Octobre : la revanche du peuple

Octobre 2022. La macronie est prise en étau par une résistance parlementaire sous-estimée à l’Assemblée nationale, la démonstration de force politique de la marche contre la vie chère et l’inaction climatique et la grève qui s’étend de secteur en secteur. Tous les signaux sont en rouge. Acculés, les promoteurs du capitalisme ressortent leurs bonnes vieilles méthodes pour tenter de bâillonner la gauche anticapitaliste et le peuple en lutte. Le gouvernement dégaine le 49.3 pour mater la représentation nationale. À cela s’ajoute une stratégie de réquisition, de la division et de la peur pour faire taire la « rue » et les salariés en lutte. Mais octobre sonne comme la revanche du peuple. Notre article.

Marche du 16 octobre : une démonstration de force politique et historique

La marche du 16 octobre contre la vie chère et l’inaction climatique a été un événement
politique et social majeur. Elle a confirmé la force de la NUPES, plus largement de tous les acteurs du « nouveau Front Populaire ». 140 000 personnes ont répondu présentes à l’appel de près de 16 organisations politiques, de plusieurs fédérations syndicales et plus de 700 syndicalistes. Une démonstration de force politique et historique. L’intensité des réactions de la droite et de l’extrême-droite est un bon thermomètre pour mesurer le succès de cette mobilisation. Comme à chaque sursaut et victoire populaire, ces derniers ont vu leur trouillomètre exploser. Par peur de l’évènement, de sa signification et de ses suites.

À tel point que la date d’intervention du 49.3 a été une variable de l’équation populaire et des grèves. Le déclencher avant cette grande marche aurait amplifié la mobilisation. À la fin de la manfestation, les compteurs soi-disant « indépendants » sont affolés, comme celui du cabinet « Occurence ». D’une part, sa neutralité politique en effet pose question. D’autre part, son système de comptage n’est pas fiable, selon Bruno Andreotti, spécialiste des milieux granulaires.

À l’Assemblée, rien ne va plus

Dès les premiers jours de l’examen du projet de loi de finances (PLF) par l’Assemblée nationale, la macronie a accumulé les revers. L’article liminaire du PLF a été rejeté. Il prévoyait, entre autres, la réduction du déficit à 3% d’ici 2027. Comprendre : il impliquait de trouver 80 milliards d’euros d’économies pour parvenir à réduire le déficit à ce taux, et donc procéder à toute une série de coupes budgétaires dans les services publics. Bien sûr, la macronie ne le dit pas et l’assume encore moins.

Pour le camp présidentiel, réduire le déficit c’est assurer un meilleur avenir à nos enfants, qui seraient débarrassés du poids de la dette (quitte à ne plus pouvoir aller à l’école ou bien se soigner à l’hôpital). Plus improbable encore, un amendement visant à instaurer une taxe sur les super-dividendes du groupe MODEM, pourtant allié à la majorité, a été adopté avec le grand renfort de la NUPES. Verdict : 252 députés ont voté pour et seulement 88 ont choisi de suivre l’avis du gouvernement et partager ainsi sa traversée du désert. Chose amusante : on compte parmi les soutiens le suppléant de Mme Borne. Un début d’insoumission ?

Dans l’exposé des motifs de l’amendement, le vocabulaire du MODEM évolue vers le haut, signe avant-coureur des temps qui changent. Les mots « super dividendes » et « super-profits » sont cités. Les amendements votés contre l’avis du gouvernement se sont succédés, démontrant ainsi la capacité de résistance parlementaire de la NUPES aux méfaits de l’exécutif.

Dès lors, Mme Borne, Bruno Le Maire et leurs complices n’ont eu de cesse de brandir la menace du 49.3, signal ultime d’un régime à bout de souffle, d’un coup d’État démocratique contre la souveraineté nationale qui débat, amende et propose. Ceux-là même qui vantaient une « nouvelle méthode », le « dialogue » pour se « réinventer » se complaisent désormais dans le mépris du peuple et de sa représentation nationale. Ils souhaitent désormais dicter quels seront les « bons » ou les « mauvais » amendements à conserver dans un exercice de tri sélectif.

Ainsi Bruno Le Maire a-t-il déclaré qu’il ne « garderait pas l’amendement sur les superdividendes ». Le même déclarait le 17 octobre : « Dans une démocratie, ce n’est pas la
minorité qui dicte sa loi à la majorité
» …et pourtant c’est bien la monarchie présidentielle qui s’apprête à dégainer le 49.3 pour imposer un budget – celui de leur choix – par la force. Les mêmes s’indigneront plus tard de l’abstention tout en taisant les causes profondes de la grève civique dont le 49.3 fait largement partie.

