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RN-FN, historique d’un parti fondé par des Waffen-SS que certains veulent réhabiliter

RN. 5 octobre 1972. À Paris, Rue de Grenelle, moins d’une centaine de personnes sont réunies dans une salle qui sent le soufre. Le soufre brun. Entre des Waffen SS qui ont défendu Berlin en 1945, entre les principaux responsables du groupuscule néofasciste Ordre Nouveau, entre d’anciens soutiens à l’organisation terroriste de l’OAS et entre ceux qui sont tout cela à la fois, un homme se fraie un chemin. Cet homme, c’est Jean-Marie Le Pen, un ancien député poujadiste, tortionnaire en Algérie française, que l’on a choisi pour être la façade présentable du parti qui se crée alors, le Front National pour l’Unité Française, dont le nom est rapidement abrégé en Front National (FN).

51 ans plus tard, le président du Rassemblement National (ex-FN) Jordan Bardella déclare : « Je ne crois pas que Jean-Marie Le Pen était antisémite ». Lui, l’homme pour qui les chambres à gaz sont un « détail de l’Histoire » et adepte des citations du collaborateur Robert Brasillach. 51 ans plus tard aussi, « l’arc républicain » de la droite jusqu’à la gauche d’avant a manifesté aux côtés de Zemmour, Le Pen et autres nazillons le 12 novembre. Un mois plus tard, ce même « arc » faisait adopter la loi immigration, saluée comme « victoire idéologique » par Marine Le Pen. Deux mois, deux victoires idéologiques du RN sur la droite marquant une crise politique inédite.

Une chose est sûre : aujourd’hui et depuis plusieurs années, alors que les médias français, détenus à 90% par 9 milliardaires, jettent toutes leur forces pour « normaliser » le FN – devenu Rassemblement National (RN) en 2018 – , alors que le camp présidentiel et qu’une partie de la gauche d’avant s’efforcent à éjecter La France insoumise (LFI) de leur « arc républicain » pour y faire rentrer le RN, plusieurs rappels s’imposent. Notre article.

La création du FN a pour but explicite de fournir une vitrine « présentable » au groupuscule néofasciste Ordre Nouveau

Fondé en 1969, Ordre Nouveau (ON) naît de la dissolution d’Occident (un autre mouvement violent d’extrême droite) et du ralliement de membres du Groupe union défense (GUD). Ayant pour emblème une croix celtique, ON est un mouvement fasciste, nationaliste, qui fait de la violence son mode d’action privilégié.

Pour aller plus loin : Croix, chiffres, crânes ou guêpes : ces symboles utilisés par l’extrême droite en France que vous devez connaître

Mais dès 1971, ON a aussi pour objectif la création d’un mouvement politique d’union des droites, du poujadisme jusqu’au nazisme, afin de pouvoir participer directement à la compétition électorale. C’est ainsi qu’en 1972, des responsables d’ON pensent à un certain Jean-Marie Le Pen, ancien député poujadiste de la IVème République, en retrait depuis la fin de la guerre d’Algérie et depuis l’échec à la présidentielle 1965 de Tixier-Vignancour (collabo de premier plan dont Jean-Marie Le Pen a été directeur de campagne), pour être la façade « présentable » du nouveau mouvement.

Est alors choisi comme logo une flamme tricolore, reprise trait pour trait au Mouvement social italien, premier parti d’extrême droite en Europe, ouvertement fasciste. Notons d’ailleurs que si elle a légèrement changé depuis 1972, la flamme tricolore est encore aujourd’hui le logo du RN.

Pour le résumer simplement, le FN, devenu RN, est donc un parti monté de toutes pièces pour permettre à un groupuscule néofasciste violent de participer à la compétition électorale en toute impunité.

Mais alors, qui sont ceux qui ont directement contribué à la formation du FN ? Qui sont les pères du parti d’extrême droite que les médias et que le camp présidentiel trouvent plus républicain que LFI ? Qui sont vraiment ceux, que Marine Le Pen cherche désespérément à faire oublier, qui ont forgé l’ADN profond d’un parti dont le programme n’a en fait que très peu changé depuis 1972 ?

