Portrait : Mathilde Panot, plus jeune présidente de groupe de l’histoire de l’Assemblée nationale

La nouvelle vient de tomber. Mathilde Panot, 32 ans, est officiellement la nouvelle présidente du groupe parlementaire de La France insoumise (LFI). Elle devient ainsi la plus jeune femme de l’histoire de l’Assemblée nationale à atteindre ce statut. Elle succède à Jean-Luc Mélenchon, candidat à l’élection présidentielle. Une ascension fulgurante. Portrait.

La rage au cœur. Le courage et la force dans la lutte, toujours. Qui a déjà croisé la route de Mathilde Panot, en manifestation ou en piquet de grève, comprendra. La toute nouvelle présidente des insoumis à l’Assemblée nationale dégage une énergie et une révolte rare. La puissance de ses discours, de la rue au perchoir de l’Assemblée, en témoignent.

Des discours qui cartonnent sur les réseaux sociaux

Quand Mathilde Panot s’avance à la tribune, ses collègues des différents bancs le savent, les murs de l’hémicycle vont vibrer. Les chiffres de ses discours ne trompent pas. La députée du Val-de-Marne est « multi-millionnaire » sur Facebook. Elle est l’une des rares députés, avec ses camarades Jean-Luc Mélenchon et François Ruffin, dont les discours franchissent le mur du son, et sortent des murs du Parlement.

Ils laisseront pour l’Histoire une trace indélébile des mobilisations historiques qui ont marqué ce quinquennat. Mathilde Panot le rappelle souvent, car la crise sanitaire est venu comme suspendre le temps et que le champ médiatique a la mémoire courte : l’année 2020 s’est ouverte par le mouvement contre la réforme des retraites et s’est terminée par le mouvement contre la loi Sécurité Globale et les violences policières.

Le discours de Mathilde Panot « Loi Sécurité Globale : vous êtes en guerre contre le peuple ! » prononcé le 17 novembre dernier, est ainsi à près de 2 millions de vues sur les réseaux sociaux, partagé par exemple par un certain Booba avec un laconique « un seul héros, le peuple ». Car la force de Mathilde Panot c’est aussi ça, réussir à vulgariser des textes de lois et les faire sortir de l’enceinte parlementaire. Son discours sur le pass sanitaire, « bienvenue dans la société de contrôle », est ainsi à 3 millions de vues sur les réseaux.

Réussir à faire sortir un texte de loi des murs de l’Assemblée et le transmettre au peuple : la magie Mathilde Panot

La prouesse de la jeune députée du Val de Marne, c’est de se saisir d’un texte de loi, qui serait resté dans les abysses de l’Assemblée, et de réussir à le transmettre au peuple. Mathilde Panot, une (des dernières ?) tribune du peuple.

Un idéal type : le projet de loi économie circulaire. Texte technocratique au possible, Mathilde Panot, porte-étendard de l’écologie populaire, le transforme : « produit, consomme et crève ». Et la magie Mathilde Panot opère : 3,6 millions de vues sur Facebook. Le travail de ses équipes, de réussir à rendre attrayant et à faire cartonner des textes, notamment écologiques, qui, habituellement sont (très) loin d’attirer les foules sur les réseaux sociaux, est précieux.

Comment Mathilde Panot est-elle devenue cette tribune du peuple, aujourd’hui plus jeune présidente de groupe de l’Histoire de l’Assemblée nationale ? Retour en arrière.

Une rage au cœur venue du monde associatif

Mathilde Panot, née le 15 janvier 1989 à Tours, grandit dans la banlieue d’Orléans, à Saint-Pryvé-Saint-Mesmin. Les noms sont souvent trompeur : le taux de pauvreté à Saint-Pryvé-Saint-Mesmin était de près de 10% en 2018 et de 20% chez les locataires, selon les dernières statistiques de l’INSEE disponibles.

Diplôme de Science Po Paris en poche, après avoir été bénévole à ATD Quart monde, Mathilde Panot commence à travailler pour l’association Voisin Malin, œuvrant à la solidarité et à l’entraide dans les quartiers populaires, notamment dans le quartier de La Grande Borne à Grigny. Utilisant des techniques d’organisations militantes venues des États-Unis, le « community organizing », Mathilde Panot organise des campagnes sur des sujets politiques bien concrets, comme sur les punaises de lits, sujet qu’elle n’oubliera pas de porter une fois arrivée à l’Assemblée nationale.

