Cyril Hanouna, le chien de garde au service de l’extrême-droite

Jeudi 10 novembre, Cyril Hanouna pète un câble en direct contre le député LFI Louis Boyard qui critique son patron Vincent Bolloré. Les insultes prononcées par l’animateur et la véhémence avec laquelle il défend le milliardaire provoquent un tollé. Louis Boyard annonce porter plainte contre Cyril Hanouna, à l’occasion d’une conférence de presse donnée à l’Assemblée nationale ce lundi 14 novembre 2022. Il demande également la création d’une commission d’enquête sur l’emprise de Vincent Bolloré sur les médias. Le soir même, l’animateur de C8 tente de se défendre. Deux heures de direct délirant pour s’apitoyer sur son sort, acclamer le milliardaire d’extrême-droite et accabler de reproches l’élu insoumis. Cyril Hanouna, chien de garde au service de l’extrême droite. Notre article.

Jeudi 10 novembre, Louis Boyard est invité dans l’émission Touche pas à mon poste, TPMP. Tout dérape lorsque arrive la question : « faut-il accueillir le bateau de 234 migrants en France ? » Pour celles et ceux qui ont le courage de voir avec leurs propres yeux, c’est par ici.

L’échantillon censé représenter les téléspectateurs tout comme les gens en plateau sont très largement d’accord pour répondre « non». Les 20 000 morts annuelles dans la mer Méditerranée n’ont pas l’air de les émouvoir. 

Jusque là, rien de surprenant sur une émission qui a consacré 53% de son temps d’antenne à l’extrême-droite pendant la campagne présidentielle

Sauf que ce jour-là, un élu du peuple a le courage d’affirmer une position humaniste. Le devoir d’humanité et le droit de la mer imposent de leur porter secours. Lorsqu’on lui reproche de ne pas proposer de solutions de long terme (avant même de l’avoir écouté développer son argumentaire), Louis Boyard enchaîne les propositions. 

D’abord, au lieu de leur interdire de travailler et les condamner à l’indigence et à la délinquance pour survivre, il faut permettre aux personnes qui fuient la guerre et la misère de postuler légalement à un emploi. Ce, afin de pouvoir subvenir à leurs besoins fondamentaux et commencer à trouver leur place dans la société par le travail. Ensuite, permettre aux enfants d’aller à l’école, cesser cette suspicion délétère qui conduit à démasquer un majeur au prix de dizaine de mineurs privés du droit essentiel pour l’Humanité et à l’intégration dans la société française : l’éducation. 

 « J’aimerais bien qu’on arrête d’opposer les Français qui sont pauvres et les immigrés. Aujourd’hui en France, il y a 5 millions de personnes qui possèdent autant que 27 millions d’autres »

Quand arrive ce qui sera la dernière minute de calme de cette séquence, on sent déjà que ça va pas être simple pour les chroniqueurs biberonnés aux discours fascisants de suivre l’argumentaire. « J’aimerais bien qu’on arrête d’opposer les Français qui sont pauvres et les immigrés. Aujourd’hui en France, il y a 5 personnes qui possèdent autant que 27 millions d’autres » déclare le député insoumis. Perplexité généralisée sur le plateau : « quel rapport ?! » 

Quel rapport entre les inégalités extrêmes et la misère de part et d’autre de la Méditerranée ? L’insoumis manie avec brio l’art de la synthèse. « Les cinq personnes les plus riches, ce sont les mêmes personnes qui appauvrissent la France et elles appauvrissent l’Afrique. L’exemple de Bolloré qui a déforesté le Cameroun, Pouyanné chez Total est en train de faire un projet en Ouganda et refuse de taxer les super-profits ».

Ce qui aurait pu être un beau moment d’éducation populaire et de prise de conscience, s’est changé en tribunal moralisateur contre celui qui a osé critiquer celui qui possède les moyens de production de l’émission, Vincent Bolloré, propriétaire de Canal +, C8 et Cnews. À l’évocation de son patron, Cyril Hanouna semble prendre peur. Il met un temps à réagir, essaye de détourner l’attention. Puis décide de revenir sur l’attaque contre Vincent Bolloré. Il faut dire que le milliardaire breton est connu pour virer les employés déloyaux plus vite Manuel Valls change d’allégeance politique. 

Ça commence par « Chéri » ça finit par « abruti, toquard »

Dès lors, le député insoumis n’aura plus le droit au moindre respect. Insultes, menaces, hurlements. Alors que Cyril Hanouna se vante de la liberté d’expression sur son plateau, face au péril que représente la mise en cause des activités de Vincent Bolloré, celui qui se rêve en prince du P.A.F. est nu. Louis Boyard quitte le plateau. Le lendemain, le député LFI annonce porter plainte contre Cyril Hanouna pour « injure publique envers une personne chargée d’une mission de service public ».

Pour creuser le sujet : Louis Boyard demande la création d’une commission d’enquête sur l’emprise de Bolloré sur les médias

Depuis, la polémique n’est pas retombée. Les éditos et les chroniques s’enchaînent. Et en dehors des militants de droite et d’extrême-droite, il ne s’est pas trouvé beaucoup de soutiens pour l’animateur vedette de TPMP. Alors, Cyril Hanouna a décidé d’assurer sa défense médiatique, lui-même. 

Et Cyril Hanouna inventa le débat sans contradiction 

Lundi 14 novembre, sur C8, on a assité à une soirée hallucinante. Une psychothérapie par le lynchage. Hanouna se peint en grande victime d’un complot des insoumis. On trouve sur le plateau des invités payés, de fait, pour remonter le moral de Cyril Hanouna. Personne pour apporter de la contradiction ou même une simple nuance, aucun mot en faveur de Louis Boyard ne sera prononcé pendant toute la soirée. 

On passe de l’euphémisme le plus grotesque : « vous avez plutôt gardé votre calme » à l’exagération la plus fantasque : « il veut couper la tête de Cyril Hanouna », de la plus évidente flagornerie « on sait à quel point vous avez le sens de la famille » à la plus infamante rhétorique d’extrême-droite : « est-ce que le vrai racisme c’est pas de pas serrer la main d’un député du RN ? ». Des propos ahurissants.

Un autre nom ne sera pas prononcé, en tout cas jamais sans une certaine déférence, celui Vincent Bolloré. Heureusement, pour cela, il y a l’Insoumission. Durant cette soirée hallucinante, Cyril Hanoua a enfoncé le clou. Il aurait pu s’excuser publiquement. Il a préféré enfoncer Louis Boyard et défendre son patron. Un chien de garde de l’extrême-droite.

Pour creuser le sujet : Question : qu’est-ce que Vincent Bolloré va faire de toute cette oseille ?

Par Ulysse