Horreur à l’hôpital de Thionville

Cinq jours et cinq nuits sur un brancard. Quasi absence de soins, d’eau et de nourriture. Hôpital bondé. Soignants en pleurs. Pleurs de désespoir, pleurs d’impuissance. Cela se passe dans la 7ème puissance mondiale, à l’hôpital de Thionville. Comment en est-on arrivé là ? 

Ils ont juré

« Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. J’interviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité ». Le personnel soignant de l’hôpital de Thionville se retrouve à devoir choisir entre laisser croupir un vieillard dans ses excréments pendant 90 heures et sauver d’autres vies. 

À bout de force

Les soignants ont manifesté, fait grève (sans jamais cesser le travail), menacé de démissionner, mis à exécution leur menace, rien n’y fait. Emmanuel Macron poursuit le travail de longue haleine mené par les gouvernements libéraux depuis 30 ans : la mise à sac de l’hôpital, la destruction du service public de la santé. 

Pour aller plus loin : 21 000 suppressions de lits en 5 ans : le carnage de Macron à l’hôpital public

Désespoir de cause

Les médecins urgentistes de l’hôpital de Thionville ont décidé de placer 55 des 59 infirmiers et aides-soignants en arrêt maladie pour burn-out pendant sept jours. Un cri d’alarme terminal, la dernière sommation d’un métier à l’agonie : soignant. 

Ils ont juré de consacrer leur vie professionnelle à sauver des vies et le libéralisme les pousse vers une mort inéluctable. Et pour quoi ? Pour faire du profit sur la vie. 

L’hôpital public, c’est le cauchemar absolu des libéraux, fanatiques du marché

Un lieu où chacun reçoit selon ses besoins, peu importe ses capacités financières. Un lieu rempli de fonctionnaires, à l’emploi garanti à vie, qui ne travaillent pas dans le but d’écraser les autres mais de les grandir, qui ne travaillent pas pour des bonus mais pour être fidèles à leurs valeurs, à leur vocation. Insupportable. Pire, un lieu qui pourrait être une manne inépuisable de profit. Qui rechignerait à mettre la main au porte-monnaie, quitte à sacrifier toutes ses économies, à s’endetter lourdement, pour sauver la vie de ses enfants ? 

Il fallait mettre un terme à cet Éden. Avant que ce système ne fasse tâche d’huile et que le peuple ne réalise que l’entraide, la coopération, la passion pour la mission collective pouvaient être bien plus porteurs de progrès que l’égoïsme, la concurrence, le chacun contre tous. Alors les libéraux ont mobilisé toutes les forces politiques et financières pour égratigner, puis démembrer, tout en jurant agir pour la protection de ce service public auquel les Français sont si ardemment attachés. 

Étau budgétaire de plus en plus étouffant, mise en concurrence des hôpitaux, contractualisation de l’emploi, aucun poison néolibéral n’a été épargné. Il fallait au moins cela pour venir à bout de ce sanctuaire républicain. 

Libéralisme à l’hôpital public : 30 ans de saccage planifié

D’abord Chirac, en 1996 avec les ordonnances pour la régionalisation étatique et la reconfiguration des établissements de santé (oui clairement ça pue comme nom) puis la loi pour la modernisation de l’hôpital (oui pareil on dirait que ça pourrait être bien, mais on sent bien que ça pue) puis Sarkozy porte le coup fatal avec la LOI HÔPITAL PATIENTS SANTÉ TERRITOIRES DE 2009 qui instaure la tarification à l’activité (T2A), Hollande ne fera rien pour stopper ce saccage. 

Emmanuel Macron fera mine de vouloir corriger les errements de ses prédécesseurs… Tout en poursuivant scrupuleusement dans la même direction. Du blabla humaniste « et en même temps » des lois pour accentuer la toute puissance du capitalisme, on connaît la petite musique macroniste. 

Combien de temps tiendra ce gouvernement qui laisse moisir sa population et refuse de prendre les mesures d’urgence qui s’imposent pour rétablir l’accès au soin, au transport, à l’énergie, à l’éducation, à l’alimentation ? 

Par Ulysse