L’espoir Mélenchon

Un doux parfum qui flotte dans l’air. Le printemps est de retour, soleil plein. La marche pour la 6ème République et ses plus de 100 000 participants a fait franchir un nouveau cap à la campagne des insoumis. Il y a 5 ans, la foule scandait « résistance ! ». Ce dimanche place de la République, elle scandait « on va gagner ». Jean-Luc Mélenchon aime à le répéter, l’enthousiasme et l’allégresse se sont propagés comme une trainée de poudre dans ses équipes.

Un espoir visiblement contagieux, qui dépasse les troupes insoumises. Le meeting de Lyon le dimanche précédent avait déjà rassemblé plus de 15 000 personnes, en faisant le plus gros meeting politique depuis le début de la campagne présidentielle, tout candidats confondus. La marche franchie ce dimanche entre Bastille et République confirme que le tour de France de l’Union populaire a changé de braquet.

La tortue sagace a transformé son marathon en sprint. Après avoir dépassé Valérie Pécresse puis Éric Zemmour, deux lièvres désormais dans le rétroviseur, relégué à 5 points dans le dernier sondage Élabe publié ce mardi, la tortue atteint pour la première fois le cap des 15%. Et s’installe dans le récit médiatique comme le seul candidat à pouvoir empêcher un nouveau second tour entre Emmanuel Macron et Marine Le pen, « duel » que 80% des Français ne veulent pas voir se reproduire.

Avec d’un côté, un président refusant de défendre son bilan : doublement de la fortune des 500 familles les plus riches du pays en 4 ans, de 570 milliards en 2017 à 1000 milliards en 2021, et « en même temps » 8 millions de personnes à l’aide alimentaire pour pouvoir se nourrir, fermeture de 17 000 lits d’hôpitaux dont 5 700 en 2020, en pleine pandémie, les deux plus longs mouvements sociaux en France depuis mai 1968, le mouvement des Gilets Jaunes, férocement réprimé, le mouvement des retraites, stoppé par un 49.3, la gestion calamiteuse de la crise sanitaire, en solitaire, caché derrière le Conseil de défense, sans oublier les sorties fracassantes sur « ceux qui ne sont rien », faisant sans doute d’Emmanuel Macron le président le plus méprisant de l’Histoire de la 5ème République.

Un président-candidat qui vient d’afficher la couleur à l’occasion de la présentation de son programme ce 17 mars aux Docks de Paris à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) : attaque du RSA, des retraites, des services publics, nouveaux cadeaux au capital, « et en même temps » pas un mot sur le pouvoir d’achat malgré l’inflation, Emmanuel Macron annonce une guerre sociale encore plus féroce en cas de deuxième mandat. On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas.

Et de l’autre côté, l’extrême-droite. Avec une Marine Le Pen qui s’est macronisée depuis 2017, marquée par le débat de l’entre deux tours perdu face à Emmanuel Macron, faisant du remboursement de la dette et de l’austérité la pierre angulaire de son projet présidentiel. Refus d’augmenter le SMIC, de bloquer les prix, de dégeler le point d’indice des fonctionnaires, recul sur les retraites, arnaque sur l’Impôt sur la Fortune (ISF), refus de revenir sur la flat-tax, austérité dans les services publics… Le programme économique du Rassemblement National (RN) constitue une saignée pour les classes populaires.

Sans parler des groupuscules néo-nazis gravitant autour du RN, qui pourrait rattraper l’image de Marine Le Pen. Plusieurs membres du Groupe union défense (GUD), et anciens des organisations de jeunesse du Front National (FN), sont suspectés du meurtre du rugbyman Federico Martin Aramburu ce samedi en plein Paris. Une candidature d’extrême-droite actuellement en deuxième position dans les sondages, mais systématiquement « gonflée » lors de chaque dernière élection (article à sortir dans la matinée sur l’insoumission sur la surestimation de Marine Le Pen dans les sondages, NDLR).

Un nouveau duel entre l’extrême-argent et l’extrême-droite que 80% des Français rejettent. Heureusement, une troisième voix, portant le partage des richesses, la bifurcation écologique et la 6ème République, est en position de se qualifier au second tour. Une possibilité historique pour le peuple, comme le soulignait dans un récent entretien à l’insoumission l’écrivain Édouard Louis. Ce dimanche, la foule scandait « Union populaire ». La stratégie des insoumis semble fonctionner à pleins, leur constance aussi.

Cela fait de longs mois que les insoumis répètent que l’union de la gauche par le haut, par des appareils politiques dépassés, gangrénés par les luttes de pouvoirs et la soif de mandats, est impossible, mais que l’union populaire par la base, autour d’un programme de rupture sociale, écologique et démocratique, de mesures plébiscitées par une (très) large majorité de Français, est la seule solution pour fédérer le peuple. Force est de constater que la stratégie des insoumis séduit. Les nouveaux visages venus du champ associatif, syndical, intellectuel, artistique, d’autres mouvements de gauche, ne se comptent plus dans les rangs insoumis, rassemblés dans le Parlement de l’Union populaire, lieu effectif de l’union de l’union de la gauche, des femmes et des hommes qui croient qu’un autre monde est possible.

Après la démonstration de force de dimanche, et alors que les meeting de ce dimanche à Marseille, du dimanche suivant à Toulouse, et des 11 hologrammes en simultanés le 5 avril doivent confirmer la force de l’Union populaire, deux questions se posent. Quelle part des classes moyennes incluses acceptent de se regrouper avec le pôle populaire qu’incarne la candidature de Jean-Luc Mélenchon ? Quelle nouvelle part des « dégoutés » du monde populaire se mettent en mouvement, quel rassemblement politique se constitue dans les catégories professionnelles menacées par le projet macroniste ?

Dans ce pays où 9 millions de personnes survivent sous le seuil de pauvreté, où le pouvoir macroniste s’est attaqué férocement à l’assurance chômage et compte s’attaquer au RSA, où les prix de l’essence et des produits de première nécessité explosent, où des millions de salariés sont exploités pour moins 1200 euros par mois, dans le pays de départ des Gilets Jaunes, comment l’Union populaire arrive à faire prendre dans la population le plan d’urgence sociale prévu par l’Avenir en commun : le blocage des prix, la hausse du SMIC à 1400 euros net et la garantie autonomie à 1063 euros par mois.

Dans ce pays où 66% des citoyens sont restés chez eux lors de la dernière élection, comment l’Union populaire arrive à faire prendre dans la population la 6ème République, la convocation d’une Constituante pour que le peuple réécrive les règles du jeu, le Référendum d’initiative citoyenne (RIC) plébiscité durant le mouvement des Gilets Jaunes.

Face à un gouvernement condamné à deux reprises pour inaction climatique et face au défi du siècle alors que les catastrophes climatiques nous menacent déjà, comment l’Union populaire arrive à faire prendre dans la population la planification de la bifurcation écologique et la règle verte.

Après quatre décennies de domination idéologique social libérale qui ont ravagé le pays, la candidature de Jean-Luc Mélenchon fait surgir un acteur politique nouveau : le peuple citoyen. Si l’Union populaire venait à l’emporter sur son programme de rupture, de révolution sociale, écologique et démocratique au cœur d’un des pays centres du capitalisme, l’Histoire basculerait.

Ce qu’on ne peut pas faire, c’est écrire l’Histoire. Mais ce qu’on peut faire, c’est ne pas avoir de regrets. Chaque électeur de gauche est face à sa conscience, chacun d’entre nous aussi : on ne peut pas décider de comment ça va se passer, on peut juste décider de donner le maximum. Il reste 19 jours pour tout donner.

Par Pierre Joigneaux.