« Ici, on est à 5 euros près ! » – Portrait : Bénédicte Taurine, députée de l’Ariège

Bénédicte Taurine, députée de la 1ère circonscription de l’Ariège, est candidate à sa succession. Elle a accordé quelques heures de son temps à l’insoumission lors de notre déplacement en Ariège, où nous avions réalisé un entretien avec le député Michel Larive la veille. Bénédicte Taurine est revenue sur son parcours, elle a pu faire le bilan de son premier mandat comme représentante du peuple, au cours duquel elle a subie la violence verbale et physique déployée par la macronie. La députée nous a parlé de ses multiples combats, passés et futurs. On a parlé pauvreté, santé publique, casse sociale et ruralité. Onzième épisode de notre tour de France des campagnes insoumises. Portrait.

De professeure en collège à députée du peuple

L’engagement politique de Bénédicte Taurine commence au moment du référendum pour le Traité Constitutionnel Européen en 2005 : elle fait partie des défenseurs du « non », comme l’ensemble de la gauche de rupture. Bénédicte Taurine est d’abord professeur de sciences et vie de la Terre dans un collège ariégeois. Elle exerce aussi des fonctions syndicales au Snes-FSU, le premier syndicat des collèges et des lycées généraux et technologiques. En 2017, elle est également membre d’une commission paritaire académique et nationale. « Uniquement des responsabilités syndicales », résume-t-elle.

Le premier pas dans le monde politique se fait en 2015 au moment des élections régionales. Elle est candidate sur la liste « Nouveau monde en commun », regroupant le Front de Gauche, EELV, le Parti des objecteurs de croissance et la Nouvelle Gauche socialiste. « Il y avait une liste de gauche avec Les Verts, etc. Ils cherchaient des personnes issues de la société civile, des syndicalistes. J’avais été contactée à ce moment-là pour être candidate aux régionales. J’avais accepté, mais en position non-éligible », nous raconte la députée.

Bien que membre du Parti communiste français (PCF) en 2017, elle préfère être candidate sous la bannière LFI aux élections législatives. Un vote interne entre militants a acté sa candidature. Elle est propulsée à l’Assemblée nationale après une victoire serrée au second tour contre le candidat LREM : 143 voix d’écart. « J’ai été élue sur une terre socialiste, qui a toujours été socialiste », précise Bénédicte Taurine.

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Bénédicte Taurine : « La difficulté, c’était que moi j’étais prof’, je ne connaissais pas l’Assemblée »

« La difficulté, c’était que moi, j’étais prof’, je ne connaissais pas l’Assemblée », nous explique la députée. Pas toujours facile d’arriver dans le milieu politique, qui a ses codes, ses lieux et ses manières. Alors commence un long marathon de 5 ans à l’Assemblée nationale. « Comprendre comment ça fonctionne, recruter des équipes, s’installer à moitié à Paris, à moitié en Ariège… » Déjà mille choses à faire et à appréhender à peine le mandat commencé. « Je suis arrivée dans un monde que l’on ne connaît pas, avec des codes que je n’avais pas, dans un milieu politique qui est parfois difficile ! », nous raconte Bénédicte Taurine.

« Ça s’est fait petit à petit, il y a eu un temps d’adaptation. Et après, il y a eu énormément de travail parce qu’on était que 17. » Pendant 5 ans, elle a tenu la tranchée avec les 16 autres députés LFI. Contre les réformes de casse sociale comme celles des APL ou de la réforme des retraites, contre la gestion calamiteuse de la crise sanitaire par la macronie et la destruction continue de l’Hôpital Public. Destruction qu’elle a sous les yeux dans sa circonscription, nous y reviendrons. Hier d’ailleurs, nous apprenions que 67 hôpitaux sont partiellement fermés en France.

Politiques violentes, violences verbales et physiques : 5 années marquantes pour la députée

Des politiques violentes socialement, loin des réalités des Français. Bénédicte Taurine se souvient encore de la réforme des APL. Elle n’en revient encore pas et nous parle de ce que vivent les habitants de sa circonscription. « 5 euros d’APL… Pour les gens ici c’est quelque chose ! Je connais une dame qui est à la retraite et qui me dis ‘je calcule tout’ ! Combien de fois je vais descendre en ville… Je planifie tout sur la journée pour ne pas faire deux allers-retours dans la semaine. Ici, on est à 5 euros près ! C’est de la violence de classe ! »

Comme Mathilde Panot qui avait été injuriée en plein hémicycle de « poissonnière » par le député LREM Pierre Henriet, Bénédicte Taurine a elle aussi été insultée à l’Assemblée nationale. Par autre député LREM, Jean-Baptiste Moreau. Ce dernier l’a comparé à « Martine à la ferme » en commission, lors d’une niche parlementaire du groupe LFI. Le sexisme en marche. Elle a aussi subi la répression policière lors d’une manifestation pacifique aux côtés de la Confédération Paysanne. Elle a littéralement été jetée au sol par la police.

