11 témoignages chocs de soignants pour plonger au cœur de la crise de l’Hôpital

Crise à l’hôpital, effondrement du système de santé, c’en est trop. Jeudi 22 septembre, les soignants manifestent autour d’un mot d’ordre : « Stop à la maltraitance et aux conditions indignes pour les personnels et les usager·ères ! ».

Dès son élection en juin 2022, Damien Maudet, député LFI-Nupes de la 1ère circonscription de la Haute-Vienne et Nathalie Oziol, députée de la 2ème circonscription de l’Hérault lancent une commission d’enquête sur l’hôpital public. Installés à l’entrée du CHU de Limoges, les élus et leurs équipes récoltent les témoignages de soignants. En cette journée de manifestation du secteur de la santé, l’Insoumission s’associe à cette démarche et publie 11 de ces témoignages pour aider nos lecteurs à ressentir, profondément, la détresse de personnes qui travaillent jour et nuit pour sauver des vies. Une détresse qui les poussent parfois à mettre fin à la leur. Plongez dans un service public ravagé par vingt années d’ultra-libéralisme. Notre article.

Témoignages

Brancardier au CHU de Limoges : « La bienveillance que l’on devrait apporter à la population on ne peut plus.Je ne vais pas vous parler de chiffres mais de pourquoi je suis arrivé à l’hôpital, je suis venue porter des valeurs d’humanité. A cause de soucis économiques, on se rend compte qu’on ne peut pas rendre cela à la population.Ou elle est la dignité de celui qui reste sur un brancard, ou elle est cette valeur qu’on doit véhiculer si on ne nous en donne pas les moyens? On est la 7ème puissance et on n’est pas capable d’apporter du réconfort à ces gens la. Quelques soit l’homme politique il faut faire le constat de l’échec »

Aide-soignant en gériatrie au CHU de Limoges : « Sur 56 résidents tout le monde l’a eu (le covid), et en deux mois on a eu 20 décès. Le positif c’est que les services les moins impactés sont venus nous prêter main forte mais il aurait fallu être deux fois plus. C’était épuisant physiquement et psychologiquement. On a eu de l’espoir en expliquant à la direction, mais c’était que de l’espoir. On fait de l’auto-remplacement, on va compléter dans les unités où il y a de l’absentéisme, des démissions, des burn out, des congés longs. On attendait beaucoup plus de la direction.

On a touché 183 euros sans jamais dire de combien on est parti. On part de quoi ? En 2019, mon salaire était à 1513 euros. On est toujours le nez sur la montre, oui c’est un peu l’usine mais je m’occupe d’êtres humains, demain c’est peut-être moi qui serait dans ce lit. Si j’étais député, je remettrais tout à plat, parce que mettre des pansements, sans mauvais jeux de mots, ça va 5 min. On arrête tout, comme les entreprises quand elles ont été rachetées, on s’est assis sur la dette. »

« On met autour de la table des médecins, des aides-soignants et toutes ces idées là, on les remonte et on construit un vrai projet de loi santé. »

Infirmière CHU Limoges : « On voit dans les médias la crise des urgences. Mais en fin de compte tout l’hôpital va mal, manque d’effectifs, manque de lits. Si 150 lits étaient ouverts, les patients n’attendraient pas des jours voire plusieurs plusieurs jours sur des brancards. »

Infirmière en pneumologie au CHU de Rennes : « Au lactarium le cahier des charges est important, on n’a pas le temps de le mettre à jour, c’est un danger pour les enfants. Le risque zéro n’est pas atteint et la direction dit qu’il n’est pas atteignable. Et ils en profitent pour supprimer des postes de patients. Ils font des économies en supprimant un poste de nuit. 30 lits voir 32 quand l’hôpital est sous tension. »

Aide soignante en bloc opératoire au CHU de Rennes : « Juste deux mots sur le Ségur, la seule réponse qu’on a eu, ce sont primes mais le problème de fond n’est pas résolu. C’est là qu’on en vient à la fuite des soignants, aujourd’hui, il y a des appels tous les jours. Certains partent. Ils en ont marre de ne pas être écoutés ni entendus. À tout cela s’ajoute le lien avec la vie pro ou il faut toujours plus s’adapter au CHU, c’est la vie privée bafouée présentée comme ci c’était normal. Il manque 39 postes d’AS. »

Infirmier en psychiatrie au CHU de Rennes : « L’uberisation de nos métiers fait qu’on a des gens qui ne connaissent pas le service dans lequel ils arrivent et des gens qui partent voir ailleurs si l’herbe est plus verte parce qu’il y a du travail partout dans le libéral »

Soignant de l’hôpital Saint Louis : « Les soignants se sont engagés dans le soin car cela a énormément de sens pour eux, et ça peut être très douloureux de constater qu’elles ne peuvent pas faire leur travail correctement »Infirmière à Saint Louis. On ne demande à personne de nous remercier ni de nous applaudir pour avoir fait notre travail. Par contre, on demande à être reconnus et valorisés dans notre travail. Quelle société veut-on pour demain ? Individualiste, qui ne prend pas en compte le bien-être et de la santé des autres, ou une société solidaire dont on a hérité du CNR (Conseil national de la Résistance) ? »

Soignant en psychiatrie à l’hôpital de Chinon : « Si l’idée de Macron & co est de refiler le tout au privé, il suffit de le dire tout de suite, et tant pis pour ceux qui n’ont pas l’argent. Les collègues qui partent vont dans le privé, changent de boulot : on n’a jamais vu autant de gens partir, et aussi peu venir les remplacer. »

Soignant à l’hôpital d’Orléans : « Ce sont des métiers de vocation, mais quand ils voient le système de management qu’on impose, c’est de la maltraitance dirigée. C’est arrivé samedi, on n’arrive pas à lui trouver un lit pour que l’infirmier puisse accompagner dignement la patiente, et on entendait les sons de la fin en direct hélas. C’est difficile pour tout le personnel d’être démuni face à ça et de ne pas pouvoir assurer que les gens puissent mourir dans la dignité. »

Sage femme à la maternité d’Orléans : « 457 accouchements sur juillet, 15 accouchements par 24h, on s’est retrouvé sur des gardes très chargées avec 26 accouchements sur 24 heures, à 5 SF la journée et 4 la nuit. »

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