Alexis Kohler, le bras droit de Macron, mis en examen pour « prise illégale d’intérêts »

Vous connaissez Alexis Kohler ? Peut-être pas, c’est normal, il est secrétaire général de l’Elysée, un poste de l’ombre d’une importance cruciale dans la Vème République. Il est surnommé « vice-président », ou « Macron bis ». Lundi 3 octobre, il a été mis en examen pour « prise illégale d’intérêts ». D’après Mediapart, il est soupçonné d’avoir voulu secrètement aider une entreprise de sa famille.

Alexis Kohler est le plus proche collaborateur d’Emmanuel Macron. Son « deuxième cerveau », disent certains. Au poste de secrétaire général de l’Élysée, il gère l’agenda du président, le remplace lorsque celui-ci est occupé ailleurs. Son influence est déterminante et largement sous-estimée. Il est souvent présenté dans les médias comme l’inconnu le plus puissant de France, l’homme de l’ombre qui a la confiance absolue du chef de l’État. Notre article.

Alexis Kohler était-il digne de cette confiance ? En 2018, Médiapart révélait déjà son goût pour les pantoufles

Le pantouflage. Une pratique très répandue parmi les nantis. Elle désigne des allers-retours entre entreprises privées et administrations publiques. D’abord quelques années dans les secondes pour remplir le carnet d’adresses de contacts de décideurs politiques. Puis, dans les entreprises privées, ces privilégiés sont grassement rémunérés pour utiliser leur carnet d’adresses dans les sphères de décision politique. Afin d’influencer au mieux les décisions politiques dans l’intérêt de l’entreprise privée.

Une pratique théoriquement régulée. En mai 2022, La Croix nous renseignait sur l’interdiction faite à Jean-Baptiste Djebarri, ancien ministre des Transports, de rejoindre CMA-CGM, propriété du multimilliardaire, Rodolphe Saadé. La Haute Autorité pour la transparence de la vie publique avait pointé des « risques déontologiques substantiels ». Un ministre des transports embauché par la plus grande multinationale de transport maritime du pays, c’était un peu trop gros pour passer.

Dans le même article, on découvrait que Jean-Baptiste Djebarri était en revanche autorisé à siéger au conseil d’administration d’une entreprise spécialisé dans la construction de véhicules à hydrogène. Pas de risque déontologique substantiels ce coup-ci. Sans commentaire.

En 2018, Médiapart menait une enquête approfondie sur les huit mois passés par Alexis Kohler chez MSC en tant que directeur financier. Le média en ligne alertait déjà sur les risques de conflit d’intérêts. Surtout lorsque l’on sait que le groupe appartient à des membres de sa famille. Une première enquête préliminaire par le parquet national financier avait été classé sans suite. L’affaire était retombée.

Anticor, l’association anticorruption, n’avait pas lâché l’affaire. Elle est convaincue de l’importance de faire la lumière cette affaire. Elle porte plainte. Une information judiciaire est ouverte le 22 juin 2020. Cette fois-ci, le parquet financier a réuni suffisamment d’éléments convergents pour mettre en examen le secrétaire général de l’Élysée pour « prise illégale d’intérêts ».

Moins de vingt-quatre heures après la mise en examen d’un proche du Président de la République, Eric Dupond-Moretti, Ministre de la Justice, a été visé par le même chef d’occupation. Vous avez dit République exemplaire ? Cela commence à faire beaucoup.

Par Ulysse