À l’origine de la création et du déploiement des troupes insoumises sur tout le territoire en 2017

Son premier engagement politique, même si engagement associatif et politique sont indissociables dans le processus de politisation, advient en 2005 lors du mouvement contre le contrat première embauche (CPE). Et se traduit dans le champ politique par la participation à la création de l’association L’Ère du peuple, vaisseau amiral qui va lancer la campagne de Jean-Luc Mélenchon en 2016.

Mathilde Panot va devenir, lors de la campagne de 2017, la coordinatrice des groupes d’appui de la toute naissante France insoumise (FI). C’est elle, avec ses camarades du groupe d’appel, qui va abattre le travail titanesque de créer des groupes d’appui à la candidature de Jean-Luc Mélenchon sur tout le territoire métropolitain et dans les départements d’outre-mer. À travers notamment la création de caravanes qui sillonnent le pays (que les insoumis ont relancé cet été NDLR).

Cette force de frappe incroyable va atteindre 500 000 militants qui porteront la candidature insoumise à plus de 7 millions d’électeurs et près de 20% des suffrages, à 600 000 voix du second tour de l’élection présidentielle.

Un nouveau visage de la gauche propulsé à l’Assemblée par la #GenerationMelenchon

Mathilde Panot est élue députée de la 10ème circonscription du Val-de-Marne (Ivry, Vitry, Kremlin-Bicêtre , Gentilly) le 18 juin 2017 battant la candidate de la République en Marche (LREM) de 1068 voix. Comme Caroline Fiat, première aide soignante de l’Histoire à être élue députée, Adrien Quatennens, conseiller clientèle EDF, ou encore Jean-Hugues Ratenon, au RSA activité, Mathilde Panot fait partie de ces nouvelles figures de la gauche, jusqu’ici éloignées du champ politique, propulsée au Palais Bourbon par Jean-Luc Mélenchon.

C’est un accomplissement qu’on ne pourra jamais retirer au leader des insoumis : avoir réussi à faire émerger de nouveaux visages de gauche, jeunes, à contre courant du processus d’extrême-droitisation du champ médiatique, dont la zemmourisation actuelle est le sordide aboutissement. Mathilde Panot fait partie de la « #GenerationMélenchon », pour reprendre le nom d’une récente vague de plus de 20 000 témoignages sur le rôle de Jean-Luc Mélenchon dans la politisation d’une génération entière.

Élue représentante du peuple dans un hémicycle déconnecté…

C’est d’ailleurs ce à quoi on va résumer Mathilde Panot lors de son arrivée à l’Assemblée nationale : « c’est Jean-Luc Mélenchon qui a écrit tes discours ? ». La toute nouvelle députée de la 10ème circonscription du Val-De-Marne va retrouver dans les couloirs du Palais Bourbon une même déconnexion de la réalité que dans les couloirs de Science Po, où un jour un camarade de classe lui avait affirmé que le SMIC était à 1600 euros net.

Très loin du discours macroniste d’« ouverture sur la société civile », la sociologie des députés LREM ne trompe pas : très forte surreprésentation des chefs d’entreprise (17%), de cadres supérieurs et dirigeants (20%), de membres des professions libérales (12%), pour un impressionnant total de 68,6% des 529 députés LREM élus en 2017 appartenant aux classes supérieures, contre seulement 8,5% d’employés du secteur public et privés et 0% d’ouvrier (catégories socioprofessionnelles représentants… 45% de la population active en 2021, NDLR).

… et sexiste

En plus de la déconnexion et du mépris de classe des députés macronistes, Mathilde Panot va également expérimenter le sexisme omniprésent dans les couloirs du Palais Bourbon. C’est en plein hémicycle, ce 2 février 2021, que celui-ci va exploser et dégouliner en pleine séance. Alors que la vice-présidente des insoumis s’apprête à prendre la parole, des insultes fusent des bancs de la majorité.

« La folle ». « La poissonnière ». On entend très distinctement ces insultes sexistes dans la vidéo ci-dessous. Le président de séance feint de ne pas avoir entendu quand le député insoumis Alexis Corbière l’interpelle. Ces insultes résonnent pourtant particulièrement fort dans l’enceinte de l’Assemblée nationale, elles font honte à notre République, elles salissent la maison du peuple, ce lieu où on est censé voter des lois pour faire avancer les droits des femmes et punir ces comportements sexistes.

Mais une fois n’est pas coutume, Mathilde Panot ne laisse rien passer. Elle obtient la condamnation de Pierre Henriet, le député LREM qui a beuglé « poissonnière » en plein hémicycle de l’Assemblée nationale. Et la vice-présidente du groupe LFI se rend dans le Morbihan le vendredi 26 février suivre Patricia, po