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Les traités de libre-échange tuent les agriculteurs

Alors que les agriculteurs se mobilisent pour vivre dignement de leur travail, que fait le Parlement européen ? Tous les groupes politiques qui y siègent (Renaissance, RN, Socialistes et autres libéraux), à l’exception des insoumis, ont voté pour de nouveaux accords de libre-échange avec le Chili et le Kenya. Résultat ? Un nouveau coup de massue de la concurrence déloyale par l’importation de 18 000 tonnes de volaille, 9000 de porc, 4000 de viande ovine etc… rien qu’en ce qui concerne l’accord avec le Chili.

Ces récents accords ne sont que la continuité de dizaines d’autres qui soumettent les agriculteurs, et bien d’autres professions, à la concurrence sauvage des marchés mondiaux. L’accord de libre-échange entre l’UE et la Nouvelle Zélande en est un autre exemple récent, voté fin 2023 par l’alliance des macronistes, socialistes et des verts. Seuls les insoumis, là aussi, s’y sont opposés. Un traité qui aboutit à « 20 000 kilomètres en container pendant 42 jours pour manger une pomme ».

Une aberration que dénonce la masse des agriculteurs. Vivre dignement de son travail n’est pas compatible avec la concurrence déloyale organisée par les traités de libre- échange, ni avec les prix à la baisse que cela induit.

Les propositions de LFI d’instauration de prix planchers et de moratoire sur les traités de libre échange constituent ainsi des revendications communes avec la masse des agriculteurs, mais pas seulement. Ne pas dépendre de produits venus du bout du monde, produits avec des produits climaticides et dans des conditions sociales délétères concerne tout un chacun. Relocaliser les productions assure la souveraineté alimentaire, la capacité à nourrir toute la population, en plus de garantir des revenus dignes à celles et ceux qui en sont les maillons : les agriculteurs. Notre article.

« 20 000 kilomètres en container pendant 42 jours pour manger une pomme » : l’aberration de l’accord de libre-échange avec la Nouvelle-Zélande

« 20 000 kilomètres en container pendant 42 jours pour manger une pomme », raille le député insoumis Matthias Tavel dans l’hémicycle. Une phrase pour résumer l’aberration que constitue ce nouveau traité de libre-échange, ratifié par l’Union européenne. Dans le plus grand secret, fin 2023, l’Union européenne a autorisé l’augmentation du commerce de 30% en l’espace de 10 ans entre l’Europe et la Nouvelle-Zélande.

L’accord prévoit notamment une suppression totale de droits de douane sur de nombreux produits agricoles : kiwis, pommes, oignons, miels et des contingents importants sur la viande bovine (10 000 tonnes), viande ovine (38 000 tonnes), beurre (15 000 tonnes), fromages (25 000 tonnes) et lait en poudre (15 000 tonnes). « Pourquoi importer de l’agneau néo-zélandais, produit à plus 18 000 km, quand il pourrait venir de l’alpage européen à l’heure où, par exemple, la filière ovine connaît de grosses difficultés ? », s’interroge Laurence Marandola, porte-parole de la Confédération paysanne, dans l’Humanité.

Un tel accord va mettre la pression sur les éleveurs laitiers. En effet, la Nouvelle-Zélande est considérée comme la laiterie du monde. Au cours des 10 dernières années, la France a perdu 24% de ses éleveurs bovins et 650 000 têtes. Afin de pallier la baisse continue de la production laitière française, l’importation de produits laitiers n’a donc cessé d’augmenter dans notre pays. En 2019, 29% des produits laitiers consommés en France étaient fabriqués à base de lait importé. Puisque la Nouvelle-Zélande est considérée comme la laiterie du monde, cela ne fera qu’aggraver ce phénomène

« Vous portez un nouveau coup aux agricultrices et aux agriculteurs de ce pays. En augmentant l’importation de viande bovine et ovine, de produits laitiers et de lait alors que les oups de production en Nouvelle-Zélande sont plus faibles qu’en Europe, vous avez autorisé une nouvelle concurrence déloyale », dénonçait la députée insoumise Nathalie Oziol à la tribune de l’Assemblée nationale.

En pleine crise agricole, le Parlement européen continue d’approuver de nouveaux traités de libre-échange

En pleine crise agricole, le Parlement européen continue d’approuver de nouveaux traités de libre-échange. Récemment, deux nouveaux accords avec le Chili et le Kenya. Avec le premier, plus de 18 000 tonnes de volaille, plus de 9 000 de porc, plus de 4 000 de viande ovine, plus de 2 000 tonnes de viande ovine vont arriver sur le sol européen, ainsi que de nombreux légumes, fruits, noix et produits de la mer. Fleurs, fruits et légumes sont attendus dans le cadre de l’accord avec le Kenya.

La Commission européenne s’active aussi pour conclure les négociations entre l’Union Européenne et le MERCOSUR (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay, Venezuela, Bolivie), troisième bloc économique mondial. Il faut avoir en tête que l’Argentine et le Brésil sont deux grandes puissances agricoles. La conséquence à venir en chiffres sur le sol européen : plus de 180 000 tonnes de volaille, de même pour le sucre, plus de 99 000 tonnes de bœuf, plus de 45 000 tonnes miel. Continuer à négocier des accords de libre-échange, en approuver en pleine crise agricole européenne en restant droit dans ses bottes est une pure folie.

