COP 15 de la biodiversité : l’extinction de masse, tout le monde s’en fout ?

La COP 15 de la biodiversité se tient depuis mercredi 7 décembre à Montréal. L’objectif : enrayer l’extinction de masse provoquée par l’infernal trio sur lequel repose tout le système capitaliste : extraction, pollution, bétonisation. A l’image de l’effondrement de la biodiversité en cours, près de 70% de la population de vertébrés depuis 1970, le sommet se déroule dans l’indifférence quasi-totale. Passerez-vous également votre chemin ou aurez-vous le courage de vous plonger dans cette question cruciale pour notre avenir ? Notre article. 

La 6ème extinction de masse : les chiffres de l’effondrement

Bon, on va la faire courte là dessus. La biodiversité, c’est pas le top en ce moment. Vous vous en doutez. C’est même la cata. D’ailleurs peut-être est-ce la raison principale pour laquelle ce sujet ne parvient pratiquement jamais à briser le plafond médiatique, à entrer au cœur du débat public. Les seules extinctions qui nous atteignent sont celles des animaux mignons ou splendides. La force des images. Pour les autres, dont la valeur n’est pourtant nullement corrélée à leur esthétique aux yeux des humains, on baisse la tête. Mi-insensible, mi-dépité. Oui, on sait, des espèces disparaissent à un rythme inédit dans l’histoire de la vie. La fatalité se change en désespoir et nous fait détourner les yeux. 

L’objectif de ce papier n’est pas d’en rajouter une couche. L’objectif de l’insoumission est d’appeler à la révolte contre le système capitaliste qui pourrit la vie des humains et du reste du vivant. L’essentiel de l’article fournira donc des raisons et des moyens d’entrer en résistance contre la destruction du vivant. Enfin, il faut quand même bien commencer par avoir les idées claires sur cet effondrement de la biodiversité.  

Commençons par ce qui est déjà perdu : les activités humaines ont provoqué la perte de 83 % de la biomasse animale sauvage, et de 41,5 % de celle des végétaux en 150 ans. Depuis 1970, la population d’animaux vertébrés a diminué de 69% dans le monde. 

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Concernant les insectes qui représentent trois quart des espèces connues (mais aussi l’immense majorité des espèces inconnues) la perte de population atteint 80% en Europe

Les populations sont donc en plein effondrement. Cependant, le nombre d’espèces définitivement éteinte reste encore faible. Nous sommes juste avant l’extinction. La menace est grande mais l’espoir subsiste. Lorsqu’on exclut les insectes, sur lesquels les connaissances sont encore imprécises, sur les 147 000 espèces connues, 41 000 espèces sont menacées d’extinction. 

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En incluant les insectes, les scientifiques estiment qu’un million d’espèces (sur les 8 millions estimées) sont menacées d’extinction. 

Voilà pour le sombre bilan. La situation est grave. Mais pas désespérée. L’humanité a dans ses mains le sort du vivant. Vivant dont elle fait partie intégrante, faut-il le rappeler. Il y a donc urgence à agir, pour sauver tout ce qui peut encore l’être. Dans la nature, tout se tient, tout est cycle, tout est interdépendance. Chaque espèce qui disparaît accentue le danger pour les autres êtres vivants qui dépendent d’elle pour leur survie. Au contraire, chaque espèce sauvée augmente les chances de survie de toute la chaîne alimentaire dont elle fait partie. Il y a donc urgence à lever les yeux et à agir. 

Les COP servent-elles à quelque chose ? 

Depuis mercredi 7 décembre, 15 000 personnes sont réunies au Canada pour travailler à un accord international pour stopper cet effondrement du vivant. L’accord vise 21 objectifs pour 2030 et 4 points 2050. Pour 196 Etats. Le plus emblématique et le plus disputé de ces objectifs : atteindre 30% d’aire protégée en 2030 est déjà soutenu par 110 Etats. Une dynamique internationale existe donc incontestablement. Mais est-elle à la hauteur. 

D’une part, 30% d’espace protégé, c’est bien. Mais si les 70 autres pourcent sont ravagés, pas sûr que ce soit suffisant pour enrayer l’extinction de la masse. Il faudra donc que l’accord comporte bien d’autres objectifs, des droits pour les populations humaines au premier rang dans cette lutte pour la préservation du vivant et des financements conséquents pour avoir une quelconque utilité. D’autre part, le dernier grand accord, signé en 2010 au Japon, comportait 20 objectifs pour 2020. Les Etats ont globalement échoué dans les grandes largeurs à les atteindre. 

Comme leur soeur du climat, les COP de la biodiversité permettent donc essentiellement de constater le minimum. Le 19 décembre à la fin de la COP15, nous saurons donc le minimum sur lequel l’humanité est prête à s’accorder. Ce minimum sera insuffisant. C’est donc aux collectifs citoyens, aux associations, à toutes celles et ceux qui luttent de mettre la pression sur chacun des Etats pour parvenir à se fixer et atteindre des objectifs bien plus ambitieux. 

Les raisons de la colère

Climat et biodiversité sont inextricablement connectés. D’une part, ces deux crises ont les mêmes causes l’infernal trio sur lequel repose tout le système capitaliste : extraction, pollution, bétonisation. D’autre part, les deux crises s’inter accentuent. « On a perdu énormément de résilience. Des plantes ont disparu ces dernières années, alors qu’elles étaient irremplaçables par leurs fonctions. Le vivant s’homogénéise. On arrive face à un mur climatique et on n’a plus la diversité génétique pour lutter », indique Joan Laur, membre de l’institut de recherche en biologie végétale, à Montréal. 

