Pénurie de carburant : Total se gave, Macron supplie, les Français trinquent

La pénurie de carburant s’aggrave. Tout le week-end, les images de file d’attente interminables devant les stations services ont envahi les JT. Lundi matin, les chiens de garde politiques et médiatiques sont donc venus en force avec un objectif : accabler ces grévistes qui osent lutter pour une meilleure répartition des richesses.

Pour rappel, la multinationale de l’énergie TotalÉnergies, la principale actrice de cette pénurie de carburant, a explosé toutes les normes en matière de super-profits. Des super-profits que le gouvernement refuse obstinément de taxer. Les syndicalistes ont donc décidé de prendre les choses en main et de forcer les profiteurs de crise à partager. Les patrons ont refusé la proposition des grévistes de commencer à négocier ce lundi 10 octobre. Ce sont bien les riches qui créent la pénurie, ce sont les riches qui organisent le chaos. Notre article.

Pénurie de carburant : à qui la faute ? Aux profiteurs de crise qui se gavent sur le dos du peuple ou aux travailleurs qui luttent pour un meilleur partage des richesses ?

18,3 milliards d’euros de bénéfice pour le seul premier semestre 2022 et 0 centime d’impôt payé en France en 2021 par TotalÉnergies. Son PDG, Patrick Pouyané est désormais payé 6 millions d’euros par an, après une augmentation de salaire de 52% d’augmentation. Voilà les chiffres faramineux de cette multinationale qui engraissent ses actionnaires grâce à l’exploitation des travailleuses et des travailleurs et en hypothéquant l’avenir de leurs enfants dans le seul écosystème connu compatible avec la vie humaine.

Pourtant ce lundi 10 octobre dans les grands médias, ce ne sont pas les dirigeants de TotalÉnergies qui sont accusés du chaos auquel leur gestion industriel et social désastreuse a mené. Non. Chez les éditorialistes bourgeois et le gouvernement macron, un seul mot d’ordre répété en boucle : ce sont les grévistes des raffineries du groupe qui seraient responsables. Exemple sur FranceInter avec Dominique Seux et Gabriel Attal.

L’édito éco n’a pas commencé depuis une minute qu’est prononcé le cliché le plus éculé de l’analyse politique : « une minorité de gréviste prend en otage la population française ».

Oui, en France en 2022, sur la matinale la plus écoutée de France, il est encore possible de comparer des grévistes à des terroristes sans aucune remarque des journalistes censés faire respecter un cadre de déontologie. S’en suit une diatribe acerbe sur le comportement des grévistes qui osent réclamer un meilleur partage des richesses dans l’entreprise qui s’est le plus gavée sur le dos des citoyennes et citoyens français.

Puis, c’est le dérapage incontrôlé, Dominique Seux laisse échapper que l’opinion publique soutient globalement ces mouvements, cela le laisse pantois (on peut le comprendre, si on suit le fil de son argumentation, dans son esprit, les français et les françaises souffrent d’un lourd syndrome de Stockholm). Que des travailleurs et travailleuses puissent trouver légitime une grève pour augmenter les salaires quand l’inflation dévore les salaires pour les mettre directement dans les poches des actionnaires de Total, ça, ça le dépasse l’éditorialiste. L’éditorialiste parvient de justesse à se ressaisir pour terminer avec un sous-entendu sur le salaire des ouvriers des raffineries.

Dominique Seux n’a même pas le courage d’affirmer le fond de sa pensée. Pourtant, elle suinte de ses petites phrases acerbes et méprisante : Comment des ouvriers pourraient gagner un salaire comparable au sien, lui le grand analyste de la science économique.

Qu’importe que ces ouvriers soient ultra-qualifiés et pratiquent un métier qui seraient déjà difficile si il n’y avait pas l’obligation des trois-huit, donc le travail de nuit. Qu’importe que son travail se borne pour l’essentiel à se pointer 5 jours par semaine à 7h30, s’assoir dans une belle chaise, se faire servir un café et répéter pendant 3 minutes les éléments de langage préparés par l’équipe du porte-parole du gouvernement ou du ministre de l’Économie.

La preuve : une demi-heure plus tard, le Ministre de l’Action et des Comptes publics arrivent sur le plateau. Si Gabriel Attal a au moins la décence d’éviter les comparaisons moralement condamnable de l’éditorialiste, la ligne argumentative est exactement la même. Ces vilains syndicalistes qui veulent forcer le gentil patron de Total à mettre la main au porte-monnaie.

C’est sûr que ça change radicalement de méthode par rapport à la politique menée par le gouvernement : supplier à genoux les dirigeants des groupes groupes de laisser quelques miettes de leur super-profits à la population française.

Remettons les pendules à l’heure : les grévistes des raffineries de Exxonmobil et TotalÉnergies réclament des hausses de salaire. Ils visent 10%. Un chiffre qui semble se rapprocher du taux d’inflation.

Dans des entreprises qui ont profité à plein de cette inflation puisque ce sont essentiellement les prix de l’énergie qui ont augmenté, donc leur bénéfice, cela semble légitime. Surtout quand le gouvernement refuse obstinément de taxer les super-profits de ces multinationales géantes championne des dividendes pour soulager les ménages qui ne peuvent déjà plus payer leurs factures d’énergie et qui voient avec anxiété la saison froide arriver.

Mieux, les grévistes qui avaient avancés plusieurs axes de progression sociale, devant l’impact de leur mobilisation, ont accepté de mettre fin à la grève si les négociations sur les salaires démarraient ce lundi 10 octobre. Une proposition restée sans réponse de la part de la direction. Le résultat était connu d’avance, sans aucune démonstration de volonté de partager de la part de ces profiteurs de crise, les syndicalistes ne lâcheront rien n’ont plus sur leurs revendications légitimes. Et les Français et les Françaises continueront à souffrir les conséquences de l’incapacité du gouvernement à forcer les dirigeants des multinationales à négocier un meilleur partage des richesses.

Qui conduit la politique de la Nation ? Le PDG de TotalÉnergies ou la première Ministre ?

Le gouvernement Macron ne sert à rien. Sauf à mettre de l’huile sur le feu à chaque déclaration. La dernière en date : le Président qui appelle la population à « ne pas paniquer ». C’est bien connu, c’est exactement le genre qui rassure… Cette inutilité du gouvernement est telle que les journalistes de France Info finissent par s’interroger « si le gouvernement commente, c’est qu’il est impuissant. Il se retrouve dans la main des groupes pétroliers Exxonmobil ou TotalEnergies. Et on finit par se poser une question de bon sens : Patrick Pouyanné a-t-il plus de pouvoir qu’Elisabeth Borne ? »