Comment le libre-échange broie et menace les agriculteurs français

Pour illustrer la menace des accords de libre-échange sur les agriculteurs, regardons les conséquences du côté de la filière de la viande, selon une document de la Confédération paysanne. L’Union Européenne produit environ 800 000 tonnes d’aloyau par an (là où on trouve les pièces de viandes comme le filet ou le faux-filet), dont 400 000 par an produites par les éleveurs de bovin allaitant. Le contingent de 65 000 tonnes de viande, sans droits de douane, autorisé pour le Canada par l’accord de libre-échange CETA est principalement composé d’aloyau à bas coût.

Par la rencontre de ces différents contingents, les producteurs d’aloyau européens vont ainsi voir leur viande bien moins valorisée et les prix baisser. Or, cet aloyau est central pour la rémunération des éleveurs : il représente actuellement plus de 30% de la valeur moyenne d’une carcasse en Europe. Sans parler du contingent de 15 000 tonnes de viande venant d’Ukraine bovine ou de ceux venant des États-Unis ou du Mercosur, avec qui des négociations sont en cours. L’Europe risquerait alors fortement de concéder des contingents de viande bovine encore supérieurs aux États-Unis comme au Mercosur.

« Une étude de l’Institut de l’élevage et de l’Interprofession bétail et viande (INTERBEV) montre qu’une augmentation de 200 000 tonnes/an des importations détaxées de viande bovine nord-américaine en Europe, engendrerait une réduction de 40% à 50% du revenu des éleveurs bovins français », écrit la Confédération Paysanne. « Ce, ainsi qu’une perte de 50 000 emplois dans la filière (30 000 emplois d’éleveurs et 20 000 emplois dans l’aval de la filière : abattoirs, boucheries, etc) », précise l’organisation.

Depuis deux, il y a une ouverture totale des frontières de l’Europe aux importations agricoles à très bas prix de l’Ukraine, qui font peser de lourdes menaces sur l’agriculture française. Depuis lors, la France importe trois fois plus de volaille ukrainienne du fait d’une suspension des droits de douane avec ce pays. Le problème, c’est qu’elle est produite là-bas par des firmes internationales avec un « coût » du travail quatre à cinq fois moindre et des normes très faibles, ce qui crée une pression à la baisse sur les prix.

Pour la Secrétaire nationale de la Confédération paysanne, Sylvie Colas, voilà l’urgence absolue : rompre avec le libre-échange. « Les traités de libéralisation du commerce, signés entre l’Union européenne et différents pays étrangers, créent pour nous une véritable concurrence déloyale, détaille la maraîchère et éleveuse de volailles dans le Gers. N’étant pas soumis aux mêmes normes, les produits importés affichent des prix cassés… tirant ainsi les nôtres vers le bas. » (Reporterre)

« On demande un signal fort au gouvernement […] d’annoncer l’arrêt des négociations sur les accords de libre-échange à venir, en particulier celui avec le MERCOSUR », a indiqué Laurance Marandola.

Sortir du libre-échangisme pour passer au protectionnisme écologique : la solution proposée par les insoumis

La France insoumise (LFI) a défendu une proposition de loi à l’Assemblée nationale le 30 novembre dernier pour instaurer des prix planchers pour les agriculteurs afin de leur garantir une meilleure rémunération. Cette mesure a été balayée par les rangs des députés macronistes, alliés aux Républicains (LR). La proposition de loi, incluant cette mesure sur les prix planchers, a été rejetée à six voix près dans l’hémicycle. Cela aurait un début, un signal politique envoyé à ce métier si souvent méprisé, sauf quelques jours par an au salon de l’Agriculture. Une telle mesure aurait peut-être contenu, voire empêché la mobilisation actuelle des agriculteurs dans notre pays, qui continue de prendre de l’ampleur à l’heure où nous écrivons ces lignes.

Pour aller plus loin : Souffrances des agriculteurs : pourquoi Emmanuel Macron a-t-il saboté la proposition de loi de LFI sur les prix planchers ?

Sortir du libre-échangisme pour entrer dans le protectionnisme écologique, voilà la solution proposée par les insoumis au long terme. L’objectif : protéger les agriculteurs de notre pays et relocaliser une large partie de la production agricole, pour ne plus dépendre de matières premières produites dans des conditions sociales et écologiques délétères. « Nous demandons au gouvernement de cesser de négocier des traités de libre-échange. Nous demandons d’ailleurs un moratoire sur les accords de libre-échange, [ils] font pression sur les prix payés aux producteurs agricoles », soulignait Aurélie Trouvé en conférence de presse du groupe insoumis ce 23 janvier 2024.

Libre-échange mondialisé ou protectionnisme écologique ? Laisser libre cours au néolibéralisme destructeur ou se protéger des dangers du libre-échangisme ? La question est vite répondue. Au rythme actuel, les petites exploitations agricoles disparaîtront aux profits des fermes-usines des plus polluantes. Les agriculteurs, essayant tant bien que mal de produire bio, ne tiendront pas et continueront de mettre fin à leurs jours. Les grands mangeront les petits. L’agriculture française est en train de mourir. Il est encore temps de la sauver.

Cela ne passera ni par la signature de nouveaux traités de libre-échange ni par l’entrée de nouveaux pays au sein de l’Union européenne, comme l’Ukraine, qui mettront grandement à mal les agriculteurs français et européens. À l’heure de l’accélération du dérèglement climatique et du fait la fragilité grandissante de nos matières premières, la France doit pouvoir se nourrir à la hauteur de ses besoins. Sans devoir dépendre de produits venus du bout du monde, produits avec des produits climaticides. Dans des conditions sociales délétères. La planification écologique et le protectionnisme écologique, voilà doit être l’horizon.

Par Nadim Février