Retraites : vers un passage en force de Macron, une déclaration de guerre au monde du travail

Retraites. Emmanuel Macron n’en démord pas : le chef de l’État veut repousser l’âge de départ à la retraite à 65 ans. Pourtant, 77% des Français se sont exprimés contre sa réforme. En effet, si Emmanuel Macron parvenait à passer, une grande partie des ouvriers mourraient à la tâche. Sans jamais bénéficier d’une retraite pour laquelle ils ont cotisé toute leur vie. Alors, comment le chantre du « compromis » et de la « co-construction » compte-t-il s’y prendre pour passer ? Deux options sont sur la table : le passage en force par 49.3, un amendement au budget de la sécurité sociale.

Au mépris démocratique, au piétinement du pouvoir législatif, s’ajouterait un coup d’État social sans précédent. Après le mouvement des retraites d’avant confinement, plus long mouvement social en France depuis mai 1968, un tel passage en force constituerait une déclaration de guerre au monde du travail. « Quand on est obligé, dans une majorité, d’utiliser un instrument aussi brutal, ça sent la fin de règne » : le 49,3, c’est finalement Bruno Le Maire qui en parle le mieux. Fin de règne ? Notre article.

Retraites : vers un passage en force, 49.3 ou amendement au budget de la Sécru, la vision du « compromis » et du « dialogue social » sauce Macron

Passage en force grâce au fameux article 49.3 de la Constitution ? Simple amendement inséré au budget de la sécurité sociale ? Un mélange des deux ? Le camp présidentiel ne manque pas d’idées pour faire passer cette réforme des retraites à laquelle il tient tant. Mais, une fois n’est pas coutume, la méthode macroniste laisse sans voix. En avril 2022, le chef de l’État évoquait la possibilité d’un référendum sur les retraites. Hasard du calendrier, nous étions… en plein entre-deux-tours de l’élection présidentielle. Aujourd’hui, le discours présidentiel est tout autre.

Emmanuel Macron « n’exclut pas d’insérer un amendement dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), qui doit être présenté en conseil des ministres le 26 septembre, pour s’assurer d’une mise en œuvre à l’été 2023 » (Le Monde). Ou comment vouloir décaler l’âge de départ à la retraite en catimini. La question de l’âge de départ à la retraite est un débat fondamental. Elle ne peut se régler entre deux lignes comptables, sans consultation ni du peuple, ni du pouvoir législatif. C’est pourtant l’idée qui a germé dans la tête d’Emmanuel Macron.

« Quand on est obligé, dans une majorité, d’utiliser un instrument aussi brutal, ça sent la fin de règne » : le 49,3, c’est Bruno Le Maire qui en parle le mieux

Brutaliser le Parlement ? C’est une possibilité du côté du camp présidentiel. Le président n’exclut pas… de dégainer l’article 49.3 pour faire travailler les Français plus longtemps. Il pourrait alors voir sa réforme des retraites adoptée, sans vote de l’Assemblée nationale. Avec le risque que son gouvernement soit renversé. « Quand on est obligé, dans une majorité, d’utiliser un instrument aussi brutal, ça sent la fin de règne ». Le 49.3, c’est Bruno Le Maire qui en parle le mieux. L’actuel ministre de l’Économie critiquait la méthode du Premier ministre de l’époque, Manuel Valls, sur la sanglante loi Travail. À l’époque, Valls dirigeait un gouvernement, auquel appartenait un certain… Emmanuel Macron.

Associer 49.3 et vote du PLFSS pour reporter l’âge de départ à la retraite à 65 ? La députée LFI Danièle LFI ne cache pas sa colère : « Cela montre bien toute la dérive antidémocratique dont est capable ce président qui use et abuse des rouages de la Ve République : c’est vraiment l’abus monarchique, c’est totalement inacceptable. »

Retraites : division brûlante en macronie

Fracture en macronie : les soutiens du chef de l’État se déchirent sur la « méthode » à utiliser pour réformer les retraites. François Bayrou, président du MODEM et allié d’Emmanuel Macron, s’oppose à une passage en force à travers un amendement inséré dans le budget de la sécurité sociale. « Je suis opposé au passage en force » explique-t-il. De même pour Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale (LREM), « Si on fait ça, tout le monde va hurler » s’inquiète-t-elle. « Pour les uns, la méthode d’une réforme par le biais du PLFSS est jugée « d’une brutalité sans nom »  ; pour les autres, le moment est inopportun et peut « bien attendre trois mois » » détaille Le Monde.

« C’est la pagaille en macronie, vous n’êtes même pas d’accord entre vous. » Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale, vise juste. Même sur LA réforme à laquelle Emmanuel Macron tient le plus, l’ambiance est à couteaux tirés parmi ses soutiens. Du côté de LFI, les boucliers sont levés. « Notre opposition sera totale, à l’Assemblée nationale comme dans la rue ! » écrit Manuel Bompard, député LFI des Bouches-du-Rhône. La bataille politique ne fait que (re)-commencer. Après le mouvement des retraites d’avant confinement, le plus long mouvement social en France depuis mai 1968, un tel passage en force constituerait une déclaration de guerre.