Les boucheries et boulangeries bientôt rayées de la carte en France ?

Les boulangeries de notre pays sont en danger. Comme d’autres petits commerces, elles sont menacées de disparition par l’explosion des prix de l’énergie. Elles étaient déjà affectés par le prix des matières premières essentielles à leur activité (beurre, farine, œufs). Les prix en bas de leurs factures d’électricité les plonge un peu plus encore dans le cauchemar en ce début d’année 2023. De plus, certaines boulangeries ne rentrent pas dans les critères des maigres aides proposées par la minorité présidentielle. Telle une épée de Damoclès au-dessus de leur tête, la faillite les guette inexorablement.

Les bouchers sont eux aussi en souffrance. Le 29 novembre 2022, ils manifestaient à Paris devant l’Assemblée nationale. Une manifestation historique : ils ne s’étaient pas mobilisés depuis 20 ans. Comment survivre lorsque sa facture énergétique passe de 17 000 à 52 000 euros par an ? Une inflation historique que les petits commerçants essaient au maximum de ne pas faire payer aux clients, eux aussi étranglés par l’inflation.

Face à l’urgence, les insoumis demandent depuis de longs mois le blocage des prix de l’énergie. À plus long terme, la bifurcation de notre modèle économique s’impose : la sortie des traités de libre échange et le protectionnisme écologique doivent être mis en place pour que nos petites et moyennes entreprises (PME) puissent survivre face aux multinationales. Notre article.

Boulangeries, le cri d’alarme : « L’énergie, c’est un poste qui va nous mettre sur la paille début janvier. Son prix va être multiplié par 4 ! C’est la fin, il n’y a pas d’autres mots ! »

Les boulangers sont en immense souffrance. En témoigne le prix de la baguette, qui s’envole. La tradition frôle les 1,50 euros. Avec la guerre en Ukraine, le cours du blé est passé de 180 à 460 euros. Une folie pour rentrer dans ses coûts.

Julien Pedussel est un boulanger installé dans l’Oise. Hier, il a passé la journée sur un rond-point d’une ville « pour attirer l’attention sur les difficultés des artisans non-éligibles aux tarifs réglementés de l’électricité » face à l’inflation historique, détaillait hier l’hebdomadaire Marianne. Sa facture d’électricité a bondi de 50% entre novembre et décembre pour atteindre 12 882 euros. Il pourrait bientôt se retrouver en cessation de paiements. L’explosion des prix de l’énergie est une épée de Damoclès au-dessus de la tête des boulangers de France.

Mardi 25 octobre 2022, une centaine de boulangeries artisanales baissaient le rideau symboliquement pour dénoncer une situation intenable. La situation n’a pas évolué. Pire, elle s’est aggravée. Frédéric Roy, artisan-boulanger à Nice, avait lancé l’alerte le 29 novembre dernier sur RMC : « L’énergie, c’est un poste qui va nous mettre sur la paille début janvier. Son prix va être multiplié par 4. Je passe de 1.000 à 4.000 euros en janvier. C’est la fin, il n’y a pas d’autres mots ». La question de la survie de nos boulangeries se pose. Le spectre de centre-ville désert, où le dernier commerce, l’ultime résistante, la boulangerie, baisse le rideau, plane sur l’année 2023.

L’explosion des prix des produits alimentaires exacerbe encore un peu plus les inquiétudes du secteur. « En début d’année, le beurre, je le payais 4.50 (le kilo). Là on est à 9. Et en janvier, on nous annonce 11-12 euros! La farine va prendre 10%… » déplorait Cédric, boulanger dans le Finistère, toujours au micro de RMC fin novembre.

Jusqu’au doublement du prix de la baguette ? Une possibilité, selon Christian Martin, président du groupement professionnel des boulangeries et pâtisseries d’Ardèche. Mais difficile voire quasi impossible de tenir en augmentant autant leurs prix : la perte de clientèle, qui préférerait se tourner vers les prix plus bas de la grande distribution, créerait un tsunami de fermetures de petits commerces en France.

« Je suis passée de 17 000 à 52 000 euros de dépenses annuelles pour l’énergie. Comment on survit ? » : les bouchers-charcutiers manifestaient à Paris en novembre 2022, une première depuis 20 ans

Les bouchers-charcutiers eux aussi sont en grande difficulté. Le 29 novembre 2022, ils étaient venus de tout le pays, en tenue de travail, pour se rassembler devant l’Assemblée nationale. Ils ne s’étaient pas mobilisés depuis 20 ans : la situation est grave. L’insoumission était présente sur place. Leur objectif ? Faire entendre leur détresse face à l’explosion des prix de l’énergie. Une manifestation « historique », avait insisté la confédération française de la boucherie-charcuterie et traiteurs (CFBCT).

