Le programme économique du RN : une saignée pour les classes populaires

Refus d’augmenter le SMIC, remboursement de la dette, ISF, retraites, austérité… Le programme économique du Rassemblement national (RN) constitue une menace d’une nouvelle saignée pour les classes populaires. Pourtant vous n’entendrez jamais parler du sujet. Marine Le Pen tente d’entretenir le flou alors qu’une grande majorité de ses sympathisants se prononcent dans un récent sondage Ifop pour l’augmentation du SMIC, la restauration de l’ISF ou encore un grand plan d’investissement dans les services publics. À contre courant, la candidate du RN épouse le vieux discours du système néolibéral : remboursement de la dette. Marine Le Pen s’est macronisée depuis 2017. Décryptage.

Après le naufrage de l’entre deux tours de 2017, Marine Le Pen s’est macronisée

Le programme économique du Rassemblement national (RN) ? Un sujet dont on ne parle jamais. Marine Le Pen arrive à entretenir un flou assez impressionnant pour une candidate en tête des sondages. Bien aidée par le vide intersidéral de travail journalistique sur le sujet. L’élection présidentielle se tient dans un an. Et bien malin celui qui arrive à donner en détail le programme économique de Marine Le Pen. Et pour cause. Suite au douloureux débat de l’entre deux tours de 2017 face à Emmanuel Macron, et sa noyade sur le sujet, la responsable du RN a infléchi sa ligne économique. Marine Le Pen s’est (beaucoup) macronisée depuis 2017.

L’évolution de la ligne économique de Marine Le Pen s’était matérialisée dès septembre 2017 avec le départ de Florian Philippot, partisan de la ligne de rupture sur la question européenne et l’euro. Philippot parti, Marine Le Pen avait annoncé la couleur à l’occasion des élections européennes de 2019. La responsable du RN choisissant sur la liste de son parti aux élections européennes des partisans de la suppression de l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et des soutiens en Autriche pour la semaine de travail à… 60 heures. Rien que ça.

Marine Le Pen, c’est aussi un malaise palpable lors des deux plus longs mouvements sociaux en France depuis des décennies : les gilets jaunes et les retraites. Dans un entretien à Valeurs actuelles la responsable du RN est en effet allé jusqu’à déclarer : « s’il apparaît que l’on ne peut pas maintenir notre système de retraite et accorder un départ à 60 ans (…) les Français accepteront les sacrifices qu’on leur demandera. ». Les centaines de milliers de Français qui se sont battus durant des mois avec des zéros sur leur fiche de paye pour leur retraites apprécieront. Le constat est le même lorsqu’en plein mouvement des gilets jaunes, Marine Le Pen se déclare contre la hausse du SMIC chez Jean-Jacques Bourdin. Mais nous y reviendrons.

Marine Le Pen pour le remboursement de la dette : l’adoption du vieux discours néolibéral

Le tournant est encore plus flagrant ces dernières semaines. Le 21 février dernier, c’est par une tribune dans l’Opinion que la responsable du RN affiche la couleur : « une dette doit être remboursée ». Marine Le Pen ajoutant : « contre vents et marées ». Son « there is no alternative » à elle. Ou bien son « quoi qu’il en coûte ». Peu importe que la responsable du RN, connue pour être peu friante des questions économiques, aille à contresens ventant notamment l’«économie de fonds propres» alors que même la BRI (banque centrale des banques centrales) explique dans un récent rapport qu’une banque centrale peut fonctionner avec des fonds propres négatifs, et donc que l’on peut parfaitement annuler la dette publique détenue par la BCE comme le propose depuis des mois Jean-Luc Mélenchon.

Pour donner corps à cette nouvelle ligne de «sérieux budgétaire», Marine le Pen met en avant ses alliés qui gouvernent dans d’autres États européens. L’exemple de Matteo Salvini est ainsi revenu à de nombreuses reprises dans les discours de la responsable du RN. Exemple douteux. Le gouvernement auquel a participé Matteo Salvini a en effet fini par capituler face à la Commission européenne sur son budget pour rentrer dans les clous des traités budgétaires, il a sacrifié les mesures les plus redistributives : le projet de revenu minimum a été divisé par six, les retraites ont été désindexées de l’inflation et les investissements publics ont été divisés par trois. Voilà ce que prépare Marine Le Pen : l’austérité budgétaire et la destruction des services publics pour rembourser la dette. Anti système on vous dit.

Marine Le Pen contre l’augmentation du SMIC… contre l’avis de 60% des sympathisants du RN

Les sympathisants du Rassemblement national (RN) risquent d’être fort déçu. Le programme économique de Marine Le Pen va à l’encontre de leurs attentes économiques. C’est ce que nous révèle en effet une récente étude de l’Ifop sur les préoccupations des Français. 69% des sympathisants du RN s’y déclarent favorable à l’«instauration d’un grand plan de réinvestissement dans les services publics, en particulier de santé». Difficilement compatible avec le remboursement de la dette et l’austérité budgétaire. 60% des sympathisants du RN se prononcent également en faveur du rétablissement de l’ISF. Contrairement aux personnes présentes sur la liste RN aux dernières élections européennes.

Mais le décalage le plus frappant entre les attentes économiques des sympathisants RN et le «programme économique» ou plutôt les prises de positions économiques de Marine Le Pen, se trouve sans doute sur la question de l’augmentation des salaires. Une large majorité de sympathisants RN (60%) sont en effet favorables à l’augmentation du SMIC de 200 euros net. Problème : Marine Le Pen y est ferment opposé. Dès le 25 janvier 2017 elle affirmait ne « jamais avoir proposé l’augmentation du SMIC » arguant « une charge supplémentaire sur les entreprises ». Le 26 novembre 2019, en plein mouvement des gilets jaunes, répondant à une question de Jean-Jacques Bourdin, la responsable du RN le confirmait : « j’ai toujours dit que l’augmentation du SMIC entrainerait une charge supplémentaire pour les entreprises qu’elles ne peuvent pas assumer ».

Espérons que les sympathisants du Rassemblement national lisent ces lignes. Et lisent le programme de La France insoumise (LFI). Ces propositions y figurent toutes. «Vous voulez une majorité ? 9 Français sur 10 sont d’accord pour augmenter le SMIC, taxer les profiteurs de crise, la garantie d’emploi, conditionner les aides publiques à des contreparties sociales et environnementales, l’Impôt sur la fortune (ISF), le plafonnement des frais bancaires, la retraite à 60 ans, le RIC…» déclarait ce dimanche 16 mai Jean-Luc Mélenchon à l’occasion d’un meeting dédié à la crise sociale qui fracasse le pays. L’insoumission titrait hier : Non, les Français ne sont pas de droite. Plus de 3 Français sur 4 sont d’accord avec les mesures proposées par les insoumis. Une majorité de sympathisants RN sont opposés aux mesures économiques prônées par Marine Le Pen. Sans le savoir. Faisons connaître le programme économique du Rassemblement national : une saignée pour les classes populaires.

Par Pierre Joigneaux.