Élections en Italie : la menace de l’extrême-droite

Italie. Le 25 septembre prochain auront lieu les élections législatives italiennes. L’Italie semble avoir trouvé sa future Première ministre membre d’un parti qui fût ouvertement néo-fasciste (Fratelli d’Italia). Elle est désormais l’alliée du parti de centre-droit de Silvio Berlusconi, et de la LEGA de Matteo Salvini, lui-même allié de Marine Le Pen. Georgia Meloni est toujours restée dans l’opposition à Mario Draghi, ex-Premier ministre du pays ayant remis sa démission en juillet dernier.

Face à la montée de l’extrême-droite, la gauche apparaît aujourd’hui comme intégrée au système, et proche des technocrates européens à l’image du soutien du Parti Démocrate (PD) aux précédents gouvernements Monte et Draghi. Luigi de Magistris, le Mélenchon italien, essaie de faire renaître une gauche dans un état de mort cérébrale dans un pays où elle a pourtant été l’une des plus puissantes d’Europe. Retour historique sur la situation politique italienne. Notre article.

La gauche italienne : des grands espoirs à la descente aux enfers (1945-1990)

Tout commence à la Libération. L’Italie crée un nouveau régime sur les ruines de la Seconde Guerre mondiale. C’est la fin de la monarchie et le début d’un système politique marqué par un Parti communiste (PC) fort et une démocratie chrétienne au pouvoir. Les espoirs des anciens partisans ayant libéré l’Italie rêvent alors de communisme. Cet espoir bercera deux générations.

Dans les années 1960, des mouvements se développent à la gauche du PC comme Lotta continua. La gauche est forte, porteuse d’un idéal partagé par des millions d’étudiants et d’ouvriers. Pourtant, le fascisme a laissé des traces dans toute la politique italienne. Le Mouvement Social Italien (MSI, parti néo-fasciste, ancêtre du parti de Giorgia Meloni) apparaît à ce moment comme un rempart au communisme. D’autres groupes fascistes fleurissent et s’en prennent à l’extrême-gauche. Leur objectif : attiser les tensions pour légitimer un pouvoir fort qui instaurerait une dictature anti-communiste.

Certains partis d’extrême-gauche se radicalisent ; le plus célèbre de ces groupes étant les brigades rouges, passées à la lutte armée. En 1978, Aldo Moro, artisan du Gouvernement d’union allant de la démocratie chrétienne au PC, est kidnappé puis tué par ces mêmes brigades rouges. La gauche ne se remettra pas de cet évènement. La répression s’abat alors aveuglément sur la gauche du PC, qui condamne ainsi son aile gauche. L’ensemble de la gauche perd son unité.

Deux ans plus tard, un autre événement marque l’Italie à tout jamais : l’attentat de Bologne en 1980 commandité par l’extrême-droite. Bilan : 85 morts. Après ces deux événements, l’Italie aspire au calme et à la paix. L’extrême-gauche se retrouve totalement marginalisée. Ses partis meurent un à un, des militants sont condamnés à de lourdes peines. En 1988, toutes les brigades rouges ont été totalement démantelées.

Mutations à gauche, poussée de Berlusconi et montée de l’extrême-droite (1990 – 2018)

En 1990, le PC abandonne le terme communiste après de longs débats houleux au cours du célèbre congrès de Bologne. La gauche abandonne son idéal de transformation : son délitement commence. Le PC se transforme en Parti Démocrate (PD), aspirant à plus de crédibilité et à gouverner.

Dans les années 90, le MSI et sa flamme fasciste semblable à celle du Front national français change de nom lui aussi pour devenir l’Alliance nationale. Il s’allie désormais avec le centre-droit (populiste) de Silvio Berlusconi en 1994, qui mène une offensive anti-communiste et anti-État.

