s’achète et tout se vend. Ces gens n’ont de fidélité, de reconnaissance que pour leur petit ego et les quelques personnes qui arrivent encore à les supporter. Le pays qui les a éduqués et soignés leur impose de contribuer au financement de ces services pour les générations futures ? C’est pas leur affaire ! Au salon de l’évasion fiscale de Cannes (il porte un autre nom, mais c’est ainsi qu’il est présenté, à juste titre, dans le documentaire), ils ont trouvé tous les contacts pour se débarrasser de ce fardeau appelé solidarité.

5 – Jérôme Cahuzac et Patrick Balkany

Est-il nécessaire d’en dire plus ? Toutes les occasions de se moquer de ces abjectes personnages sont bonnes à prendre.

6 – Entendre Erik Brynjolfsson défendre un taux d’imposition à 70% au forum de Davos

Devant vous, une scène pleine de grands patrons, une seule femme, la journaliste, pose une question : êtes-vous favorable à la proposition d’Alexandria Ocasio-Cortez d’imposer à 70%, toutes les fortunes supérieures à 10 millions de dollars ? Hilarité générale. Vous êtes bien au forum économique de Davos, le temple de l’idéologie néolibérale. Le patron de Dell tente d’esquiver la relance de la journaliste qui tient à ce qu’il explique pourquoi ce serait mauvais pour l’économie américaine. Le grand monsieur très sûr de lui, et un brin moqueur use de la figure rhétorique de la contre-question et lui demande : « Citez moi un seul pays où cela a fonctionné ». La réponse lui vient de l’autre côté : « Les États-Unis »

Quand tombe la réponse du chercheur en Économie à l’université de Stanford, Erik Brynjolfsson, c’est une maxi clim dans la salle. Dans le public, la même stupeur que lorsque le Roi de la Nuit ressuscite le dragon Visérion et en prend le contrôle. Et voir tous ces gens qui se pensent si intelligents, dodeliner mollement de la tête, écrasés par leur propre stupidité, sans rien trouver à répondre, alors que leur hypocrisie est révélée au grand jour, ça vraiment, ça fait du bien.

7 – Pouvoir placer « doublette irlandaise » et « sandwich hollandais » au repas de Noël

Non, ce ne sont ni des tactiques de rugby, ni des positions sexuelles pour ménage à trois mais bien un moyen pour la plus grande capitalisation boursière de la planète de cacher 120 milliards de dollars de bénéfices en 10 ans.

8 – Comprendre le lien entre la moisissure dans les écoles, les trains supprimés et l’évasion fiscale

Qu’est-ce qui relie la fermeture de la maternité de Bar-le-Duc, et les îles Vierges Britanniques ? Les appels sans fin au 115 et Singapour ? Les classes de 35 élèves au lycée et les Pays-Bas ? Les transports publics à l’abandon et les Émirats arabes unis ? Grâce à des animations didactiques et une voix-off posée et précise, vous saurez enfin où disparaissent les sommes nécessaires qui devraient servir au financement des services publics, ce qu’est un paradis fiscal, qui les alimente, qui les protège.

Les riches voudraient nous faire croire que c’est très très compliqué. Que c’est pour cela qu’il est très difficile de lutter contre l’évasion fiscale. Mais ce n’est pas vrai. Les mécanismes sont relativement simple à comprendre, pour peu qu’une équipe intègre et talentueuse se penche sur le sujet. Ce documentaire le prouve.

9 – Voir Pierre Moscovici ridiculisé par une flûte et un violon

Ce travail documentaire est engagé, partisan. Honnête donc. Cependant, il n’en oublie pas de donner la parole à la partie adverse, à celles et ceux qui défendent l’évasion fiscale ou font semblant de la combattre pour mieux laisser aux coupables le temps de trouver de nouvelles combines.

Vous entendrez donc Pierre Moscovici régulièrement au titre de Commissaire européen à la fiscalité. Tout au long du film, c’est par un simple fond musical que l’ironie des créateurs du film transparaît. Mais Moscovici, lui, pour l’ensemble de son œuvre, cina années de bons et loyaux service à cette criminalité en col blanc au plus haut niveau de pouvoir de l’Union européenne, aura carrément le droit à l’orchestre.

10 – Voir ce film au cinéma participe à la bataille culturelle.

« La (très) grande évasion », tout comme l’était « Les nouveaux chiens de garde » est une œuvre cinématographique essentielle à la bataille culturelle. L’évasion fiscale, c’est le sommet de la lutte des classes. C’est ce qui permet aux ultra-riches et aux multinationales de se soustraire à l’effort collectif à un niveau mondial. Ces richesses qui devraient revenir à toutes et tous sont ainsi captées par une infime minorité.

Comment cette caste criminelle a réussi à faire passer cette haute trahison de l’intérêt général humain comme un sport, ou pire, un acte patriotique ? Vous le saurez en regardant ce film. Vous serez ainsi mieux outillé pour démonter leurs arguments fallacieux. Mais surtout, en allant voir ce film au cinéma, et en laissant votre avis sur un maximum de sites, vous offrez à ce documentaire d’intérêt public la possibilité de continuer à être projeté dans un maximum de salle à travers toute la France.

Le Septième Art a toujours été un enjeu clé de la bataille culturelle. La caste aura toujours les millions pour diffuser son idéologie. Le peuple, lui, a la force du nombre. Quand il unit ses forces, tels les doigts de la main qui prennent leur force dans le poing levé, rien ne peut lui résister. Notre présence en nombre dès cette semaine dans les salles qui projettent « La (très) grande évasion » est le seul moyen pour que son message soit entendu, pour que le plus grand nombre soit éclairé sur les méfais et les responsables de l’évasion fiscale.

Par Ulysse