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« 070 - L'Aia », Alessandro Grussu, CC BY-NC-SA 2.0 DEED, Flickr.

Israël-Palestine – « Condamner radicalement ce qu’a fait le Hamas sans nous ranger derrière Netanyahou » : l’interview implacable d’Éric Coquerel

Israël-Palestine. Dans un entretien à Mediapart, le député insoumis de Seine-Saint-Denis, résume de façon implacable les positions de La France insoumise sur la guerre entre Israël et la Palestine. Qualifier les crimes de guerre du Hamas et d’Israël comme tels pour les condamner tous afin qu’ils soient jugés et poursuivis, appel au cessez-le-feu et au respect des résolutions de l’ONU pour une paix juste et durable, désaccord profond avec les membres de la NUPES qui polémiquent inutilement, responsabilité de Benjamin Netanyahou dans la montée du Hamas, dérive de la droite française…

Loin des caricatures colportées par les éditorialistes de plateaux et des invectives des adversaires politiques, celui qui est aussi président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale fait le point et démonte les basses polémiques construites de toutes pièces à ce sujet. Notre article.

Israël-Palestine : « Nous sommes les premiers à avoir parlé de « crimes de guerre ». À quel moment sont-ils inférieurs en termes de gravité à des actes terroristes ? »

Il fallait bien qu’il soit interrogé là-dessus. Comme tous les représentants insoumis, Éric Coquerel a dû répondre à cette injonction médiatique : « pourquoi n’utilisez-vous pas le terme ‘terroriste’ pour qualifier le Hamas ? ». Peut-être certains journalistes daigneront écouter les multiples prises de parole de députés LFI ou celle de Jean-Luc Mélenchon à ce sujet, résumant précisément cette position. Éric Coquerel prend le temps de la résumer auprès des journalistes de Mediapart.

« La raison pour laquelle nous n’avons pas accepté le terme d’organisation terroriste, c’est que nous refusons la caractérisation politique que Nétanyahou veut absolument imposer. […] Le Hamas vient de commettre des crimes insupportables, il défend un intégrisme religieux que je rejette totalement. Mais si on accepte cette caractérisation, alors nous sommes dans le récit du choc des civilisations et on dénie la colonisation, l’occupation et l’expulsion des terres des Palestiniens. Cela amène à défendre de façon « inconditionnelle » Israël, même quand la façon dont il s’en prend aux civils de Gaza peut être assimilée là aussi à un crime de guerre », explique le député insoumis.

Plus largement, qualifier de crimes de guerre ce que le Hamas a fait sur le territoire d’Israël permet que ces crimes soient jugés et poursuivis devant la Cour pénale internationale. Le crime de guerre n’est pas une imputation moins grave qu’un acte terroriste. C’est tout le contraire.

Benjamin Netanyahu a favorisé la montée du Hamas

Au-dessus du brouhaha des psalmodieurs, Éric Coquerel rappelle un élément essentiel dans son interview : « Cela fait des années que Nétanyahou essaie d’installer cette vision du conflit qui place Israël dans le camp du bien et les Palestiniens dans celui du mal. Il a même favorisé l’émergence du Hamas au détriment de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) puis de l’Autorité palestinienne pour crédibiliser cette lecture ».

En effet, l’actuel Premier ministre israélien a favorisé la montée du Hamas, responsable de crimes de guerres atroces contre des Israéliens. Benjamin Netanyahu a voulu jouer au plus malin, empli d’un cynisme sans pareille. Au long cours, il a tout fait pour discréditer à la fois l’Autorité palestinienne et le Fatah de Yasser Arafat (leader de l’OLP entre 1969 et 2004, ndlr) au moment où celui-ci avait fait le pari de la paix. Le Premier ministre israélien a tout fait pour discréditer de potentiels interlocuteurs afin d’avancer sur une solution de paix durable. La population israélienne en a payé le tragique prix.

« Quiconque veut empêcher l’établissement d’un État palestinien doit renforcer le soutien au Hamas et lui transférer de l’argent. C’est une partie de notre stratégie » : voilà la position exprimée par… Benjamin Netanyahou en personne en mars 2019, ressortie par le journal israélien Haaretz.

