Chasse à l’abaya, voile, burkini, uniforme : comment Emmanuel Macron camoufle ses échecs

Abaya, voile, crop-top, burkini, uniforme : qui passe une journée sans entendre l’un de ces mots ? Qui ne s’est pas déjà interrogé sur le timing de ces polémiques, bien trop souvent racistes ? À chaque crise, la manœuvre est la même. C’est la diversion médiatique permanente alimentée par Emmanuel Macron et le Rassemblement national.

Leur but ? Tracer des lignes de démarcation et fracturer le peuple. Leurs relais ? Les chaînes d’informations et les éditorialistes corrompus qui servent de répondeurs automatiques. Ces sujets matérialisent une stratégie réfléchie et anticipée : multiplier les feintes et les contre-feux pour éviter de parler des sujets de fond, ceux qui fâchent, ceux sur quoi rien n’est fait. Le résultat ? La concrétisation immédiate de la jonction de la droite et de l’extrême droite et sa progression.

Les Français ont faim et sont pris à la gorge par l’inflation ? Ils ouvrent la chasse à l’abaya. L’affaire du fonds Marianne éclate et Marlène Schiappa est visée par une enquête pour détournement de fonds publics ? Hop, elle pose pour la couverture du magazine Playboy et génère une polémique en dessous de tout qui fait passer l’enquête à mille années-lumière des radars médiatiques.

Pas de vacances pour les Français ? Le groupe Bolloré commande un sondage sur le burkini. Les révoltes urbaines ? La faute aux parents, aux jeux vidéo et à Jean-Luc Mélenchon (mention spéciale pour le cas du leader insoumis qui sert régulièrement de joker au camp présidentiel quand une diversion ne suffit plus). Le chômage ne se résorbe pas et les trucages des chiffres ne suffisent plus à le masquer ? Il suffit de parler de l’uniforme dans les écoles.

Et si la diversion s’essouffle, la provocation prend le relais. Hier, Macron a osé déclarer : « On ne peut pas faire comme s’il n’y avait pas eu Samuel Paty » pour justifier l’interdiction de l’abaya. Rien de tel que de lier racisme et sexisme dans une diversion pour bien mettre le feu aux poudres. C’est bien de ça dont il s’agit : une obsession identitaire et raciste. Le tout repose sur le zèle des 9 milliardaires qui ont fait main-basse sur une grande partie des médias du pays. Bolloré et la terreur qu’il fait régner dans ses médias en est la parfaite illustration : la ligne Burkini est imposée, CNEWS sert de déversoir raciste.

Avec l’abaya, cette manœuvre a pris une tournure particulièrement grossière. A tel point que la petite musique ne prend pas toujours autant que le camp présidentiel l’aurait espéré. Face à la fracture du peuple recherchée par Macron et le Rassemblement national en voiture balai, une seule solution : Union populaire ! Notre article.

Les Français ont faim ? Emmanuel Macron joue la carte de l’abaya

Le 27 août dernier, le nouveau ministre de l’Éducation nationale Gabriel Attal annonçait tambours battants sur TF1 vouloir interdire le port de l’abaya et du qamis au sein des collèges et lycées publics. Cinq jours plus tard, l’officiel nouveau ministre du contre-feu l’a entériné. Toute la classe politico-médiatique a fait feu de tout bois sur le sujet (et continue de le faire). Le Figaro parle d’une « rentrée sous haute surveillance ».

Darmanin a exigé le renfort des forces de l’ordre et des « sanctions » contre les « atteintes à la laïcité ». Lundi, des policiers étaient déployés ici et là, devant les établissements, comme devant le lycée Mistral à Avignon. Il y a des policiers qui surveillent mais attention, il n’y a pas de « police du vêtement » d’après Gabriel Attal. Le même avait donné consigne à des journalistes de couvrir le thème, par SMS, comme l’a révélé Libération.

