« Les sénateurs ont transformé une loi agricole en loi criminelle contre nos enfants » – Retrouvez la tribune d’Aurélie Trouvé

La France brûle. Ses sols se dessèchent. Des villages doivent déjà être ravitaillés en eau potable par camions-citernes. Dans presque tout le pays, les habitants se voient demander de réduire leur consommation. Et c’est à ce moment précis que 219 sénateurs ont choisi de détruire les règles de partage de l’eau. L’Insoumission republie dans ses […]

Aurélie Trouvé loi agricole

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La France brûle. Ses sols se dessèchent. Des villages doivent déjà être ravitaillés en eau potable par camions-citernes. Dans presque tout le pays, les habitants se voient demander de réduire leur consommation. Et c’est à ce moment précis que 219 sénateurs ont choisi de détruire les règles de partage de l’eau.

L’Insoumission republie dans ses colonnes cette tribune d’Aurélie Trouvé, députée LFI, au sujet de la loi agricole, aggravée par le Sénat. Au menu : destruction des règles du partage de l’eau, piétinement démocratique et réautorisation de pesticides dangereux, sous l’œil très bienveillant de la FNSEA.

Loi agricole : « 219 sénateurs ont choisi de détruire les règles de partage de l’eau », alerte Aurélie Trouvé

Les sénateurs auraient pu proposer un grand plan d’adaptation de l’agriculture à la sécheresse. Ou décider d’aider massivement les agriculteurs à protéger leurs sols, à planter des haies, à diversifier leurs cultures ou à réduire leur dépendance à l’irrigation. Ils ont préféré une autre approche : donner davantage de droits à ceux qui prélèvent déjà le plus, faciliter le stockage privé de l’eau et affaiblir les espaces dans lesquels les collectivités, les citoyens et les autres usagers peuvent encore discuter de son partage.

La loi d’urgence agricole votée par les députés en juin dernier marquait déjà une régression environnementale, poussant à la concentration des élevages dans de grandes exploitations et à la construction d’immenses réservoirs d’eau d’irrigation – autrement dit, des méga-bassines -. Mais cette loi restait dans la continuité des précédentes votées sous le président Macron. 

Pour aller plus loin : Loi Duplomb 2 : chassée par la porte, elle revient par la fenêtre

Le Sénat a choisi la rupture avec toute l’histoire moderne de notre nation. La loi est d’abord une rupture avec la science : contre la position de l’ordre des médecins et presque toutes les sociétés médicales et savantes, elle réautorise deux pesticides dangereux, attaquant le cerveau des enfants et les connexions nerveuses, retrouvés dans les urines, le sperme, le placenta… 

Elle est en rupture avec la démocratie : façonnée par les grands céréaliers de la FNSEA, le sénateur Duplomb et ses collègues, cette loi s’imposera aux millions de citoyens qui ont voté la pétition qui s’y oppose. Une majorité de sénateurs ont introduit des amendements ahurissants et inacceptables pour une majorité de députés, pour en imposer au moins une partie dans le huis clos de la Commission mixte paritaire, qui réunit 14 parlementaires.

Elle brise les fragiles équilibres, les précieux espaces de concertation construits au fil du temps pour partager l’eau de façon juste et concertée. Comment 219 sénateurs, censés représenter les collectivités locales, ont-ils pu décider de les priver de la maîtrise de ce bien commun ? Comment ont-ils pu donner un droit à l’agrobusiness d’accaparer l’eau sans limite, alors que déjà 68 départements sont en restriction d’eau potable en France et que les nappes phréatiques sont au plus bas ? 

219 sénateurs ont voté la fin du principe de “non régression environnementale” pour le remplacer par la “non régression agricole”, le renforcement des représentants agricoles partout où se décide le partage de l’eau, la mise sous tutelle des agences de l’eau par le ministère de l’Agriculture, la disparition programmée de la moitié des zones humides pourtant indispensables au cycle de l’eau…

Ils ont décidé de multiplier par deux le stockage d’eau pour irriguer : les sénateurs promettent une eau qui n’existera peut-être même plus. Même le MEDEF considère qu’il s’agit là d’« un accaparement sans contrepartie, sans contrainte et sans limite des ressources en eau pour un acteur » ! Les députés du bloc présidentiel et les deux présidents de groupe M. Attal et M. Philippe, assumeront-ils alors de la voter ?

C’est une loi d’un autre temps, qui ignore les transformations du monde. L’eau est un bien commun vital, de plus en plus rare. Or, la moitié de l’eau est consommée en France… uniquement pour irriguer 7 % des surfaces agricoles françaises, dont la moitié de maïs !

Plutôt que de privatiser l’eau au profit d’une minorité d’agriculteurs, une République écologique devrait leur offrir les moyens d’adapter leurs façons de produire au réchauffement climatique. De stocker l’eau non pas dans des méga-bassines mais dans les sols, grâce aux prairies, aux haies, au non-labour… De passer à des races d’animaux, des espèces et des variétés de cultures qui résistent mieux aux sécheresses et qui consomment moins d’eau. D’adopter des techniques d’irrigation plus efficaces. De s’inscrire dans une planification écologique fondée sur le cycle de l’eau et les éco-régions. A cause de 219 sénateurs, quel temps perdu, quelles calamités pour nos enfants ! 

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