Hôpital : 3 suicides tous les 2 jours en France dans le personnel hospitalier

Urgence absolue à l’Hôpital : entre 50 à 60 % des professionnels de la santé présentent des signes d’épuisement professionnel, 30 % sont en dépression, 25 % ont déjà eu des « idées suicidaires ». Tous les 2 jours, trois professionnels de la santé se suicident en France. Dans un silence assourdissant. Les chiffres de l’association Soins aux Professionnels de la Santé (SPS) font froid dans le dos. La cause du drame est connue : l’au-sté-ri-té. Les responsables politiques à l’origine des politiques d’austérité à l’Hôpital public ont du sang sur les mains. Notre article.


17 000 lits d’hôpitaux ont été fermés pendant le premier quinquennat d’Emmanuel Macron, dont 5700 en plein crise sanitaire. Des services d’urgence, des maternités ferment toutes les semaines ou presque. Un Ségur de la santé plus tard, après presque trois ans de lutte intense dans tous les services hospitaliers de France, quelques ristournes lâchées sur les salaires. Des miettes pour ceux que l’on préfère applaudir plutôt que de les payer. Le budget de la santé publique amputé de plus de 150 milliards depuis quinze ans. Des miettes pour ceux que l’on préfère contrôler plutôt que de les soigner. Voilà ce qui était jusqu’ici le bilan Macron pour l’hôpital : des larmes, beaucoup, du sang, déjà.

Les morts n’ont pourtant pas tardé. Qui peut croire que détruire le fondement d’une santé généralisée et démocratique se fait sans victime ? 3,5 millions de professionnels de la santé, et quelques autres 66 millions de citoyens usagers face au cauchemar d’un hôpital qui fut et demeure la fierté de la Nation, contraint de s’automutiler. Les premiers morts sur brancard faute de soins, comme ce strasbourgeois de 81 ans ayant attendu 22 heures sur un brancard le 31 août dernier. Et la vague de suicides qui n’en finit plus et sape des personnes qui donnent leur quotidien au service des autres.

60% de burn-out, 30% de dépression, 25% d’idées suicidaires… Urgence absolue aux urgences


« Qui nous soignera quand les professionnels de santé ne seront plus la ? »
Une association centralise les appels d’urgence de soignants en détresse psychologique ou ayant des idées suicidaires : Soins aux professionnels de santé (SPS). Son constat est clair : trois soignants se suicident tous les deux jours. Au minimum. L’Intersyndicale nationale des internes (ISNI) avance qu’un interne se suicide tous les 18 jours. Une étude réalisée par la SPS relève que 25% d’entre eux avaient déjà eu des idées suicidaires au cours de leur carrière. Une autre étude montre que 50 à 60% d’entre eux souffrent de burn-out. L’intitulé de leur campagne était tout trouvé : « Qui nous soignera quand les professionnels de santé ne seront plus là ? ».


Les témoignages de ceux d’entre eux qui ont fini avec leur vie sont glaçants. Une interne en gastro-entérologie à Lyon, à qui sa mère demandait pourquoi elle ne pouvait pas parler du mal-être autour d’elle, racontait : « Je ne suis qu’un petit interne, dans trois mois, il y aura un autre esclave à ma place »… Au bout des journées sous fatigue et sous pression, en manquant de lit, de blouse, de temps avec chaque patient, des soignants qui n’en peuvent plus. La question n’est peut-être pas qui nous soignera, mais comment sauver ceux qui le font déjà. Car il y a urgence.

« Toujours faire plus, avec toujours moins » : l’austérité tue


Il ne faut pas se raconter d’histoire : à l’origine de ces désastres humains, il y a des décisions politiques bien précises, et des responsables politiques derrière. D’abord, la loi HPST (« Hôpital, patients, santé et territoire ») de 2009, qui a mis les réductions budgétaires et le modèle entrepreneurial au cœur des hôpitaux, en éloignant toujours plus les soignants de la décision. Puis la tarification à l’activité (T2A), instaurée en 2004, qui a jeté l’hôpital dans le gouffre du sous-financement chronique et durable, et de la course à la rentabilité des soins – autrement dit, l’économie à tous prix sur la santé du grand nombre. Une seule logique, répétée, criée, ordonnée sans répit : « Toujours faire plus, avec toujours moins ».


Depuis, rien n’a été remis en cause. Au contraire. Le quinquennat Hollande a sauvegardé coûte que coûte ces bombes à retardement au cœur du système de santé. Macron a enfoncé le couteau jusqu’à la moelle, avec un milliard d’euros d’économie, les fermetures de lits et l’absence de création de postes. Le gouvernement laisse les soignants mourir et ne fait rien. Face au même découragement, encore et toujours : celui ressenti quand on n’a plus le choix que d’être maltraité et maltraitant.

Une commission d’enquête populaire sur la situation de l’hôpital public


Face à ce constat alarmant, plusieurs députés ont décidé de mener le combat en tête. Après Caroline Fiat ou François Ruffin, c’est Damien Maudet, député LFI-NUPES de la Haute-Vienne, qui a décidé sans plus attendre d’ouvrir une « commission d’enquête populaire sur la crise de l’hôpital public », en commençant par une session publique devant le CHU de Limoges, relayé en direct sur sa page Facebook, qui prend de l’ampleur. Les parlementaires insoumis organisent également depuis leur élection un tour de France des hôpitaux, afin d’établir des constats précis, commune par commune, sur les besoins en terme de matériel et de personnel.


Une étude d’une grande revue scientifique, The Lancet, publiait en 2014 un article concluant qu’ « à partir du seuil d’un soignant pour sept patients, il y a une augmentation d’environ 7% de la mortalité par patient supplémentaire. Pour douze patients, vous avez 35% de mortalité supplémentaire ». Ce n’est que ce dont les soignants souffrent de l’autre côté du lit. Ce n’est que ce qu’ils demandent depuis tant d’années. « Des moyens matériels et humains, vite ! » : voilà le cri que porte le silence de ces suicides que l’on ne veut pas voir.

Par François Jarlier.