Covid-19, santé publique : la période la plus marquante, le sujet majeur pour la députée

La période la plus marquante de son mandat ? « La crise sanitaire » et tout ce qu’elle a eu comme conséquences pour le pays et pour la vie politique. « Il n’y avait pratiquement plus que ce sujet. On ne pouvait plus aller voir les gens. La moitié du mandat a été amputé du travail que l’on avait commencé. C’est aussi pour ça que je voulais me représenter : pour pouvoir poursuivre le travail qui avait été amorcé et qui n’a pu être achevé », nous raconte Bénédicte Taurine. De cette situation a découlé de nombreuses frustrations : « On était focalisé que sur cette thématique, alors que les problèmes existaient encore. Et ils existent toujours. »

De la crise sanitaire à la question de l’accès à la santé, il n’y a qu’un pas. Pour rappel, Emmanuel Macron a supprimé 5 768 lits d’hôpitaux en 2020. C’est-à-dire en pleine pandémie. Pour Bénédicte Taurine, la santé est le problème majeur en Ariège. « C’est pour ça qu’on a fait notre lancement de campagne avec une conférence de presse au Chiva (Centre hospitalier intercommunal des vallées de l’Ariège, ndlr), qui est l’Hôpital de Foix, parce que les gens ont de plus en plus de difficultés pour se soigner. »

La députée nous décrit toute une zone du département qui n’a plus d’urgences proches, dans un département avec une population à fois âgée et isolée. « Ça a une incidence sur les pompiers parce que leur temps de trajet et d’attente au Chiva est beaucoup plus important. On a de moins en moins de pompiers bénévoles. On se retrouve dans une situation où il y a potentiellement une mise en danger de la vie des gens ! » alerte la députée.

Parfois, les gens renoncent à se soigner parce qu’ils n’ont pas les moyens et qu’ils sont obligés d’aller se soigner à Toulouse. « Le reste à charge, il est de 80 euros parce qu’il faut un taxi VSL (Véhicule Sanitaire Léger, ndlr). » Bénédicte Taurine plaide pour « remettre le patient au centre du système. »

« La NUPES est un immense espoir dans nos vallées »

Pendant notre déplacement dans la 1ère circonscription de l’Ariège, Bénédicte Taurine nous a présenté son suppléant, Gilbert Lazaroo, maire du village de Biert. « La misère existe dans les zones rurales », commence-t-il, mais elle est « cachée par la nature ». Il n’y a « pas d’aides », parfois uniquement « un seul salaire » dans un foyer où règnent des « problèmes familiaux », nous raconte Gilbert Lazaroo.

Il revient avec émotion sur le programme de casse sociale annoncé par Emmanuel Macron. Pour rappel, son projet est de conditionner le RSA à 20 heures de travail gratuites : « Les bénéficiaires du RSA se sont sentis complètement laminés par ce qu’a dit Macron, alors que c’est un revenu de dignité ! » Face à cette maltraitance sociale annoncée, « la NUPES est un immense espoir dans nos vallées » nous glisse-t-il avec un sourire. Il est optimiste : « sur le Couzerans, on est majoritaire ».

L’Ariège est le 12ème département le plus pauvre de la France métropolitaine avec 18,4% de la population vivant sous le seuil de pauvreté. « On est un département qui était industrialisé avec le textile, notamment dans le pays d’Olmes. Tout ça a été délocalisé. Il y a une population pauvre qui s’est un peu repliée sur soi. » nous explique Bénédicte Taurine. Des « fâchés pas fachos ». Gilbert Lazaroo fait bien la différence « entre les électeurs, et l’extrême-droite qui se sert de la misère sociale pour prospérer ».

Au 1er tour de l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon est arrivé en tête avec 26,07% des suffrages en Ariège. Il est également arrivé premier dans la circonscirption de Bénédicte Taurine avec 27,4% des voix. Sur le terrain, les retours sont bons selon la candidate. « On essaie d’être au maximum sur le terrain, en se déployant chacun de notre côté parce que la circonscription est grande : il y a 193 communes ! » Si elle est réélue, les citoyens pourront compter sur Bénédicte Taurine, une député de combat pour les défendre contre la maltraitance sociale portée par le duo Macron-Borne. Rendez vous dans les urnes les 12 et 19 juin prochains pour élire une majorité de députés de la Nouvelle Union Populaire.

Par Nadim Février