Super-profits : panique, mensonges et divisions en macronie

« Super-profits » : l’expression de la rentrée ? La taxe sur les « profiteurs de crise », combat de longue date des insoumis, s’est transformée en taxe sur les « super-profits » aux universités d’été de LFI fin août. Bruno Le Maire était catégorique : la France ne taxera pas les profits exceptionnels réalisés, à la faveur de l’inflation, par les grandes sociétés du gaz, du pétrole ou du fret. Droit dans ses bottes. Peu importe que l’Italie, la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie, l’Espagne et le Royaume-Uni le fassent, que l’OCDE et l’ONU le préconisent, que même sa Première ministre et la Présidente de l’Assemblée nationale y réfléchissent. Circulez.

Mais ce lundi 5 août, une goutte est venue faire déborder le vase : l’Allemagne, par la voix de son chancelier Olaf Scholz, s’est prononcée en faveur d’une contribution obligatoire sur les super-profits. Patatras. Panique en macronie. Le ministre de l’économie s’empresse d’envoyer un communiqué aux journalistes : ce n’est pas une taxe ! La différence entre une contribution obligatoire et une taxe ? Et, finalement, contraint et forcé, Emmanuel Macron se prononce en catastrophe dans la soirée en faveur d’« un mécanisme de contribution européenne ». Uniquement sur les profits des entreprises énergétiques. Un mécanisme nécessitant l’unanimité des pays membres, repoussant à la Saint-Glinglin la mise en place d’une taxe. Astuce grossière du président pour gagner du temps, face à la pression en train de monter dans le pays sur le partage de la richesse entre le capital et le travail. Notre article.

Super-profits : se mettre à genoux et supplier le capital, la politique économique du gouvernement

« Contraindre les grands groupes ne sert à rien » selon David Amiel, co-rapporteur LREM de la mission flash sur les super-profits avec l’insoumis Manuel Bompard. Avant même que les travaux des parlementaires n’aient débutés sur les super-profits, le parti présidentiel connaît déjà la réponse : ne surtout pas contraindre les profiteurs de crise. Malheur à ceux qui s’attaqueraient aux milliardaires qui se gavent en pleine crise ! Non, la méthode Bruno Le Maire s’est révélée bien plus efficace : demander gentiment. Se mettre à genoux, et supplier le capital. Faire l’aumône auprès des profiteurs de crise, la politique économique du gouvernement. Et des précédents.

On se rappelle du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), trouvaille magnifique du quinquennat Hollande : arroser les grands groupes à coups de milliards, sans aucune contrepartie, et attendre qu’ils créent de l’emploi en retour. On attend toujours. Cette pépite sortie du cerveau de François Hollande aura merveilleusement relevé le pays : 100 000 emplois créés entre 2013 et 2017, pour un coût faramineux de 20 milliards d’euros chaque année, soit 100 milliards d’euros sur cinq ans (selon un rapport de France Stratégie, institut rattaché à Matignon, NDLR). Merci le parti « socialiste » ! Son enfant, Emmanuel Macron, poursuit la même politique économique : déverser des milliards et des milliards sur les grands groupe sans aucune contrepartie en terme d’emplois ou de normes environnementales, et attendre, à genoux, les mains jointes, que ça ruisselle.

« Je ne sais pas ce que c’est qu’un super profit », « Une contribution obligatoire, pas une taxe » : les mensonges gros comme une maison de Bruno Le Maire

Petit problème pour le gouvernement. En cette rentrée 2022, des données tombent : avec 44,3 milliards d’euros versés au deuxième trimestre, la France pulvérise son record. Championne d’Europe des dividendes. En pleine crise. Dans un pays avec 8 millions de personnes à l’aide alimentaire pour pouvoir manger. Ça la fout mal. Les grands groupes français figurant dans le top 20 mondial. Les plus gros gaveurs de dividendes sont connus. Ils ont des noms, ils ont des adresses : BNP Paribas (6e), Sanofi (10e), Axa (12e) et LVMH (14e). 

Pourtant, devant le patronat réuni à Paris, notre ministre de l’Économie lance, en détente, ce mardi 30 août 2022 : « je ne sais pas ce que c’est qu’un super profit ». 236 milliards supplémentaires engrangés par les milliardaires français en 19 mois de crise ? 137 milliards de profits pour le CAC 40 en 2021, record pulvérisé ? 15 milliards d’euros pour Total, bénéfice net le plus élevé jamais réalisé par une entreprise française, en pleine crise sanitaire et en pleine guerre en Ukraine ? Circulez, il n’y a rien à voir.

Face à la pression, à la division et à la panique dans son camp, Emmanuel Macron obligé de gagner du temps

Deuxième petit problème pour le gouvernement. En cette rentrée, la pression se fait légèrement ressentir sur le sujet. l’Italie, la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie, l’Espagne et le Royaume-Uni mettent en place une taxe sur les super-profits. L’OCDE et l’ONU le préconisent. Même sa Première ministre et la Présidente de l’Assemblée nationale y réfléchissent.

Pendant l’examen de la loi de finances rectificative à l’Assemblée nationale, une dizaine de députés de la minorité présidentielle avaient même publiquement soutenu la mesure : Sacha Houlié, Barbara Pompili, Brigitte Klinkert ou encore Stéphane Travert. La division en marche sur les super-profits ? Un amendement, porté par la députée Stella Dupont et soutenu par une dizaine de ses collègues Renaissance, avait même été déposé, avant d’être retiré en séance publique. La pression se faisait donc de plus en plus forte, y compris dans le propre camp du parti présidentiel. 63% des électeurs de Macron se prononçant ainsi pour la taxe portée par la NUPES.

Ils seront sûrement nombreux à signer la pétition !

La goutte d’eau : l’Allemagne, par la voix de son chancelier Olaf Scholz, qui se prononce en faveur d’une contribution obligatoire sur les super-profits ce lundi 5 septembre. Patatras. Panique en macronie. Le ministre de l’économie s’empresse d’envoyer un communiqué aux journalistes : ce n’est pas une taxe ! La différence entre une contribution obligatoire et une taxe ? Et, finalement, contraint et forcé, Emmanuel Macron se prononce en catastrophe dans la soirée en faveur d’« un mécanisme de contribution européenne ». Uniquement sur les profits des entreprises énergétiques. Un mécanisme nécessitant l’unanimité des pays membres, repoussant à la Saint-Glinglin une taxe. Astuce grossière du président pour gagner du temps, face à la pression en train de monter dans le pays sur le partage de la richesse entre le capital et le travail. Le sujet de la rentrée.

Par Pierre Joigneaux.