Pourquoi le RN a honte de célébrer ses 50 ans ? Car il a été fondé par un Waffen SS

RN. Pierre Bousquet. Qui est l’homme qui déposa les statuts du Front national (FN) il y a 50 ans jour pour jour, le 5 octobre 1972, avec Jean-Marie Le Pen ? Mediapart nous révèle aujourd’hui plusieurs informations de salubrité publique. Vous allez vite comprendre pourquoi le RN a honte de célébrer son 50ème anniversaire : le parti a été fondé par un Waffen SS, un nazi. Marine Le Pen pousse la stratégie de dédiabolisation à tel point qu’elle ne voudrait plus que son parti siège à l’extrême droite à l’Assemblée nationale. C’est pourtant sa place. Marine Le Pen et le RN tentent de réécrire l’Histoire. À nous de ne jamais l’oublier. Notre article.

Qui est Pierre Bousquet, le Waffen-SS qui a créé le FN avec Jean-Marie Le Pen ?

Pierre Bousquet. Retenez bien ce nom que Marine Le Pen et la direction du Rassemblement national (RN) rêveraient d’effacer. Notre travail à l’Insoumission, démasquer l’extrême droite. Montrer son alliance avec le capital d’une part, rappeler ses liens avec les groupuscules néonazis et son histoire d’autre part. Un passé peu glorieux, un passé de la honte, que peu de médias rappellent. On est là pour ça.

Pierre Bousquet naît en 1919. Il adhère en 1935 au Parti Franciste de Marcel Bucard. En 1941, il devient délégué général du bureau de commandement de la Jeunesse Franciste. Le 31 août 1943, Pierre Bousquet intègre la Waffen-SS (la branche militaire de la Schutzstaffel, l’armée d’Adolf Hitler, NDLR). Pierre Bousquet est promu officier de la Waffen-SS en janvier 1944. Il porte l’uniforme de la Waffen-SS et devient caporal (Rottenfürher) de la 38e division des grenadiers de la Charlemagne. Pierre Bousquet, le futur fondateur du Front National avec Jean-Marie Le Pen, est un nazi.

Pierre Bousquet combat sur divers fronts à travers l’Europe, des Vosges à la Poméranie. Il fait partie des 300 SS français qui participent à la « défense » de Berlin. Après la défaite de l’Allemagne nazie, le 7 mai 1945, il réussit à se faire passer pour un travailleur déplacé auprès des forces américaines. Il fait croire qu’il est un travailleur forcé du STO et il est affecté au service chargé de… l’arrestation et du renvoi vers la France des collaborateurs. Un nazi qui arrête des collabos, ça ne manque pas de sel. Mais il se fait démasquer, rentre à Paris où il est condamné à mort. Le juge, qui connaît son père, ne lui mettra que 3 ans de prison.

Pierre Bousquet rentre alors dans la clandestinité. Il rejoint le réseau d’anciens nazis nommé le « Groupe Freddy ». Le « Freddy » en question se nomme en réalité Alfred Douroux. C’est lui aussi un ancien officier de la division Charlemagne, décorée de la croix de fer première classe à Berlin le 29 avril 1945, la veille du suicide d’Adolf Hitler. Ces anciens nazis, c’est d’anciens camarades qui en parlent le mieux : des « fous », des « provocateurs », selon l’ancien Waffen-SS René Binet. Ces « fous » ont un rêve : reprendre l’action.

Médiapart est on ne peut plus clair sur le sujet : « L’idée est de remplacer le nationalisme par l’exaltation de l’unité mondiale de la race blanche, de sa supériorité et de son unité politique et culturelle ». Un programme nazi. En 1956, lors d’une manifestation antisoviétique, les militants du groupuscule néofasciste Jeune Nation (JN) prennent d’assaut le siège du quotidien communiste L’Humanité (trois morts, plusieurs centaines de blessés). Pierre Bousquet est de l’opération.

