Portrait – Aurélie Trouvé, nouveau soutien de poids de Jean-Luc Mélenchon

Aurélie Trouvé, à la tête d’Attac pendant 11 ans, rejoint la campagne de Jean-Luc Mélenchon. Elle prend les rênes du Parlement de l’Union Populaire. L’économiste sera Présidente de ce Parlement de campagne, innovation démocratique sans précédent rassemblant plus de 200 membres (syndicalistes, associatifs, intellectuels, artistes, membres d’autres formations politiques…), qui sera consulté sur les orientations stratégiques de la campagne, l’élaboration des plans programmatiques, qui contribuera à la création de liens avec les mouvements sociaux et organisera des débats et des actions autour des différentes luttes. L’arrivée de cette figure des mouvements sociaux est un signal fort dans cette campagne présidentielle. Portrait.

Aurélie Trouvé l’inclassable : à la frontière des champs associatifs, médiatiques, politiques, intellectuels et militants

Qui est déjà allé en manifestation, a forcément déjà croisé la route d’Aurélie Trouvé. Cette « star » des mouvements sociaux a été de toutes les luttes ces dernières années. Coprésidente de l’Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne (Attac) de 2006 à 2012, puis porte-parole de l’association de 2016 à 2021, l’économiste vient de sortir un ouvrage majeur : Le bloc arc-en-ciel : Pour une stratégie politique radicale et inclusive, on va y revenir.

L’Ingénieur agronome, maître de conférences à AgroParisTech est également docteur en science économique. En 2007, Aurélie Trouvé soutien en effet une thèse de doctorat en Sciences économiques à l’université de Bourgogne sur les politiques agricoles européennes.

La réception de son premier ouvrage, Le business est dans le pré. Les dérives de l’agro-industrie, publié chez Fayard en 2015, dénote le rôle inclassable d’Aurélie Trouvé à la frontière des champs associatifs, médiatiques, politiques, intellectuels et militants. Rien que ça. Son premier livre, manifeste contre l’agriculture productiviste, est en effet reçu et salué à la fois dans le champ académique avec la revue Projet, dans le champ médiatique avec des couvertures notamment d’Alternatives économiques et de France Culture, mais également dans le champ militant sur le site de la Confédération paysanne. Vous l’aurez compris, Aurélie Trouvé est de ces personnes qui ne rentrent pas dans une case.

Aurélie Trouvé, figure de la lutte

L’agriculture, une des innombrables cordes à l’arc-en-ciel d’Aurélie Trouvé. En plus des casquettes d’intellectuelle, d’ingénieur agronome et d’économiste, Aurélie Trouvé est une figure connue et reconnue des mouvements sociaux. Celles et ceux qui lisent ces lignes et qui ont participé au mouvement historique contre la réforme des retraites, se souviennent sûrement des rosies : bleu de travail, bandeau rouge dans les cheveux et gants jaunes aux mains. L’ingénieur agronome était une des leaders des rosies, aux côtés notamment des députées insoumises Manon Aubry et Clémentine Autain, et de la députée communiste Elsa Faucillon.

L’action, la désobéissance civile, Aurélie Trouvé connaît bien. Des fauchages de chaises dans les banques aux contre sommets du G7, sans oublier la gouache sur la vitrine de la Samaritaine, le 3 juillet dernier. Cette action organisée par Attac pour dénoncer les profiteurs de crise, les 62 milliards d’euros engrangés en pleine pandémie mondiale par Bernard Arnault, le champion de l’évasion fiscale, des dividendes et des licenciements, avait été condamnée par Anne Hidalgo. Un « acte de vandalisme » pour la maire de Paris. Cette action dont Aurélie Trouvé a été la porte-parole avait permis une nouvelle fois de tracer la ligne de démarcation entre deux camps à « gauche ».

Pour la convergence des luttes dans un mouvement politique capable de prendre le pouvoir

Après onze ans de bons et loyaux services à la tête d’Attac, Aurélie Trouvé a donc décidé de s’engager dans le champ politique. À l’image de Manon Aubry, pendant des années à la tête de l’ONG Oxfam, sœur de combat d’Attac, l’économiste a décidé de franchir le pas, non sans secousses au cœur. « Je ne le cache pas, cette démarche est lourde d’émotion pour moi, après m’être autant investie et avoir passé tant d’années à façonner ma vie en fonction de cet engagement. Comme beaucoup de militants bénévoles, j’y ai construit des amitiés fortes et ça a été une incroyable aventure intellectuelle et humaine » indiquait-elle le 12 octobre 2021 aux adhérentes et adhérants d’Attac dans un courrier leur annonçant son départ du porte-parolat de l’association.