Et à l’inverse, chaque victoire sur un des deux fronts augmentent nos chances de succès sur l’autre. « Beaucoup de pistes concernent la limitation des déchets alimentaires dans les pays développés, note Yunne Shin. chercheuse à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) En réduisant de moitié ces pertes, on pourrait gagner 10 % de terres agricoles. Ces terres pourraient ensuite être réservées à de multiples usages, que ce soit pour la restauration de la nature ou la production de bioénergies. » Autre exemple : la déforestation. La forêt est à la fois un puits de carbone et une protection pour la biodiversité. Stopper la déforestation agit sur les deux crises en même temps. 

Les pays du Sud sont pris dans un étau compresseur insoutenable. D’un côté, les ressources naturelles, hydrocarbures, minerais et bois leur apportent des revenus indispensables pour sortir de la misère. De l’autre, ils sont très souvent les premières victimes du changement climatique et de l’effondrement de la biodiversité. Alors qu’historiquement, ils ne représentent qu’une part très faible de la pollution de l’air, de l’eau et du sol. C’est donc aux pays du Nord, les pays les plus développés économiquement et les plus coupables de la destruction du seul écosystème compatible avec notre vie sur Terre de commencer à agir concrètement, rapidement et à la hauteur des enjeux. 

En France, malgré un président qui s’auto gargarise de son titre de champion de la Terre, la situation est peu reluisante. En trente ans, 22 % des oiseaux communs et 38 % des chauves-souris ont également disparu selon les travaux du Muséum national d’histoire naturelle. La sixième extinction de masse sera bientôt une réalité dans notre pays : d’après les études de l’IPBES  (le « Giec de la biodiversité »), 15 % des orchidées, 14 % des mammifères, 24 % des reptiles, 23 % des amphibiens, 32 % des oiseaux nicheurs, 19 % des poissons et 28 % des crustacés d’eau douce sont menacés de disparition en France métropolitaine

Reporterre titrait en 2021, « biodiversité, le quinquennat perdu d’Emmanuel Macron ». « Le bilan est clairement négatif, confirme Arnaud Schwartz, le président de France Nature Environnement (FNE). L’exécutif n’a pas réussi à enrayer la disparition accélérée des espèces ni même à freiner son rythme ». Pas étonnant, en 2020, le budget consacré à cet objectif central pour le maintien de la vie sur Terre représentait 0,14% du budget. Sur son plan de relance de 100 milliards en 2021, le président n’a trouvé que 25 millions (0,25% du total) pour la protection et la restauration de la nature. 

Le premier quinquennat d’Emmanuel Macron s’est surtout illustré par son soutien à de nombreuses infrastructures dommageables pour l’environnement. A titre d’exemple les méga-entrepôts d’Amazon qui bénéficient de la complaisance du gouvernement pour bétonner des terres agricoles. Il a fallu attendre 2023 pour que soit votée la fin des subventions aux nouveaux projets gaziers ou pétroliers. L’interdiction du glyphosate dort toujours profondément au fond du placard des promesses non tenues du bien mal nommé champion de la Terre. Le nouveau quinquennat ne démarre pas mieux, Macron n’ira pas à la COP15, trop occupé sans doute à préparer la pire régression sociale de l’histoire du pays

Résistance

Ces actes coupables d’Emmanuel Macron révèle une chose : il y a des choses à faire. Essentiellement, tout l’inverse de ce que son gouvernement entreprend. Il faut donc entrer en résistance. Contre ces politiques cyniques, contre ces multinationales inconséquentes. Et surtout contre ce système capitaliste qui ne survit que par l’exploitation toujours plus forte des humains et des ressources naturelles, que par l’appropriation des biens communs, l’eau, l’air, la génétique pour en tirer des profits privés. Si elles sont pour le moment insuffisantes, les luttes ne manquent pas. 

Reporterre tient à jour une carte des luttes locales sur les grands projets inutiles (et surtout néfastes à la biodiversité et au climat (on l’a vu, l’un ne va pas sans l’autre) : https://lutteslocales.gogocarto.fr/annuaire#/carte/@46.33,2.50,6z?cat=all

Les associations Notre affaire à tous et Pollinis ont choisi le levier judiciaire pour attaquer en justice l’Etat français pour la menace qu’il fait encore peser par sa politique sur la biodiversité. 

L’association Bloom pour sa part a choisi l’échelon européen pour agir pour la protection des océans et de la biodiversité aquatique. 

Des collectifs ont également réussi à intenter un procès à Total pour son projet EACOP qui prévoit non moins que la construction du plus grand oléoduc du monde en Ouganda avec à la clé des forages d’hydrocarbure au cœur de la plus grande réserve nationale du pays. 

Sur le superprofit comme la biodiversité Patrick Pouyanné, patron de Total est décidément en roue libre. L’inaction voire l’approbation discrète d’Emmanuel Macron et de tous les dirigeants libéraux de ce monde est coupable. Cette caste se gave sur le malheur des plus faibles. Notre résistance est la seule limite à leur prédation. 

Par Ulysse