Le 5 octobre 1972, Pierre Bousquet, aux côtés de Jean-Marie Le Pen, déposait les statuts d’un nouveau mouvement politique : le Front National (FN). Pierre Bousquet devient premier trésorier du parti. L’homme qui vient de déposer les statuts avec Jean-Marie Le Pen, l’homme qui vient de créer le FN, est un ancien nazi. Il n’est pas le seul. D’autres anciens membres de la Waffen SS, des anciens collaborationnistes proches de Déat ou Doriot, des x-membres de l’OAS (Organisation Armée Secrète, qui organisa de nombreux attentats en Algérie et en France), des néofascistes de toutes variétés, des négationnistes, participent à la création du FN. Une histoire que Marine Le Pen rêverait d’effacer.

Avec son acolyte, Jean Castrillo, lui aussi ancien Waffen-SS, Pierre Bousquet constitue un binôme au sein du FN. Ils s’occupent de rédiger les professions de foi des candidats du parti. Et, Pierre Bousquet est… candidat du FN aux élections législatives de 1973 et 1978, puis aux municipales de 1977. Des faits que Marine Le Pen et la direction actuelle du RN ne peuvent, malheureusement pour eux, heureusement pour nous, pas gommer. Et pourtant, ils vont essayer.

La réécriture de l’Histoire par Marine Le Pen

Pour fêter ses 20 ans, le FN publie un ouvrage où il y est affirmé que son premier trésorier aurait été l’ancien poujadiste Pierre Durand. Plus aucune trace de Pierre Bousquet. Encore plus osé : Marine Le Pen, Louis Aliot ou Steeve Briois prétendent que le FN aurait été fondé par… des résistants. L’Histoire inversée. Un parti fondé par d’anciens nazis, qui voudrait faire croire que ses fondateurs sont des résistants ? Un caillou dans la chaussure de Marine Le Pen et de la direction du RN dans leur grossière tentative de réécriture : l’Histoire.

Un passé qui fracture d’ailleurs le RN. Pierre Bousquet plaida jusqu’à sa mort pour une réhabilitation du nazisme et pour la suprématie de la race blanche. Un fondateur qui fait quand même tâche pour certains nouveaux députés RN qui rêve d’un strapontin à l’Assemblée, pas d’être associés aux heures les plus sombres de notre Histoire.

« Je n’aurais pas pris ma carte au FN en 1972 » déclare par exemple au Figaro Alexandre Loubet, député RN de la Moselle. « Moi je viens de Debout La République (parti fondé par Nicolas Dupont-Aignan, NDLR), je me considère comme une gaulliste sociale » ose de son côté Anne-Sophie Frigout députée RN de la Marne. Tellement « social », que le groupe RN vote contre la hausse du SMIC, le gel des loyers, le blocage des prix, et se prononce pour le remboursement de la dette et donc de l’austérité néolibérale. D’autres, comme les anciens Philippe Olivier ou Wallerand de Saint-Just, veulent assumer son histoire. Un passé qui fracture le RN. Un passé dont une partie du RN a honte pour son 50ème anniversaire.

Le RN a honte de son 50ème anniversaire, les médias traditionnels le dédiabolise

Mais un passé qui n’empêche pas une partie des médias de continuer sa criminelle entreprise de dédiabolisation du RN-FN. Le journal Le Monde, symbole du vent dans les médias traditionnels, va ainsi toujours plus loin dans la dédiabolisation du RN et de la famille Le Pen. Explication : le journal Le Monde sort jeudi dernier une vidéo sur une « phrase de trop » de Jean-Marie Le Pen ayant « miné sa carrière politique ». La phrase en question ? « Je crois que les chambres à gaz sont un point de détail de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale ». Rien que ça. Quatre minutes de pseudo analyse et de commentaires élogieux sur l’action de Marine Le Pen à la tête du parti d’extrême-droite.

Le Monde, comme beaucoup d’autres, dédiabolisent depuis des années le parti d’extrême-droite. À tel point que Marine Le Pen ne voudrait plus que son parti siège à l’extrême droite à l’Assemblée nationale. C’est pourtant sa place. Marine Le Pen et le RN tentent de réécrire l’Histoire. À nous de ne jamais l’oublier.

Par Pierre Joigneaux.