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Les pères fondateurs du FN sont des collabos, des SS, des hyènes fascistes

Le RN vient de fêter ses 50 ans. Bizarrement, aucune mention, aucun honneur n’est jamais fait par la communication officielle du parti aux fondateurs du FN. Pire, lorsque le parti évoque sa création, soit il omet certains noms « compromettants » (un euphémisme dont vous comprendrez rapidement l’ampleur), soit il ment outrageusement en se revendiquant fondé par des résistants, en même temps qu’il s’auto-proclame véritable parti du Gaullisme.

Mais malheureusement pour Marine Le Pen et ses sinistres amis, il y a un petit caillou dans leurs chaussures. Ce petit caillou, c’est l’Histoire. Voici donc un pêle-mêle non exhaustif de l’identité des fondateurs du FN.

Pierre Bousquet, premier trésorier du FN, ancien Waffen SS – Le 27 octobre 1972, Pierre Bousquet accompagne Jean-Marie Le Pen en préfecture pour déposer les statuts officiels du Front National. Trésorier du parti pendant 9 ans, membre de son premier bureau politique, il est un collaborateur de la pire espèce. Caporal de la division Charlemagne (NDLR : division d’infanterie de la Waffen SS principalement constituée de volontaires français), il participa à la défense de Berlin en 1945, et plaida jusqu’à sa mort pour la réhabilitation du nazisme. Plusieurs fois candidat pour le FN dans les années 70, il en rédige les premiers programmes aux côté d’un autre ancien Waffen-SS, Jean Castrillo.

Pour aller plus loin : Pourquoi le RN a honte de célébrer ses 50 ans ? Car il a été fondé par un Waffen SS

Victor Barthélémy, premier secrétaire administratif du FN, ancien bras droit de Doriot – D’abord soutien de l’Action Française, Barthélémy rejoint ensuite le PPF de Doriot (NDLR : dirigeant d’un parti collaborationniste) dont il devient le bras droit. À la mort de Doriot, il co-dirige même le parti. Il rejoindra par la suite le Front National pour l’Algérie Française (le FNAF, parti fondé par Jean-Marie Le Pen en 1957), avant de devenir premier secrétaire administratif du FN.

François Brigneau, vice-président, membre du conseil national de Vichy – Lui aussi membre du PPF de Doriot, il est membre du conseil national de Vichy, et intègre La Milice après le débarquement de Normandie. Plusieurs fois condamné pour antisémitisme et négationnisme, il est l’un des fondateurs du FN dont il est même vice-président dès 1972.

Et la liste est encore longue (lire « Qui créa le Front national ? Première partie : les nostalgiques du nazisme et de la collaboration », Contretemps, Jean-Paul Gautier). Parmi les premiers membres du RN se retrouvent encore d’autres anciens SS,  d’anciens membres de l’Organisation Armée secrète (NDLR : organisation terroriste d’extrême droite favorable à l’Algérie française), et d’autres membres d’Ordre Nouveau.

Aussi, l’importance et l’impunité médiatique dont a par la suite bénéficié le premier président du FN, Jean-Marie Le Pen, ne saurait faire oublier qu’il est déjà, en 1972, très loin de ce que l’on peut décemment appeler une « façade présentable ». Le Pen est alors un ancien député poujadiste, tortionnaire en Algérie française où il a laissé un couteau des jeunesses hitlériennes gravé de son nom, et il est fondateur d’une maison d’édition condamnée pour apologie de crime de guerre après avoir diffusé des chants du IIIème Reich.

Malgré cette histoire, les médias dominants et le camp présidentiel passent leur temps à dédiaboliser le RN

On l’a vu, la naissance même du FN est affaire de dédiabolisation : celle d’Ordre Nouveau, un groupuscule néofasciste violent, en quête de respectabilité électorale. Mais cette quête de dédiabolisation originelle du FN a progressivement trouvé ses meilleurs alliés dans les médias traditionnels. Ces alliés sont aujourd’hui plus fidèles que jamais, main dans la main avec un camp présidentiel prêt à toutes les compromissions pour inclure le RN dans « l’arc républicain » et diffamer la France insoumise.

