Augmentation immédiate du SMIC à 1600 euros net : la proposition de loi de LFI à l’Assemblée

Dans le cadre de la niche parlementaire de la France Insoumise, le député Alexis Corbière présente une proposition de loi visant à augmenter le SMIC à 1600 euros nets pour répondre à l’urgence sociale. Elle instaure également un mécanisme de solidarité pour aider les petites et moyennes entreprises à financer cette hausse des salaires.

La France insoumise (LFI) va présenter 12 textes de loi ce jeudi 24 novembre 2022 à l’Assemblée nationale. C’est le jour de sa « niche parlementaire », le seul jour de l’année où un groupe d’opposition parlementaire peut défendre ses propositions de loi et choisir l’ordre du jour de l’hémicycle de l’Assemblée. Journée spéciale sur l’insoumission : retrouvez la présentation de chacune des 12 propositions de loi insoumises tout au long de la journée. Notre article.

Les prix s’envolent, les salaires ne suivent pas

L’inflation et la vie chère heurtent de plein fouet les classes populaires déjà lourdement fragilisées dans leur niveau de vie par les années Covid en rongeant davantage les ressources des salarié·es et des plus pauvres : en octobre 2022, l’inflation harmonisée a atteint +7,1 % en France, au plus haut niveau depuis une quarantaine d’années ! Elle est portée par l’envolée des prix de l’alimentation (+12% sur un an) et des prix de l’énergie (+19,2%) que tous les consommateurs constatent sur leurs factures comme dans les magasins.

Dans le même temps, les salaires sont à la traîne. D’après le service statistique du ministère du Travail, les salaires réels ont diminué de 2 % en un an ! Les revenus sont de plus en plus déconnectés par rapport aux prix et se répercutent brutalement sur les conditions de vie des ménages au quotidien. Parmi le 10 millions de personnes en situation de pauvreté dans le pays, plus de 2 millions travaillent. Le travail ne paie pas.

Le gouvernement fait tout pour empêcher la hausse des salaires et permettre au capital de profiter de l’inflation

Au lieu de donner un réel coup de pouce au SMIC, le gouvernement préfère écouter le patronat qui veut empêcher toute croissance des salaires. C’est pourquoi il facilite le recours à des dispositifs de contournement du salaire comme la « prime de partage de la valeur », l’intéressement ou encore l’épargne salariale, qui viennent se substituer à des hausses pérennes de rémunération.

C’est aussi le sens des réformes antisociales que le gouvernement multiplie. La réforme de l’assurance-chômage va dégrader le rapport de force pour les salariés qui seront toujours menacés d’être mis au chômage avec des droits rabotés, ce qui poussera les salaires à la baisse. De même, reculer l’âge de départ à la retraite signifie augmenter le nombre de personnes qui recherchent un travail sans augmenter le nombre d’emplois : mécaniquement, cela fait pression sur les salaires.

Pendant ce temps, les dividendes et les salaires des grands patrons se portent bien, et une toute petite minorité d’acteurs captent toujours l’essentiel des profits : les sociétés du CAC 40 ont réalisé en 2021 des profits record de 157 milliards d’euros. Le premiers semestre 2022 est au diapason, avec 73 Mds d’euros de bénéfices. Les dividendes français ont encore battu un record avec plus de 57 Mds d’euros versés aux actionnaires. 

Ainsi, la politique du gouvernement paie pour quelques-uns. Les salaires des PDG du CAC 40 sont eux aussi à leur plus haut niveau : un jour de travail d’un PDG équivaut à 139 jours pour un salarié.

L’urgence de la hausse du SMIC

Les députés insoumis proposent donc que cette hausse des prix ne soit pas supportée par les seuls revenus du travail : c’est une urgence sociale d’augmenter le SMIC, pour permettre aux travailleurs de vivre dignement de leur travail. C’est également une urgence féministe, dans la mesure où 60 % des travailleurs au SMIC sont des femmes.

Avec le SMIC à 1600 euros, 30 % des salariés du secteur privé et 20 % des agents publics vont voir directement leur salaire augmenter. La hausse du SMIC a également pour effet de pousser à la hausse l’échelle des salaires : la classe moyenne bénéficiera donc de cette mesure. La hausse du SMIC doit se conjuguer avec d’autres mesures visant à soutenir les salaires, comme l’indexation des salaires sur l’inflation. Le SMIC augmente dans toute l’Europe, mais Macron fait office de gaulois réfractaire.

Contrairement aux idées reçues colportées par le gouvernement et ses alliés libéraux, a hausse du SMIC n’est pas néfaste à l’économie, au contraire. Non seulement la proposition de loi prévoit un mécanisme de péréquation pour que les grandes entreprises contribuent au financement de la hausse du SMIC dans les petites et moyennes entreprises, mais la hausse du SMIC est nécessaire au pays. Alors que la récession guette le pays pour 2023 et que la consommation des ménages diminue, il faut relancer la consommation populaire par la hausse des salaires pour soutenir l’activité et le carnet de commandes de nos entreprises. Elle apporte aussi une réponse à des tensions de recrutement en rendant plus attractifs certains secteurs qui rechignent à améliorer les conditions dembauche.

L’Assemblée nationale a donc l’occasion d’améliorer grandement les conditions de vie des salariés du pays et de cesser de leur faire payer la note de l’inflation pendant que quelques-uns en profitent, mais il faudra pour cela surmonter l’alliance contre le travail que forment les macronistes, Les Républicains et le RN.