L’arrivée au pouvoir de Berlusconi est favorisée par l’effondrement des partis traditionnels, comme la Démocratie Chrétienne (DC). Ce, suite à l’opération « mains propres » qui révéla les liens entre nombre de dirigeants de la démocratie chrétienne et des hommes d’affaires opérant des financements illégaux de partis, des liens avec la mafia…

Les années de Silvio Berlusconi à la tête de l’Italie sont chaotiques. Le pays avait l’image du « mauvais élève de l’Europe ». En 2011, Silvio Berlusconi démissionne alors que le pays est au bord de la banqueroute. L’Union Européenne impose un gouvernement avec le libéral Mario Monti, renforçant ce sentiment anti-Europe, déjà omniprésent au sein des classes populaires italiennes. Le gouvernement est quant à lui soutenu par… Forza italia et le PD (ex-PC). Le politiste Stefano Palombardini appellera cela le bloc bourgeois.

Le clivage gauche-droite est alors totalement brouillé. Les deux forces d’opposition deviennent par la suite la LEGA et le mouvement 5 étoiles (5 stelle/M5S). La LEGA est un parti d’extrême-droite. Anciennement séparatiste, il demandait l’indépendance du nord de l’Italie face au sud, considéré comme un « mauvais payeur ». Il a changé de ligne politique pour devenir un parti populiste d’extrême-droite « classique », mené par Matteo Salvini.

L’autre parti de l’alliance est le M5S mené par Beppe Grillo, un humoriste italien ayant créé un mouvement anti-système. Ce dernier mélange dans son programme des mesures de gauche et de droite, en refusant néanmoins toute étiquette politique.

Après les élections législatives de mars 2018, ces deux forces politiques forment un gouvernement dans le cadre d’une étrange coalition mêlant des (populistes) d’extrême-droite et des anti-système. Ce, en donnant un poste de ministre à Matteo Salvini alors leader de la LEGA…. qui profita de sa fonction de ministre pour mener une campagne de propagande anti-migrants sur les plages italiennes pendant l’été 2018.

D’une crise politique à une autre : l’extrême-droite aux portes du pouvoir en Italie (2019-2022)

En 2019, une nouvelle crise politique advient et cet étrange gouvernement tombe. Le M5S noue une alliance avec le centre-gauche pour mener une politique libérale. Le M5S qui se prétendait anti-système a désormais aux yeux des Italiens la même apparence que les autres partis politiques.

En 2020 se constitue un nouveau gouvernement derrière lequel la quasi-totalité de la classe politique se range, du PD à… Matteo Salvini. Giorgia Meloni a pris soin de ne pas en faire partie. À la suite de la chute du gouvernement cet été, celle-ci apparaît comme l’opposante parfaite, assimilant à demi-mot la gauche à l’intelligentsia médiatique. Elle joue habilement sur le sentiment national qu’elle sait exploiter face au mépris de Bruxelles qui met constamment en cause l’Italie pour une soit-disante mauvaise gestion de ses comptes publics.

Giorgia Meloni a toujours été une souverainiste opposée à l’Europe. Elle promet notamment une alliance avec Viktor Orban, premier ministre hongrois d’extrême-droite. Sa potentielle arrivée au pouvoir renforcerait l’« axe illibéral » en Europe. Giorgia Meloni est un pur produit de la démocratie illibérale. Elle répète sans cesse qu’elle est « pro- vie » et contre le gender (mot écrit en anglais dans son programme comme si le mouvement féministe était une invasion étrangère).

Elle tient également des propos anti-migrants, ne manquant pas une occasion d’instrumentaliser le moindre fait divers, allant jusqu’à publier la vidéo du viol d’une femme par un migrant sur Twitter. Enfin, elle affirme dans certaines vieilles interviews que Mussolini fut un bon président pour l’Italie.

Un danger plane sur l’Italie. Cependant, la campagne ne fait que commencer. Pour enrayer la montée de l’extrême-droite, Luigi de Magistris, le Mélenchon italien, aura fort à faire pour remettre au centre du débat la répartition des richesses.