Pour aller plus loin : Notre série sur les éditorialistes de plateaux

Ainsi, outre CNews, C8 ou Europe 1, organes idéologiques assumés du milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré, des éditorialistes de plateaux à peine plus discrets distillent, depuis des années, l’idée selon laquelle Marine Le Pen aurait habilement rompu avec les vieux démons de son parti. Elle serait en définitive plus républicaine que les insoumises et les insoumis.

Songez seulement au fait qu’il y a tout juste un an, le journal Le Monde publiait une vidéo de 4 minutes visant à faire passer la phrase de Jean-Marie Le Pen sur les chambres à gaz comme « détail de l’histoire », pour une simple « déclaration non calculée, dans le feu d’une émission de radio », plutôt que pour l’expression authentique de négationnisme et d’antisémitisme.

Pour aller plus loin : Scandale : une vidéo du Monde dédiabolise le RN et la famille Le Pen

Partout, l’extrême droite progresse : n’oublions pas le véritable visage du RN

Aujourd’hui, l’action conjuguée des médias des neufs milliardaires et d’une bourgeoisie macroniste qui sait que ses intérêts ne seraient pas menacés par l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite fait courir un grave danger pour la démocratie. Avec l’aide des macronistes, le RN a gagné des voix et des élus ces dernières années. Dans le même temps, toutes les occasions sont saisies pour la lapidation médiatique des insoumises et des insoumis, et pour leur exclusion de « l’arc républicain ».

Le RN n’a pourtant pas rompu avec ce passé infamant. Rien qu’à l’Assemblée nationale, le parti compte dans ses rangs un député ayant tenu une librairie négationniste, un autre qui préfère les chiens aux migrants, un autre encore qui compare l’avortement à la Shoah. Ailleurs, l’entourage du parti de Marine Le Pen est encore adepte des saluts nazis. A l’Assemblée nationale aussi, les textes examinés par le RN dans sa « niche parlementaire » témoignent de la continuité entre FN et RN, et montrent aussi l’ampleur de leur supercherie sociale. Suspension des allocations familiales à certaines familles, tests osseux sur des migrants, interdiction de l’écriture inclusive, voilà le type de priorités du parti d’extrême droite.

Pour aller plus loin : Notre série sur les députés RN

Pour la bourgeoisie et ses chiens de garde de plateaux, l’Histoire est toujours la même : plutôt Hitler que le Front Populaire. Ils savent pertinemment qu’une prise de pouvoir du Rassemblement National ne menacerait pas leurs intérêts. Ils savent en revanche que la justice sociale et environnementale, unique boussole des insoumis, les ferait contribuer à hauteur de ce qu’ils doivent. Alors ils sont prêts à toutes les compromissions, y compris avec un parti d’extrême droite fondé par des nazis.

Pourtant, derrière les redingotes et les chemises bien repassées, c’est toujours la même veste en cuir et toujours les mêmes barres de fer. Toujours la même haine, toujours la même violence, les mêmes obsessions racistes. Partout en Europe et jusque dans nos rues, l’extrême droite progresse. Elle avance à visage de plus en plus découvert.

Ce visage, c’est aussi celui du RN, aujourd’hui, comme hier. Tâchons de ne pas l’oublier.

Malgré le fait que Marine Le Pen et ses amis aimeraient beaucoup le faire oublier, le RN n’est évidemment pas un parti comme les autres. Et malheureusement pour eux, les insoumises et le insoumis seront toujours là pour rappeler que le RN a été fondé par des nazis, qu’il est héritier de ceux qui ont écrit les pages les plus sombres de l’Histoire du XXème siècle, et qu’il porte en gène la haine de l’autre comme il porte la haine de la démocratie.

Par Eliot