Vincent Bolloré : la terreur médiatique au service de l’extrême-droite

Censure, licenciements de journalistes, acharnement judiciaire : la terreur Bolloré plane sur le champ médiatique. L’ONG Reporters sans frontières (RSF) vient de sortir « Le système B », un documentaire choc sur les méthodes Bolloré dans son empire médiatique (CNews, C8, Canal +, Europe 1, Capital, Voici, Gala, bientôt le JDD et Paris Match). Le multimilliardaire tente d’imposer par la terreur l’agenda médiatique de la campagne présidentielle : un agenda d’extrême-droite. Notre article.

Intimider, détourner, épuiser : imposer les discours d’extrême-droite par la terreur, réduire au silence les journalistes qui font leur travail

« Les Nouveaux Chiens de gardes » (documentaire sur le journalisme français de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat, 2012) ont trouvé un maître. Dans un court documentaire publié le 14 octobre, Reporters sans frontières donne le micro à 11 journalistes qui décrivent la « vision totalitaire du journalisme » de Vincent Bolloré.

Par différentes structures actionnariales, l’homme d’affaire contrôle à la fois CNews, C8, Canal+, Europe 1, Capital, Voici et Gala entre autres titres de presse. Bolloré, c’est le parangon de la concentration des médias français dans les mains de quelques familles richissimes, cartographiée par Acrimed et le Monde diplomatique en décembre 2020.

Cette position de force, le magnat breton la met au service de deux objectifs : diffuser le plus largement possibles les discours et contrevérités de l’extrême-droite, et réduire au silence ceux qui viennent mettre le nez dans ses affaires. Tous les moyens sont bons. « Intimider, détourner et épuiser », résume en un slogan l’un des journaliste interrogés par RSF.

Après i-Télé, Europe 1 : la ligne politique de Bolloré tu l’acceptes ou tu prends la porte

La ligne Bolloré, tu l’aimes ou elle te quitte, rappelle le documentaire. En 2015, les journalistes de la chaine i-Télé entament une grève contre le changement de direction voulu par Bolloré. La nouvelle ligne éditoriale n’a plus grand chose à voir avec l’information et la chaine s’apprête à devenir un média d’opinion d’extrême droite. Au bout d’un mois de grève et sans possibilité de dialogue, un tiers des journalistes démissionnent et son remplacés. i-Télé devient la sinistre CNews.

Un scénario qui se répète aujourd’hui à l’occasion de la violente prise de contrôle d’Europe 1 par Vincent Bolloré, que dénonce notamment le journaliste Patrick Cohen dans le documentaire, présentateur pendant 7 ans de la matinale de France Inter et pendant 4 ans sur Europe 1, pourtant pas réputé être le plus grand gauchiste du champ médiatique.

Censure et licenciements

Une fois au pouvoir dans un média, Bolloré n’hésite pas à censurer les journalistes qui enquêtent sur le milieu financier. RSF tend ainsi le micro à plusieurs journalistes dont ceux qui ont mené l’enquête sur le Crédit Mutuel, partenaire financier du groupe Bolloré, qui a été brutalement retiré de l’antenne. Pour avoir fait leur travail et avoir osé réaliser un documentaire sur le Crédit Mutuel, plusieurs journalistes sont licenciés.

Sébastien Thoen et Stéphane Guy peuvent en témoigner. Le premier pour avoir osé réalisé un sketch sur Pascal Praud, licencié. Tourner en dérision l’extrême droitisation des débats sur CNews ? Lettre de licenciement le jour de noël, après 23 ans de bons et loyaux services. Son confrère Stéphane Guy ose lui témoigné son soutien à la mi temps d’un match de foot ? Licencié. En exemple. Le prochain qui oserait parler est prévenu. La terreur sauce Bolloré.

Acharnement judiciaire pour intimider

Les médias qui n’appartiennent pas à Vincent Bolloré subissent également son joug. Plus de trente journalistes et des associations ont subi de sa part un véritable acharnement judiciaire pour avoir eu l’audace de s’intéresser à ses affaires. Pourtant, le groupe Bolloré est connu pour ses pratiques désastreuses, notamment en termes de corruption, d’accaparement des terres et de travail des enfants en Afrique de l’Ouest.

Le but des procès initiés par Bolloré n’est pas d’obtenir justice mais de mobiliser l’armada juridique de son groupe industriel pour épuiser les ressources psychologiques et financières des journalistes indépendants. Le verdict lui est généralement défavorable. Mais peu importe ! C’est l’intimidation qui compte, et les journalistes qui voudraient enquêter savent à quoi s’en tenir.

A l’heure où Vincent Bolloré étend son empire au groupe Lagardère (Le Journal du dimanche, Paris Match), nous devons prendre conscience de la menace. Chaque titre de presse entre ses mains est un gage d’impunité de plus pour les industries et des patrons véreux. Chaque chaine d’information à son service est une tribune pour l’extrême-droite. Garantir l’indépendance et la pluralité des médias est plus que jamais une urgence démocratique.