Bilan du quinquennat : le « ruissellement » a bien eu lieu… sur les ultras riches

C’est l’enseignement du troisième rapport d’évaluation de la réforme de la fiscalité du capital réalisé par France Stratégie, institution rattachée à Matignon, publié ce 14 octobre : la réforme de la fiscalité de 2018, et ses deux mesures phares, la suppression de l’Impôt sur la fortune (ISF) et la création d’un prélèvement forfaitaire unique (PFU) sur le capital, a provoqué une explosion des dividendes. Un rapport qui vient mettre une sévère claque au récit gouvernemental, celui du camp de la « raison », à six mois de l’élection présidentielle. Emmanuel Macron restera comme le président du camp de la déraison, celui d’un gavage dépassant les cimes de l’indécence quand, « en même temps », 4 millions de nos concitoyens ont basculé dans la misère. Notre article.

Un comité pourtant loin d’être composé de révolutionnaires

Ruissellement. Le président de la République a toujours promis que les richesses moins taxées finiraient par « ruisseler » sur les Français. La théorie du « ruissellement » était La justification de deux mesures phares du début du quinquennat : la suppression le 1er janvier 2018 de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et sa transformation en impôt sur la fortune immobilière (IFI), ce qui revenait à exonérer le patrimoine mobilier (actions, or, obligations, comptes divers) de cet impôt, et la création d’un prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 % sur les revenus du capital.

Un comité formé d’économistes loin d’êtres insoumis, de représentants du MEDEF, de syndicats « réformistes » comme la CFTC et la CFDT, de fonctionnaires de la Banque de France et de la Direction générale du Trésor, était chargé par France Stratégie, institution rattachée au Premier ministre, d’évaluer les effets de cette réforme datant de la première année du quinquennat. Si ces experts avaient pu aller dans le sens du gouvernement, démontrer une conséquence positive de ces mesures, ils ne se seraient pas privés.

La « flat tax » a fait exploser les dividendes

Mais patatras. Le constat du comité est sans appel : il n’existe « aucun impact sur l’investissement et les salaires des entreprises détenues davantage par les personnes physiques suite au PFU ». Et, surprise, les dividendes ont… explosé. Conséquence direct de la réforme de la fiscalité.

Les chiffres donnent le tournis. En 2018, les dividendes versés aux ménages résidant en France ont augmenté de… 9 milliards d’euros sur un an, à 23 milliards d’euros. Une hausse de… 64 % ! Chiffre qui a continué à augmenter en 2019 et à rester stable en 2020. On se souvient pourtant de la « demande » de Bruno Le Maire aux grands groupes de réduire les dividendes. Résultat ? 24,1 milliards de dividendes en 2020. 10 milliards de plus qu’en 2017 avant la réforme.

Une politique fiscale au service des… 0,1% les plus riches du pays

La politique fiscale d’Emmanuel Macron n’a pas bénéficié aux classes favorisés en général. Mais bien à une toute petite poignée de séparatistes : 5 000 foyers environ. C’est ce petit groupe d’ultra riches qui a capté 45% de la hausse de 9 milliards de dividendes en 2018. Et au sein de cette poignée de ménages, ce sont 310 foyers qui ont aspirés à eux seuls 1,2 milliards d’euros, touchant plus d’un million. Des inégalités se creusant y compris au sein de l’oligarchie, aux profits des 0,1% les plus riches du pays.

Eurêka chez les experts de France Stratégie : « Les équipes de recherche sont à même d’établir l’existence d’un effet causal de l’instauration du PFU sur le versement de dividendes aux ménages ». Ne pouvant difficilement être plus clair : « Le comité considère que la majorité de cette augmentation [des dividendes] a bien été causée par l’instauration du PFU. »

Comme le répètent les insoumis depuis la première année du quinquennat : non les bénéfices dégagés par la suppression de l’ISF et la création de la « flat tax » ne vont pas ruisseler sur l’économie. Non ces bénéfices n’ont pas ruisselé par magie dans l’économie réelle, comme l’affirmer la macronie. Pour la simple et bonne raison que ces bénéfices sont allés là où les rendements sont beaucoup plus attractifs : dans l’immobilier et dans la sphère financière.

Macron, persiste et signe : le néolibéral radicalisé

Ce 1er mai le président affirmait encore au sujet de l’ISF : « Heureusement qu’on a supprimé cette aberration !« . Ajoutant : « aurait dû le faire 10 à 15 ans plus tôt ». Coup dur. Un comité conçu spécialement pour démontrer l’efficacité de sa politique fiscale, n’arrive à en mesurer qu’un seul résultat : le gavage des ultras riches. Ballot.

Pourtant, ce n’est pas la première fois que le gouvernement est averti des conséquences de ses mesures fiscales de 2018. En 2019 et en 2020, déjà, France stratégie alertait. Il y a un an jour pour jour l’insoumission sortait un article : « le « ruissellement » sous Macron : la fortune des 0,1% et la pauvreté explosent en France ». Mais on allait voir ce qu’on allait voir.

Et bien on a vu : malgré les deux mouvements sociaux les plus longs depuis mai 1968, le mouvement des gilets jaunes et des retraites, malgré une pandémie mondiale, malgré trois rapports de suite d’une institution rattachée à son propre premier ministre, Emmanuel Macron n’a rien voulu savoir. Le rétablissement de l’ISF, souhaité par 75% des Français, y compris par 61% des sympathisants LREM ? Que nenni.

Véto du monarque présidentielle. Et pour cause : il s’agit bien du cœur de l’identité politique de son quinquennat, de son idéologie économique. Emmanuel Macron, un néolibéral radicalisé : toujours plus pour le capital, toujours moins pour le travail. Car en « même temps », 4 millions de Français ont basculé dans la pauvreté. Nos étudiants font la queue pour pouvoir bouffer, dans la 6ème puissance mondiale.

La petite musique fredonnée par le gouvernement, celle du camp de la « raison » et du « progrès », qui réfute « toute droitisation » et vente « une social-démocratie renouvelée », vient d’être sèchement recadrée par… un de ses propres organes.

Plus que jamais, Emmanuel Macron est le président du camp de la déraison, celui du capital contre le travail, de l’accumulation féroce qui détruit l’humain et la planète, de la folie d’un capitalisme actionnarial qui continue à gaver ses actionnaires pendant que des millions d’entre nous bascule dans la misère. Le président des ultras riches, des 0,1%. Il serait bon de le marteler dans les six mois qui arrivent.

Par Pierre Joigneaux.