Militaires factieux soutenus par l’extrême droite : Mélenchon lance l’alerte

Militaires factieux. L’information n’a pas fait les grands titres la semaine dernière. Et pourtant. Ce mercredi 21 avril 2021, 20 généraux à la retraite, dont certains sont proches du Rassemblement national (RN), ont publié une tribune dans le journal d’extrême droite Valeurs Actuelles : « Pour un retour de l’honneur de nos gouvernants ». Ces généraux appellent l’« intervention de [leurs] camarades d’active » pour mettre fin au « laxisme », dessinant «une mission périlleuse de protection de nos valeurs civilisationnelles et de sauvegarde de nos compatriotes sur le territoire national ». Ces anciens cadres de l’armée évoquent notamment «l’islamisme», les «hordes de banlieues» , un «certain antiracisme» dont les représentants, «partisans haineux et fanatiques» veulent «la guerre raciale».

Un appel soutenu par Marine Le Pen dans le même journal. Un appel publié soixante ans jour pour jour après la tentative du putsch d’Alger, le 21 avril 1961. Le message est fort. Il aura pourtant fallu attendre ce dimanche 25 avril pour qu’un membre du gouvernement daigne réagir, en la personne de la ministre des armées, Florence Parly. Le silence du Président de la République depuis cinq jours est assourdissant.

Jean-Luc Mélenchon avait tiré le signal d’alarme dès le 24 avril sur Twitter dénonçant la «stupéfiante déclaration de militaires s’arrogeant le droit d’appeler leur collègue d’active à une intervention contre les islamogauchistes. Il est temps de se mobiliser pour défendre les valeurs que ces gens piétinent». Le leader des insoumis de pointer du doigt le «silence inacceptable du Président, chef des armées, sur le texte des factieux de Valeurs Actuelles et l’appel de Marine Le Pen» et d’appeler à un «un front pour saisir la justice». Le Président du groupe parlementaire de La France insoumise (LFI) à l’Assemblée nationale est donc passé à l’action ce lundi 26 avril.

À l’occasion d’une conférence de presse, Jean-Luc Mélenchon a alerté sur la gravité de la situation : « c’est la première fois depuis les évènements de la guerre d’Algérie qu’on voit en France des militaires à la retraite appeler leurs collègues d’actives pour rétablir je ne sais quelles « valeurs civilisationnelles », plutôt que les valeurs républicaines ». Le Président du groupe LFI a annoncé avoir envoyé une lettre au procureur de la République, Rémy Heitz, avec les 17 députés nationaux et les 6 députés européens insoumis, invoquant l’article 40 du code de procédure pénale et le devoir parlementaire face à pareille situation. L’article 413-3 du code pénal punit en effet « le fait, en vue de nuire à la défense nationale, de provoquer à la désobéissance par quelque moyen que ce soit des militaires ou des assujettis affectés à toute forme du service national ».

Le leader des insoumis a rappelé que Valeurs Actuelles venait de publier un appel à l’insurrection de Philippe de Villiers en Une de son journal. Et Jean-Luc Mélenchon de se porter en garant de la Constitution française rappelant que cette dernière « interdit d’attenter à la forme républicaine de l’État » et que « l’appel à l’insurrection est punie par les articles 412-4 et 412-6 du code pénal ». Le tribun, aux accents gaulliens ce lundi, a martelé que cette tribune donne «une image déformée des armées (…) une mauvaise image pour l’extrême majorité des militaires qui sont républicains». Le leader des insoumis, aujourd’hui de loin le mieux placé à gauche dans la course à la présidentielle, a exhorté les militaires d’active à se « tourner vers leurs collègues et camarades pour leur dire « non, pas ça » et les aider à revenir dans le droit chemin républicain».

Jean-Luc Mélenchon a bien insisté dans son propos à ne pas confondre « une poignée de petits factieux » avec l’armée républicaine. Le leader des insoumis a tancé Marine Le Pen, jugeant «incroyable qu’une candidate à l’élection présidentielle puisse soutenir une tribune en contradiction avec la loi». Le Président du groupe LFI à l’Assemblée a également rappelé que les insoumis appellent depuis plus d’un mois à une marche des libertés en riposte au climat nauséabond dans le pays : « entre cette tribune de militaires factieux, le soutien de Mme Le Pen, les procès du gouvernement en islamogauchisme… Contre cette ambiance, nous avons besoin de l’affirmation d’une respiration républicaine».

Les insoumis tendent en effet la main depuis de longues semaines aux autres partis de gauche pour organiser une grande marche des libertés en riposte aux procès en «islamogauchisme» menés main dans la main par la macronie et l’extrême droite. Face à un gouvernement plus enclin à s’attaquer à un «islamogauchisme» imaginaire, qu’à l’extrême droite en roue libre dans le pays. Face à des ministres prêt à sauter sur la moindre occasion pour s’attaquer à l’«islamogauchisme», mais bien silencieux quand des groupuscules d’extrême droite s’attaquent à un conseil régional ou à une librairie, il serait en effet temps de se réveiller. Et d’ouvrir les yeux sur la bête immonde qui ne cesse d’envoyer des signaux. Il en va de la sauvegarde de la République face à la menace des factieux.

Par Pierre Joigneaux.