Le nouveau but d’Aurélie Trouvé ? Prendre le pouvoir. Et pour ce faire, arriver, enfin, à la fameuse convergence des luttes, vœux pieux du mouvement social depuis des décennies. L’objectif de son ouvrage Le bloc arc-en-ciel : Pour une stratégie politique radicale et inclusive publié à la rentrée, est précisément celui-ci : arriver à unir, enfin, les différentes forces magnifiques en présence, majoritaires dans le champ des idées, mais divisées. « Une alliance de forces suffisamment large pour espérer prendre le pouvoir et l’exercer de façon démocratique pour construire un monde d’après le patriarcat, le capitalisme, le racisme et le productivisme ».

Par l’alliance du rouge, du vert, du violet, du jaune et du multicolore, constituer un bloc arc-en-ciel

De quelles forces en présence parle-t-on concrètement quand on parle de bloc arc-en-ciel ? Du rouge des traditions syndicales et communistes, du vert des mouvements écologistes, du violet du féminisme, du jaune des insurrections populaires et du spectre multicolore des
luttes antiracistes et LGBTI. Car des mouvements sociaux, il y en a eu dans ce quinquennat, et pas des petits.

On aurait tendance à l’oublier avec l’arrivée fracassante du Covid en mars 2020 qui a suspendu nos vies, mais ce quinquennat a réalisé l’exploit d’abriter les deux plus longs mouvements sociaux depuis mai 1968 : le mouvement des Gilets jaunes et celui des retraites. Sans oublier le soulèvement de la jeunesse dans les marches contre les violences policières et pour les libertés intercalées entre les confinement, les marches contre le pass sanitaire cet été, les marches des jeunes pour le climat qui ont émaillées tout ce quinquennat face à l’inaction climatique du gouvernement, les marches #NousToutes, et bien évidemment les innombrables mobilisations et luttes syndicales face à l’urgence sociale qui fracasse le pays.

« On est déjà majoritaire dans le champ des idées » : Aurélie Trouvé persuadée comme les insoumis de la stratégie de l’« Union populaire » autour de mesures plébiscitées dans le pays

Pour celles et ceux qui, en ce mois de décembre 2021, à quatre mois de l’échéance présidentielle, seraient déprimés par l’essoufflement du mouvement social et par le climat nauséabond actuel, et il y a de quoi être vraiment déprimé, un motif d’espoir immense est là sous nos yeux. Les idées de justice sociale, portées chaque samedi sur les ronds points du pays durant des mois et des mois par les gilets jaunes, la réduction du temps de travail, portée pendant de longs mois par le mouvement des retraites, les idées féministes, portée haut et fort par le mouvement #MeToo et les marches #NousToutes, les idées antiracistes et contre les violences policières, portée par les marches à l’appel du collectif Justice pour Adama en juin 2020, les idées écologistes, porté haut et fort par les jeunes pour le climat, le combat pour les droits LBGTI, les idées portées dans les différentes luttes syndicales… Toutes ces idées sont majoritaires dans le pays.

Ces idées issues des différents mouvements sociaux, l’objectif d’Aurélie Trouvé est justement de les faire converger en un seul bloc. « Dans ce bloc arc-en-ciel, il y a, certes, les acteurs, comme les partis, les syndicats ou les associations, mais il y a aussi le champ des idées. Et là, je pense sincèrement qu’on est déjà majoritaires. Quand je regarde le taux de sympathie des gilets jaunes ou les sondages qui posent des questions concrètes comme augmenter de 200 euros net le smic ou le fait de taxer les plus riches, le résultat est sans appel. Il faut maintenant trouver comment on se recompose entre ces acteurs, pour porter ces idées et donner envie, dans le champ électoral, de voter pour ce bloc ».

C’est justement la stratégie d’« Union populaire » des insoumis : constituer un bloc populaire autour de ces idées et ces mesures bien concrètes très largement majoritaires dans le pays. À l’occasion des « AMFIS », les universités d’été de La France insoumise (LFI), les insoumis ont pu faire tester 42 de leurs mesures de rupture sociale, écologique et démocratique par l’institut de sondage Harris interrative. Le résultat est sans appel : le programme de l’« Union populaire » est plébiscité dans le pays, avec 60 à 90% d’opinions favorables selon les différentes mesures.

Les Français (très) largement en faveur de mesures de rupture sociale, écologique et démocratique

L’enquête d’Harris Interractive révèle ainsi que 8 Français sur 10 sont pour l’augmentation du SMIC à 1400 euros net par mois, 7 Français sur 10 sont pour que l’impôt baisse pour ceux qui gagnent moins de 4000 euros par mois, 7 Français sur 10 sont favorable à ce que les personnes vivant à l’étranger versent au Trésor français la différence entre ce qu’elles paient comme impôt sur place et ce qu’elles paieraient si elles étaient restées en France, 86% des Français sont pour faire payer plus d’impôts à Google, Amazon, Facebook et Apple qu’ils n’en payent aujourd’hui, 83% des Français sont pour que chaque retraité touche au minimum une pension égale au SMIC, et ainsi de suite.

