Rames bondées, prix du ticket qui explose, effectifs en chute : à la RATP, c’est la crise

RATP. Les prix du ticket de métro et du passe Navigo devraient augmenter au premier janvier 2023. Le ticket passerait à 2,30 euros l’unité, le passe Navigo mensuel à 90 euros. Les hausses de la honte, dans un contexte de forte inflation. La flambée des prix continue, tandis que le patron des magasins Leclerc annonce un « tsunami d’inflation » en 2023.

La RATP déraille ? Rames bondées, effectifs en chute libre, cadences infernales… En cause ? La dégradation des conditions de travail au sein de la RATP et la privatisation à marche forcée de ce service public. Nommé à sa tête au début du mois, l’ancien Premier ministre Jean Castex a été accueilli par des manifestants au siège de la RATP ce matin : ils réclament des hausses de salaire. Ce changement de direction ne remet pas en cause la politique de casse du service public menée depuis plusieurs années. Au détriment des travailleurs de la RATP, des usagers et des ambitions écologiques que la France devrait avoir. Notre article.

Ticket à 2,30 euros, passe Navigo à 90 euros : en pleine flambée des prix, la hausse de la honte

Les prix du ticket de métro et du passe Navigo devraient augmenter au 1 janvier 2023, alors que l’inflation continue d’exploser. Les hausses de la honte. Le ticket passerait de 1,90 à 2,30 euros, soit une hausse de 21%. Le prix des carnets de ticket augmenterait de 14,90 à 17,90 euros (dématérialisé) et à 20,30 € au lieu de 16,90 € aujourd’hui (papier). De son côté, le passe Navigo mensuel coûterait 90 euros au lieu de 75,20 aujourd’hui. Des informations émanant tout droit… d’une délibération d’Île-de-France Mobilité (IDFM), révélée par BFM Paris. La hausse devrait être actée le 7 décembre.

« Moi, je maintiendrai le passe Navigo à 70 euros parce que je ne jouerai pas avec le pouvoir d’achat des Franciliens », déclarait en 2015 Valérie Pécresse, actuelle présidente de la région Île-de-France, vivement critiquée pour sa gestion des transports franciliens. Raté. Bien que le cas de la RATP soit particulier, les transports sont une compétence clé des régions françaises. Les Français sont déjà pris à la gorge par l’inflation. Elle pourrait d’ailleurs être pire en 2023, comme le dit Michel-Édouard Leclerc, président de l’enseigne.

Pour aller plus loin : « Tsunami d’inflation » : le patron de Leclerc annonce le pire pour 2023

Rames bondées, effectifs en chute libre, cadences infernales : la RATP déraille

Que se passe-t-il à la RATP ? Chaque jour, des quais bondés, des temps d’attente à rallonge, des centaines de personnes compressées comme des sardines dans les rames… Les usagers, comme les travailleurs n’en peuvent plus. « Nous sommes face à des temps d’attente que l’on n’avait jamais vus jusqu’ici, parfois longs de 30, 50, voire 90 minutes », rapporte Marc Pélissier, président de la FNAUT (Fédération nationale des associations d’usagers des transports, ndrl), via Reporterre.

Qui est le responsable ? La dégradation des conditions de travail au sein de la RATP et la privatisation à marche forcée de ce service public. En cause notamment, « le déploiement anticipé, depuis le mois d’août, du Cadre social territorialisé devant aligner la RATP sur les opérateurs auxquels sa filiale privée, RATP Cap Île-de-France, devra disputer les marchés sur le réseau de surface démantelé en « lots » en vue de l’ouverture à la concurrence, au 1er janvier 2025 », détaille l’Humanité. Des salariés témoignent d’une dégradation des conditions de travail depuis plusieurs années.

Casse des conquis sociaux, cadences infernales, salaires comprimés… À force de dégrader les conditions de travail des salariés dans une logique de casse du service public, le retour de bâton arrive rapidement. Les travailleurs sont soumis à de très fortes cadences et exigences de productivité. Pour quelles conséquences ? « Une heure de travail supplémentaire par jour sans compensation financière, des primes passées à la trappe sur de maigres rémunérations, la perspective de perdre à l’année six jours de repos »…

Comment maintenir un service de transport avec des travailleurs harassés, au point d’abandonner leurs postes du jour au lendemain ? « Avec ces nouvelles conditions de travail, les collègues craquent. Il y a un sentiment de trahison de la part de l’entreprise. On a signé pour des règles qui changent en cours de route. Ce qu’on encaissait avant parce qu’il y avait certaines compensations, on ne l’accepte plus. Alors beaucoup préfèrent partir », confie John, à la RATP depuis 15 ans (L’Humanité).

La privatisation à marche forcée et la dégradation des conditions de travail sont responsables de la fuite des salariés, des difficultés pour la RATP à entretenir correctement les rames, les bus, à en assurer le service complet, et in fine de l’état actuel des transports en Île-de-France. « On avait un service public génial, et il est livré à la démolition, comme ailleurs, comme pour la santé, l’éducation. Le public se fait bouffer par le privé, on vend la France, et nous les travailleurs du secteur public on se fait massacrer », déplore Nadia, machiniste au dépôt de Flandre, à Pantin (L’Humanité)

« On va aller le chercher » : l’accueil chaleureux réservé à Jean Castex, nouveau PDG de la RATP

« Traverser la rue pour trouver un emploi », qu’ils disaient. Avoir été Premier ministre permet un recasage facile. Jean Castex, ancien locataire de Matignon, a pris la tête de la RATP après un feu vert du Parlement le 9 novembre. Il succède à Catherine Guillouard, qui elle-même avait pris la suite… d’Élisabeth Borne. Un jeu de chaises musicales dans un circuit fermé.

La Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique avait pourtant émis des réserves à cette possible nomination. Celle-ci avait demandé à l’ex Premier ministre « de s’abstenir de toute démarche auprès de son ancienne équipe gouvernementale pendant trois ans ». L’objectif ? Éviter tout risque de conflit d’intérêts. Jean Castex ne pourrait donc négocier ni avec la Première ministre (Élisabeth Borne), ni avec le ministre des Transports (Clément Beaune) : ils ont tous les deux fait partie de son gouvernement. Lunaire.

Les salariés du groupe RATP ont réservé à Jean Castex un accueil chaleureux. En grève depuis un mois pour demander des augmentations de salaires (+ 300 euros), les salariés de maintenance se sont introduits dans le siège de la RATP. « 300 € par mois pour vivre en Ile-de-France, c’est ce qui manque », selon la CGT-RATP, alors que l’inflation continue sa flambée. « Qu’il descende ! » ont scandé les grévistes entrés dans la salle des négociations salariales.

Un nouveau dirigeant, toujours sur la même ligne : la privatisation à marche forcée, la casse du service public, qui fait du mal à la RATP, à ses salariés, et aux usagers qui n’en peuvent plus. Pour les néolibéraux, moins ça marche, plus il faut continuer dans la même direction.

Face à cette situation, le collectif Stop Galère organise une manifestation devant le Conseil régional d’Île-de-France, le 7 décembre à 9 heures. C’est une campagne d’information et de mobilisation des usagers, animée par les groupes de gauche et écologiste du Conseil régional : la Gauche Communiste, Ecologiste et Citoyenne, le Pôle Ecologiste, la France Insoumise et Apparentés et le groupe Socialiste, Ecologiste et Radical.