« Je retourne la question au PS : ne sommes-nous pas capables de condamner radicalement ce qu’a fait le Hamas sans nous ranger derrière la politique de Nétanyahou ? »

La position défendue par les insoumis a irrité jusque dans les rangs de la NUPES. En réponse, Éric Coquerel préfère retourner la question au Parti Socialiste : « ne sommes-nous pas capables de condamner radicalement ce qu’a fait le Hamas sans nous ranger derrière la politique de Netanyahou ? ». Si ambiguïté il y a, elle est du côté des socialistes, qui se sont levés en applaudissant le « soutien inconditionnel » à Israël, à l’initiative de la présidente de la chambre parlementaire, Yaël Braun-Pivet.

« Olivier Faure nous reproche de ne pas avoir envoyé un message de solidarité avec le peuple israélien », rappelle Éric Coquerel. « Dans notre premier communiqué, alors même qu’on ne connaissait ni la nature, ni l’ampleur des massacres perpétrés par le Hamas, les premiers mots que nous avons sont pour les morts israéliens. C’est vrai que nous y avons associé aussi les civils palestiniens, car nous ne pouvions oublier ceux d’entre eux qui sont morts par centaines depuis le début de l’année. Pourquoi interpréter ce que nous disons de cette façon aussi caricaturale ? », déplore le député insoumis.

Pour aller plus loin : Israël-Palestine : le Gouvernement français confirme le « droit d’Israël de se défendre », l’ONU dénonce une « catastrophe humanitaire inédite » à Gaza

« Reste que je suis pour qu’on arrive à passer cet écueil », confie le député insoumis. Le Parti Socialiste et plus largement le PCF ne sont visiblement pas de cet avis. En quelques jours, ces trois partis ont exprimé leur souhait de « dépasser » la NUPES, l’alliance historique de la gauche, arrivée en tête du 1er tour des élections législatives de 2022.

Plutôt que de serrer les coudes malgré une analyse divergente sur le drame en cours au Proche-Orient, ces deux partis en profitent pour régler leurs comptes par des instrumentalisations politiciennes, en surfant sur des polémiques propagées par l’extrême droite et entretenues par le camp présidentiel. Cette attitude est à la fois terriblement décevante et profondément affligeante.

De l’évolution néoconservatrice de la droite française

Que s’est-il passé à la droite de l’échiquier politique pour que l’ensemble de ses représentants défendent un « soutien inconditionnel » à Israël ? Où est passée la droite gaulliste, partisane d’une France non-alignée ? Nombreux sont les héritiers de cette position diplomatique à prendre la parole aujourd’hui, à l’instar de l’ancien ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin. Nous vous en parlions dans nos colonnes la semaine dernière.

Sur France Inter, le 12 octobre 2023, Dominique de Villepin s’était exprimé en ces termes : « Je le dis avec une peine infinie : je ne suis pas surpris par cette haine qui s’est exprimée, quand on se souvient de ce que nous avons tous dit, comme témoins sur place, de cette prison à ciel ouvert », qu’est la bande à Gaza. « Quelque chose a été raté, par nous tous, par l’ensemble communauté internationale », avait-il poursuivi. L’ancien ministre des Affaires étrangères avait ainsi déploré « l’amnésie qui a été la nôtre, l’oubli qui a consisté à imaginer que cette question de Gaza, cette question palestinienne, allait pouvoir s’effacer ».

Pour aller plus loin : Israël-Palestine : Dominique de Villepin parle-t-il comme un insoumis ?

Les dirigeants de droite de notre pays sont devenus néoconservateurs. « Le symbole de cette dérive, c’est le tweet de Gérald Darmanin en 2014, qui disait : « Gaza : tout en condamnant les tirs de roquettes du Hamas, nous aurions dû être “gaullistes” et protéger les populations palestiniennes »  explique Éric Coquerel. « La grandeur de la France, jusqu’ici, était de respecter les deux peuples, palestinien et israélien, et de respecter les chances de paix. On est passés à autre chose », déplore le député insoumis.

Par Nadim Février