La tactique est vieille comme Machiavel : commencer par dire qu’il y a un problème alors qu’il n’y en a pas. Mobiliser les services de l’État pour « agir », être « ferme », « ne rien laisser passer » (Déclaration d’Emmanuel Macron le 1er septembre) puis laisser mijoter le tout quelques jours. Le double langage est leur mode opératoire car dans le même temps, ils sont racistes « sans stigmatiser » (Elisabeth Borne). C’est comme se cogner sans se faire mal.

Arrive enfin la rentrée, aucun problème n’est relevé. Gabriel Attal le concède : la rentrée est même « joyeuse ». Rien d’étonnant puisqu’il n’y a pas de problème. Mission accomplie : les « jobs dating » pour recruter les 3000 postes d’enseignants non pourvus n’ont pas défrayé la chronique. Il suffit ensuite de passer à la dernière étape : se féliciter encore et encore que l’opération ait été rondement menée et… ouvrir un autre front de diversion.

Sur le fond, de quoi parle-t-on ? De 150 établissements qui auraient un « problème d’atteinte à la laïcité » sur près de 60 000 concernés sur tout le territoire d’après les chiffres des services de l’Etat, soit 0,9% des établissements de l’ensemble du pays. Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT l’a bien rappelé hier : « Cela occulte les vraies questions dont j’ai parlé tout à l’heure, et ensuite, plus grave, parce que cela stigmatise une partie de la population, toujours la même au hasard, alors que cette question concerne au plus élevé, selon les chiffres de l’Éducation nationale, 150 établissements sur 55 000 ». Elle a bien compris le piège et se met donc à distance de l’arc réactionnaire.

Sur ce pourcentage infime de 0,9%, de quoi s’agit-il ? Il s’agit de débattre de la longueur d’une tenue, et s’empêtrer dans le débat : cultuel ou culturel ? Le conseil français du culte musulman l’a clairement dit : l’abaya n’est pas un vêtement religieux. Alors pourquoi l’État décide du contraire ? Depuis quand l’autorité politique détermine quel vêtement est religieux ou non ? Les diviseurs et les ignorants qui s’emparent du sujet feraient mieux de relire la grande loi laïque du 9 décembre 1905 et les débats qui l’ont entouré. L’État chez lui, les religions chez elles.

Le rapporteur de la loi de séparation des Églises et de l’État l’avait bien compris en déclarant dans les débats de l’époque : « Interdire un habit religieux serait s’exposer au grave danger du ridicule. L’ingéniosité combinée des clergés et des tailleurs aurait tôt fait de créer un vêtement nouveau pour se distinguer ». Au total, que va faire le Gouvernement ? Poster des checkpoints avec contrôle au faciès devant la grille de chaque établissement ? Qui va mesurer la longueur des vêtements ? Que feront-ils des élèves qui viennent en tenues « non conformes » ? Les renvoyer chez eux puis les accuser de séparatisme par l’instruction en famille et les contraindre à revenir sur les bancs de l’école ? Tout cela n’a pas de sens.  

Le jeu préféré de Macron et de l’extrême droite ? Diviser pour mieux régner

L’objectif est simple et basique : éviter les vrais sujets (pouvoir manger et ne pas mourir du réchauffement climatique par exemple). Pendant que l’abaya est rabâchée partout, les parasites d’en haut dorment sur leurs deux oreilles.

Le pays compte 10 millions de pauvres qui n’arrivent plus à payer leurs factures. L’inflation a augmenté de 20% en deux ans, les fournitures scolaires de 11%, les salaires ne suivent pas, le recours à l’aide alimentaire a triplé en dix ans, les dividendes ont gonflé de 46 milliards en trois mois, Bernard Arnault continue de se gaver, la réforme des retraites a été adoptée : quel intérêt pour le camp présidentiel de montrer son sinistre bilan ? Aucun. Leur pouvoir ne tient que par la brutalité, la peur et la diversion.

Pour aller plus loin : Inflation : même le PDG de Carrefour alerte sur « un phénomène massif de privation » !