Sur les propositions écologiques, là aussi, les Français plébiscitent les mesures proposées par les insoumis : 83% des Français sont d’accord pour interdire de prélever chaque année plus de matière première que la Terre est capable de reconstituer en un an, la fameuse « règle verte » que Jean-Luc Mélenchon porte depuis plus de 10 ans comme en témoigne son ouvrage du même nom publié en 2012, 74% des Français sont favorables à l’objectif de 100% d’énergie renouvelables en 2050, 87% des Français sont favorables à un plan national d’isolation des bâtiments pour lutter contre la précarité énergétique, à un plan de création de 300 000 emplois dans l’agriculture (86%) et de 300 000 emplois dans le domaine de la Mer (83%), ou encore près de 9 Français sur 10 (89%) sont pour un plan de relocalisation en France des produits essentiels à la vie quotidienne : autant de plébiscites allant dans le sens de la planification de la bifurcation écologique portée par LFI.

Sur la rupture démocratique et le passage à la 6ème République, là aussi, ce sont près de deux tiers des Français qui se prononcent en faveur de la convocation d’une Assemblée constituante chargée de rédiger une nouvelle Constitution pour la France, la fameuse « constituante » portée là aussi depuis des années par Jean-Luc Mélenchon et actuellement en cours au Chili.

Aurélie Trouvé nouvelle présidente du Parlement de l’Union Populaire, innovation démocratique inédite de la campagne de Mélenchon

Toutes ces mesures plébiscitées par les Français, constituent donc le cœur de la stratégie de l’Union populaire. Le programme rassemblant toutes ces idées vient de sortir, et il cartonne en librairie, à la toute première place du classement Datalib, catégorie « essais ». Le candidat qui porte ce programme caracole seul en tête à gauche depuis de longs mois, se rapprochant même du seuil du second tour avec la division des voix de l’extrême-droite avec la candidature Zemmour, mais il est grand temps de passer à la vitesse supérieur à quatre mois du scrutin.

Les insoumis ont donc décidé d’envoyer un signal fort à l’ensemble du champ militant, associatif, syndical, intellectuel, artistique et politique avec la constitution du Parlement de l’Union Populaire. Ce dernier se réunira pour la première fois ce dimanche 5 décembre, juste avant le meeting de Jean-Luc Mélenchon à la Défense. Ce Parlement de campagne sera composé à son lancement de 200 membres, à parité entre des représentants de la France insoumise et des personnalités extérieures reconnues, qu’elles soient syndicalistes, militants associatifs, intellectuels, artistes ou membres d’autres formations politiques. Ce parlement portera une réponse collective d’espoir et de résistance humaniste face à la saturation sans précédent des thèmes de l’extrême-droite dans le débat public.

Le Parlement de l’Union populaire aura pour objectif de représenter la diversité des luttes sociales et écologistes, des soulèvements populaires pour plus de démocratie et de justice sociale, des mobilisations féministes, antiracistes, LGBTQI+, l’effervescence critique, intellectuelle et artistique pour irriguer le champ politique. Il sera consulté sur les orientations stratégiques de la campagne, l’élaboration des plans programmatiques, contribuera à la création de liens avec les mouvements sociaux et organisera des débats et des actions sur les différentes luttes.

Il y a urgence

Cette convergence des luttes des champs associatifs, syndicaux, intellectuels, artistiques avec le mouvement politique le mieux placé à gauche, ne peut être que prometteuse. Elle traduit la stratégie de l’«Union populaire» face à l’urgence sociale, écologique et démocratique, mais également face aux groupuscules nazis qui ressortent de terre partout dans le pays. Cette démarche de l’Union populaire a pour objectif de s’élargir tout au long de la campagne. Il y a urgence à faire bloc.

« Mélenchon est trop comme si, trop comme ça », ce n’est plus le sujet. On ne vote pas pour un sauveur, mais pour un programme. Et il y a urgence de tout changer, de lancer, enfin, la 6ème République, le partage des richesses et la bifurcation écologique avant qu’il ne soit définitivement trop tard. Face aux obscurantismes qui montent dans notre pays, face à la zemmourisation médiatique, il est plus que jamais urgent de constituer l’union populaire. Nous n’avons plus 5 ans à perdre à nouveau.

Par Pierre Joigneaux.