Jean-François Guihard, président de la CFBCT, avait donné le ton : « Si le gouvernement ne prend pas ses responsabilités dans les semaines qui viennent, nous assisterons collectivement à la mort de nombreuses entreprises artisanales. Les dispositifs actuels ne répondent pas à toutes les problématiques de nos petites et moyennes entreprises (PME), dont certaines se trouvent dans une véritable zone blanche ». Selon lui, le bouclier tarifaire mis en place par le gouvernement est insuffisant. Ses critères, trop restrictifs, ne couvrent que 60% des professionnels.

Les bouchers-charcutiers n’ont d’autres choix que de faire tourner 24 heures sur 24 leurs chambres froides pour conserver la viande. Le coût de l’énergie est incompressible pour eux. Il fracasse leur portefeuille. « Je suis passée de 17 000 à 52 000 euros de dépenses annuelles pour l’énergie. Comment on survit ? », nous avait demandé Nathalie, à la tête d’une boucherie de 16 salariés dans les Côtes d’or.

« Nous, on ne veut pas répercuter l’augmentation des prix sur ce qu’on vend aux gens, les gens ne sont pas des vaches à lait, on est là pour leur vendre de la qualité ». Mais comment ne pas augmenter ses prix face à l’inflation historique ? Une équation parfois impossible à tenir. « On est sur une grosse flambée notamment sur le filet de poulet. Depuis deux ans, on est pratiquement à + 35%. On est obligé de répercuter un peu : sur le filet de poulet, j’ai augmenté seulement de deux euros le kilogramme », explique Mohamed Kilouli, boucher à Leudon.

Augmenter ses prix, c’est risquer de perdre des clients. Ne pas augmenter ses prix, face à l’inflation historique des matières premières, c’est risquer de couler. Une équation impossible à résoudre sans l’intervention urgente de l’État pour bloquer les prix. Comme les boulangers, les bouchers-charcutiers meurent à petit feu.

« Ce qui est en jeu, c’est la survie de l’artisanat et des petits commerces »

Le député LFI Matthias Tavel était présent dans le cortège des bouchers-charcutiers le 29 novembre dernier : « C’est la survie de l’artisanat, des petits commerces et des filières agricoles de qualité » qui est en jeu, insiste le député de Loire-Atlantique. « Si les petits commerces sont étouffés par les prix de l’énergie, ce sont les gros, la grande distribution, l’agrobusiness, les fermes usines qui gagneront. Et non le travail de qualité, fait pour que l’on puisse manger une nourriture saine, de qualité, faite par des gens qui ont la volonté de bien faire leur travail, de faire un travail artisanal et de proximité ».

Face à la détresse absolue de nos artisans, que faire ? À court terme, bloquer immédiatement les prix de l’énergie et taxer les super-profits. Les opérateurs privés ne peuvent continuer à se gaver sur le dos des Français. Cela fait maintenant de longs mois que LFI et ses partenaires de la NUPES remettent inlassablement sur la table la proposition du blocage des prix. Une mesure rejetée en bloc par la macronie, le reste de la droite et le Rassemblement national (RN). Ils ont choisi leur camp : celui des riches.

L’augmentation immédiate du SMIC à 1600 euros net est une autre solution de court terme. Elle permettrait d’augmenter le pouvoir d’achat. Cette nouvelle entrée d’argent permettrait de relancer un peu la demande, par la consommation populaire. Comment faire pour que la hausse du SMIC ne pèse pas trop sur les PME ? En créant un fonds inter-entreprises permettant de faire prendre en charge les cotisations sociales dues à cette augmentation par les grands groupes et non pas par les petites entreprises, les artisans ou les commerçants.

Sur le long terme, si l’État n’intervient pas, qui est le plus menacé par l’explosion des prix de l’énergie : la grande distribution ou le petit commerçant ? La question, elle est vite répondue. Les grands groupes avaleront les petits commerces. La survie de nos boulangeries et de nos boucheries dangereusement menacée ? À contre-courant de la mondialisation, de la féroce compétition et concurrence européenne, de la folie des traités de libre échange, un petit village idéologique résiste encore et toujours à l’envahisseur : le protectionnisme écologique. Des irréductibles gaulois qui progressent dans la bataille culturelle, en témoigne la victoire sur la planification écologique, portée dans le désert par Martine Billard en 2009, aujourd’hui reprise dans sa communication par Emmanuel Macron.

Libre échange mondialisé ou protectionnisme écologique ? L’avenir de nos boulangers, nos bouchers, nos agriculteurs, en dépend. Si on ne fait rien, les gros poissons engloutiront les petits. Si on ne fait rien, les boulangeries, mais aussi les boucheries seront peut-être bientôt rayées de la carte.

Par le comité de rédaction.