Les extrémistes de Génération identitaire relaxés après leur patrouille anti-migrants dans les Alpes

Le groupuscule d’extrême droite Génération identitaire et trois de ses membres viennent d’être relaxés en appel concernant leur opération dans les Alpes le 21 avril 2018. Des « patrouilles » visant des migrants avaient alors été organisées à l’aide de pick-up, d’hélicoptères, d’avion et de barricades lors d’une action à la frontière franco-italienne. De nombreuses associations dénoncent un jugement incompréhensible. En première instance, les auteurs avaient été condamnés à 6 mois de prison ferme et à des amendes pour avoir « exercé une activité dans des conditions créant la confusion avec une fonction publique ».

Hélicoptères, avion, pick-up : pas de sanction après l’opération de Génération identitaire dans les Alpes

La cour d’appel de Grenoble vient de relaxer, ce 16 décembre, Génération identitaire et trois de ses membres qui étaient jugés suite à l’opération anti-migrants du col de l’Échelle en avril 2018. Pour rappel, une centaine de militants de ce groupuscule d’extrême droite avait réalisé une opération dans les Alpes à la frontière avec l’Italie. À l’aide d’hélicoptères, de véhicules tout-terrain, d’un avion et de barrières, ils avaient « patrouillé » dans cette zone régulièrement empruntée par des exilés pour rejoindre la France. Vêtus de ce qui pouvait s’apparenter à des uniformes de gendarmerie (des doudounes bleues), les identitaires avaient réalisé une véritable opération « de milice » visant les migrants. Une opération alors soutenue par le Rassemblement national.

En première instance, Génération identitaire et trois participants à cette opération avaient écopé de six mois de prison ferme, 2 000 euros d’amende et des privations de droits civiques, civils et familiaux. Des sanctions motivées par le fait que leur action s’apparentait à « des activités dans des conditions de nature à créer dans l’esprit du public une confusion avec l’exercice d’une fonction publique ». La cour d’appel de Grenoble vient pourtant de relaxer le groupe identitaire, justifiant sa décision par le fait qu’aucun migrant n’avait été interpellé ce jour-là. Le groupuscule d’extrême droite s’est largement félicité de cette décision en appel. Celui-ci échappe encore à toute condamnation malgré ses propos racistes, ses appels à la haine et à la violence.

Haine et violences : Génération identitaire toujours pas inquiété par la justice

Le groupe n’en est pas à son coup d’essai. Le 13 juin 2020, lors d’une manifestation contre les violences policières et le racisme place de la République, des militants de Génération identitaire montent illégalement sur un toit qui donne sur le lieu du rassemblement et déploient une banderole haineuse pour provoquer les manifestants. Interpellés, ils sont pourtant relâchés tout sourire, sans garde à vue ni poursuite judiciaire quelques heures plus tard. La voie est libre pour recommencer.

Plusieurs fois évoquée, la dissolution du groupe d’extrême droite n’est toujours pas à l’ordre du jour. Malgré la création, à la demande du groupe parlementaire insoumis à l’Assemblée, d’une commission d’enquête sur la lutte contre les groupuscules d’extrême droite qui avait révélé les dangers qu’ils représentent pour la République, le groupe identitaire poursuit ses actions en toute impunité. Le gouvernement semble plus enclin à inventer et cibler des « islamo-gauchistes » dans l’opposition qu’à mettre un terme aux violences de l’extrême droite.

Il semblerait même que professer une idéologie ouvertement xénophobe, raciste et homophobe soit désormais tout à fait toléré, que ce soit sur les plateaux, les réseaux sociaux ou lors d’actions violentes. Une situation inquiétante. À tel point qu’un Observatoire national de l’extrême droite a été créé à l’initiative d’universitaires, de journalistes, de politiques et de syndicalistes pour combattre ces pratiques.

Dans le même temps, la solidarité toujours condamnée

La décision de la cour d’appel de Grenoble est un véritable coup dur, notamment pour les associations humanitaires qui viennent en soutien aux exilés une fois arrivés sur le territoire. Car eux ne bénéficient pas de la même indulgence de la part de la justice. Prison, amendes… des associatifs sont régulièrement condamnés pour des actions de solidarité. À tel point qu’un « délit de solidarité » a été institué pour sanctionner l’aide apportée par certaines associations pour le respect des droits des migrants et des réfugiés. Néanmoins une évolution positive sur ce point est advenue le 6 juillet 2018, lorsque le Conseil constitutionnel a censuré le « délit de solidarité » au nom du « principe de fraternité ».

Mais d’autres exemples plus récents démontrent que la bataille n’est pas gagnée. À Calais par exemples, les amendes sont de sorties en cas de distribution alimentaire pour aider des personnes qui vivent pourtant dans des conditions indignes. Des parlementaires insoumis en ont fait les frais il y a quelques semaines lors d’une action solidaire. En effet, depuis le 10 septembre « toute distribution gratuite de boissons et denrées alimentaires » dans une vingtaine de rues, quais et places du centre-ville de Calais est interdite. Le délit de solidarité n’est pas totalement enterré.

Du coté du gouvernement, on sait innover. Après les numéros verts, c’est Marlène Schiappa, ministre déléguée à la Citoyenneté, qui pense avoir trouvé la bonne idée. Avec ses « Prodiges de la République », la ministre souhaite récompenser les actes de « solidarité, fraternité, citoyenneté » par un chèque de… 500 euros. Une étrange idée quand on sait le temps et l’énergie que donnent les associations sur le terrain pour mettre on œuvre la solidarité au quotidien. Des associations qui peinent à survivre financièrement. Cédric Herrou, plusieurs fois attaqués en justice pour des actions de solidarité, lui a ironiquement répondu « Moi ça m’a coûté 30.000 euros d’avocats d’être fraternel et solidaire. » Le gouvernement souhaite créer un « cercle vertueux de la citoyenneté » ? Qu’il commence par dissoudre les groupuscules d’extrême droite qui agissent sans être inquiétés.

Par Maxime Charpotier.