Saluts hitlériens, chants nazis : face à l’explosion de l’extrême-droite, Besançon organise une marche antifasciste

Le 17 septembre 2022, entre 850 et 1000 personnes ont défilé dans les rues de Besançon pour dénoncer l’explosion d’une extrême-droite en roue libre dans la région. Saluts nazis, tapage nocturne aux cris : « Besançon est national-socialiste », chants hitlériens en pleine rue, insultes proférées contre des clients en terrasses… Nous vous avons parlé dans nos colonnes de la nuit de la honte qui s’est déroulée à Besançon ce 27 août. Les résultats électoraux de l’extrême-droite dans la région encouragent ses militants à aller toujours plus loin. Face à cette situation, les Bisontins ont réalisé une belle démonstration antifasciste. Notre article.

Un contexte politique nauséabond

La séquence électorale passée a propulsé à l’Assemblée nationale 89 députés du Rassemblement National (RN). Trois viennent de Franche-Comté. Ces résultats électoraux encouragent les militants d’extrême-droite à aller toujours plus loin dans l’expression de leurs idées nauséabondes. D’autant que le camp présidentiel a parfois repris leur rhétorique.

En Franche-Comté, cela se traduit de différentes manières : harcèlement raciste en Haute-Saône, mais aussi défilé néonazi à Besançon. L’été dernier s’est en effet conclu par un défilé néonazi nocturne dans les rues du centre-ville. Des militants d’extrême-droite se sont pris en photo sur la fontaine de la place Jean-Cornet, nommée en hommage au résistant du même nom, mort pour la France car tué par les nazis le 8 septembre 1944

Après la souillure néonazie, l’indignation

Cette manifestation néonazie a suscité une condamnation unanime de la population et de la classe politique de gauche bisontine. Le rendez-vous a été donné par des collectifs et militants antifascistes locaux le 17 septembre dernier en réaction à ce défilé. Le but étant de rappeler que la rue appartient au peuple, pas à des groupuscules racistes et réactionnaires. Il y avait du monde. Entre 850 et 1000 personnes on répondu présentes, sur la place du 8 septembre (jour de la libération de Besançon des mains des Nazis en 1944).

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Plus de 850 personnes ont défilé contre l’extrême-droite

Étaient invités et présents des associations, des syndicats, des partis et mouvements : des socialistes aux anarchistes en passant par les communistes et les insoumis., mais aussi les militants antifascistes. Il y avait également les ex-candidat.e.s NUPES aux élections législatives Séverine Véziès (LFI) et Stéphane Ravacley (EELV). Mais aussi des citoyennes et citoyens non-encartés, en famille, et même des sympathisants d’une droite encore républicaine, certes aujourd’hui trop rare, sans ambiguïté avec l’extrême-droite.

Le point commun entre toutes ces personnes : le rejet de l’extrême-droite, qui s’est révélée à Besançon sous son vrai visage, barbare, grossière, violente. D’aucuns craignaient une attaque du cortège par l’extrême-droite. Hormis quelques militants aperçus en terrasse, elle n’est pas sortie de son trou, craignant probablement le nombre de manifestants.

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Des citoyennes et citoyens encartés ou non, marchant dans la même directon

À Besançon, un parcours symbolique

Ainsi, le cortège a fait le tour du centre-ville, avec notamment un arrêt place Jean-Cornet, où le peuple s’est réapproprié cette place, cette fontaine. Ici, le militant insoumis Michel Boutonnet, fils du résistant fusillé par les allemands Roger Boutonnet, a pris la parole, dénonçant les « nazillons », prévenant ces derniers que « jamais nous n’oublierons ! ».

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Militant.e.s de gauche sur la fontaine place Jean-Cornet. En bas en rouge, Michel Boutonnet, fils de résistant mort pour la France

Ici, des militants de gauche se sont fâchés, en plein jour, en public, avec bruit contre la peste brune qui, elle s’y était affichée de nuit, en floutant son visage, une conception radicalement différente du courage. Puis, la manifestation s’est arrêtée quelques minutes devant le bar du Shake Pint, récemment mis en cause dans sa complaisance avec les militants d’extrême-droite. Finalement, la manifestation s’est achevée sur l’esplanade des Droits de l’Homme, devant la statue de Victor Hugo, natif de la ville : tout un symbole.

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Le cortège arrive esplanade des Droits de l’Homme

Malgré cela, les autorités locales semblent toujours aussi peu zélées dans leur réaction face à
l’extrême-droite. C’est cette inaction des agents de l’État qui pousse les militantes et militants locaux à agir.

Le dernier exemple en date remonte au 22 septembre dernier. Trois militants de la Cocarde Étudiante (groupuscule d’extrême-droite) tractaient devant la faculté des lettres. Parmi eux, des têtes connues : Théo Giacone, Rémi K. (dont nous avons déjà parlé). Ce que leur petite propagande n’a pas dit, c’est que bien vite des étudiants bisontins se sont rassemblés autour d’eux et les ont fait partir sans heurts.

Humiliés, ils s’en sont allés plus loin sur le campus pour tracter, souillant les murs sur le passage de leurs autocollants. Mais il n’y avait personne. Ils sont restés là, pendant dix minute,s à ne rien faire, prêts à donner leurs tracts à des étudiants qui ne venaient pas.

Leurs autocollants ont été arrachés ou recouverts dans l’après-midi : leur action est tombée à l’eau. Par tous les moyens l’extrême-droite tente de s’implanter à Besançon, mais chacune de leur opération, violente ou non, tourne au fiasco grâce à l’intervention des militantes et militants de gauche, qui rappellent que cette ville est et restera antifasciste. « Besac antifa ! » comme l’ont crié les manifestants du 17 septembre [Besac : surnom de Besançon, ndlr].

Par Alexis Poyard.