Le 18 octobre, la mobilisation s’étend

La semaine dernière, les appels à la grève générale le 18 octobre, pour une revalorisation des salaires et contre les réquisitions des salariés se sont multipliés. Là aussi, le pouvoir a pris peur. Une note du renseignement territorial redoutait une « contagion » du mouvement aux agents portuaires, employés automobiles mais aussi aux autres professions. Ils ont eu raison, la grève s’est largement étendue.

Alors qu’il faisait déjà planer le 49.3 – cette réquisition parlementaire – le Gouvernement s’est agité en décrétant la réquisition des raffineries, bafouant ainsi le droit le plus fondamental qu’est la grève. Quel autre horizon que celui-ci ? Il est le mode d’action le plus efficace pour obtenir satisfaction de ses revendications, largement éprouvé dans toutes les conquêtes sociales. Pour preuve, TotalÉnergies refusait toute négociation en juillet quand ses salariés demandaient déjà une hausse des salaires.

Depuis, la grève a déjà porté ses fruits et les premières lignes bougent. Le groupe TotalÉnergies a proposé une augmentation, certes loin des 10% demandés légitimement par les salariés. Mais cela démontre un changement de perspective. Bruno Le Maire lui-même a justifié, malgré lui, la grève comme unique méthode pour créer un rapport de force et se faire entendre : « Total doit augmenter ses salaires. Ils ont la capacité, donc le devoir, d’augmenter les salaires de tous leurs salariés. Cela fait des mois que je le dis ».

Des mois donc que sa méthode – demander sans jamais contraindre – tourne dans le vide. Surtout, comment ne pas entendre cette revendication lorsque l’on sait que le PDG de Total, Patrick Pouyanné s’est auto-gavé d’une hausse de 52% de sa rémunération l’an dernier tout en reversant 2,6 milliards d’euros de bonus à ses actionnaires ? Autant de sommes qui auraient pu servir à augmenter les salaires. Voilà le vrai responsable du blocage, à l’instar de tous les profiteurs de crise : Patrick Pouyanné, PDG de TotalÉnergies

En moyenne cette année, les patrons du CAC 40 vont toucher 7,4 millions d’euros au total. Soit l’équivalent de 5681 SMIC, en complète déconnexion avec les réalités du pays et en dehors de toute logique économique ou de gains de productivité. Pendant que les uns se gavent, les autres triment en subissant une inflation foudroyante qui frôle les 6%. Derrière les chiffres, la réalité matérielle c’est la privation, le rationnement, le café à +15%, le riz et les coquillettes à +29% et la liste est longue. C’est aussi l’angoisse pour les mois d’hiver et les dépenses essentielles de chauffage et d’électricité.

Mais rien ne rassure, surtout pas les conseils de Bruno Le Maire de porter des
cols roulés. Encore moins l’annonce de la réduction du bouclier tarifaire pour le début de
l’année 2023… Au total, ceux qui étaient en première ligne deviennent les premières cibles de Macron et ses sbires. L’inflation appauvrit les 10 millions de nos concitoyens déjà sous le seuil de pauvreté et en touche des centaines de milliers d’autres.

La réforme de l’assurance-chômage a été prolongée, les droits des chômeurs amputés. La réforme des retraites est sur le feu pour contraindre chacun à travailler jusqu’à 65 ans, peu importe les invalidités ou le besoin de profiter de ses vieux jours. Dans le même temps, l’inaction climatique se poursuit : le Conseil d’Etat a de nouveau condamné l’Etat pour non-respect de ses engagements climatiques, cette fois sur la pollution de l’air. La faillite du système Macron et l’inflation des injustices qu’il produit justifie mille fois la grève et toute mobilisation populaire.

D’autant que les fronts s’élargissent : la crise institutionnelle, la résistance parlementaire de la NUPES et les revers successifs de la macronie ainsi que la convergence des organisations politiques est syndicales. C’est par ce « nouveau front populaire » qui se dessine, d’après les mots de Jean-Luc Mélenchon, qu’enfin les prix pourraient être bloqués, les salaires augmentés, la bifurcation écologique lancée, la monarchi présidentielle abolie, et tant d’autres urgences pour le pays. Octobre, la revanche du peuple.

Par Sylvain Noël