De la diversion à la provocation de trop : Macron justifie l’interdiction de l’abaya par l’assassinat de Samuel Paty

Que faire lorsque les insoumis arrivent malgré tout à imposer leurs sujets (ceux qui préoccupent vraiment le quotidien des gens), comme l’a fait Manuel Bompard sur le Grand Jury ce dimanche ? Que faire lorsque la rentrée scolaire se passe sans raz-de-marée d’abaya et ridiculise ainsi l’ensemble du gouvernement pour toutes ses mesures disproportionnées ?

C’est simple : il suffit de passer de la diversion à la provocation et le tour est joué. Macron l’a fait hier lors de son interview avec « Hugo Décrypte ». Il a déclaré, dans une formule ignoble dont il a le secret, qu’« On ne peut pas faire comme s’il n’y avait pas eu Samuel Paty ». Ce n’est plus de l’huile sur le feu mais toute une citerne. Comprendre : les musulmans sont liés aux terroristes djihadistes qui ont tué Samuel Paty. La honte. Mais rassurons-nous, Élisabeth Borne récuse « toute stigmatisation » ! Au total, c’est là une preuve de plus, et terrible, qui matérialise la jonction de la droite et de l’extrême droite.

Le pourvoyeur de divisions enchaîne et se dit favorable à « l’expérimentation de l’uniforme ». Hop, un deuxième front ouvert dans le vaste champ de la diversion. Les mots d’ordre ? Diluer, saturer, occuper l’espace partout et ne laisser aucune ouverture aux défenseurs de l’intérêt général humain. Dans cette guerre de mouvement, les insoumis connaissent le refrain par cœur. Ils tiennent la tranchée. Ils serrent les rangs. Un pas de côté, une faiblesse et c’est toute la famille, et le peuple, qui payent les pots cassés. Pour que les corrupteurs mentaux et les diviseurs rentrent à la niche, l’essentiel est de maintenir le cap.

2017-2023 : L’Élysée comme haut-commissariat à la diversion

Depuis des années, c’est la recette miracle des capitalistes et du Rassemblement national. Pour les uns, il faut cacher l’échec des politiques néolibérales et protéger les assistés d’en haut qui en tirent profit. Pour les autres, il faut camoufler l’arnaque sociale et et organiser le tri ethnique des populations.

En deux mots : la diversion permanente. 1800 postes d’enseignants supprimés en 2019 ? Jean-Michel Blanquer fait une pirouette et amplifie une polémique déclenchée par le RN à propos d’une mère portant le foulard alors qu’elle accompagnait des élèves de CM2 lors d’une sortie scolaire. Un décrochage scolaire massif en septembre 2020 et des protocoles sanitaires illisibles qui rendent fous enseignants, élèves et parents ? M. Blanquer ordonne une « tenue correcte » ou « tenue républicaine » à l’école.

Des vagues d’étudiants qui se suicident en janvier 2021 ? La ministre de l’enseignement supérieur de l’époque, Frédérique Vidal, annonce une enquête sur « l’islamo-gauchisme » qui « gangrène » l’Université. La précarité qui explose en aout 2021 ? Le ministre de l’Éducation nationale dénonce des achats « d’écrans plats » avec l’allocation de rentrée. Même tactique pour les grands capitalistes. Des salariés de Total se mettent en grève ? Le groupe qui a dégagé plus de 20 milliards d’euros de bénéfice en 2022 sort un communiqué avec chiffres truqués.

Objectif : faire passer les opérateurs salariés pour des assistés qui se dorent la pilule. Tout est faux. Ce sont des écrans de fumée à répétition. Que dire aussi des débats sur la loi séparatisme ? Le pic de l’infâme a été atteint à ce moment politique. Avec les déclarations de Macron d’hier qui associe le port de l’abaya à l’assassinat de Samuel Paty, c’est une nouvelle fois les musulmans qui sont le cœur de cible. À chaque fois, il importe de tenir bon, de déminer et d’expliquer, sans quoi tout est perdu. Contre toutes les tentatives de division du peuple, une seule réponse possible : Union populaire !

Par Sylvain Noël

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