Que proposent les insoumis pour réduire les inégalités en Outre-Mer ?

Outre-mer. La France insoumise (LFI) va présenter 12 textes de loi ce jeudi 24 novembre 2022 à l’Assemblée nationale. C’est le jour de sa « niche parlementaire », le seul jour de l’année où un groupe d’opposition parlementaire peut défendre ses propositions de loi et choisir l’ordre du jour de l’hémicycle de l’Assemblée. Parmi les 12 sujets retenus, une proposition de résolution visant à assurer l’égalité effective entre tous les citoyens par un grand plan de développement pluriannuel pour les Outre-mer.

Une proposition de résolution portée par le député LFI Jean-Hugues Ratenon. Cela permettrait d’en finir avec la stratégie politique de saupoudrage et de prendre – enfin – à bras le corps une situation intenable en termes d’inégalités pour nos concitoyens ultra-marins. Notre article.

Journée spéciale sur l’insoumission : retrouvez la présentation de chacune des 12 propositions de loi insoumises tout au long de la journée.

Inégalités dans les Outre-mer : des constats persistants qui s’aggravent

L’examen du budget pour 2023 permet de rappeler le manque de moyens consacrés aux collectivités ultra-marines et que plus de 200 millions d’euros de crédits ont été votés, grâce au front commun des députés ultra-marins de la NUPES. Le Gouvernement est toutefois revenu sur cette solidarité et la plupart de ces avancées. Les enjeux sont pourtant de taille face à la situation intenable qui fait le quotidien des citoyennes et citoyens d’Outre-mer.

Les rapports et études se succèdent pour décrire toutes les inégalités structurelles subies par les ultra-marins et qui, sans action plus sérieuse de l’Etat, ne peuvent en aucun cas se résorber. Ces disparités maintiennent ces collectivités dans un état de relégation où la République n’est plus signe de protection.

En matière de santé, les déserts médicaux ont exacerbé les conséquences de l’épidémie de Covid-19. Un récent rapport de Santé publique France illustre les écarts : sur la période 2010-2019, le taux de mortalité maternelle y a été multiplié par 4. Les hôpitaux sont saturés. Selon la DREES la collectivité qui se rapproche le plus de l’hexagone en termes de lits de médecine, chirurgie, obstétrique et odontologie, la Martinique, est toujours à 12% en dessous. Pour la Réunion l’écart se creuse à -21% et cela va jusqu’à -56% à Mayotte.

L’accès à l’eau potable, droit humain essentiel pour assurer la santé d’un foyer, est empêché par la récurrence des fuites et de la vétusté des réseaux. De la même manière, le droit au logement n’est pas respecté et les logements insalubres et indignes assujettissent les populations à la précarité. Pourtant, 80% des ménages des DROM sont éligibles au logement social mais seuls 15% en bénéficient, faute de places.

La vie chère, problématique ancienne et toujours irrésolue, s’accentue avec l’inflation. La forte dépendance des économies ultra-marines à l’extérieur perpétue les écarts de prix, engraissant des monopoles privés sur le dos des citoyens et du secteur local productif qui ne peut se développer. La pauvreté persistante est 4 fois plus importante à La Réunion que dans l’hexagone. Si les Outre-mer ne représentent que 3% de la population française, ce sont 18% des Français en situation de grande pauvreté qui s’y trouvent. Cet ensemble de facteurs contribuent au maintien de cette situation, où chômage et inégalités de revenus ne font que rendre plus fort l’impact des disparités.

Un grand plan pluri-annuel de développement des Outre-mer pour en finir avec les inégalités et reconnaître la richesse de ces collectivités

Les différents mouvements sociaux qui ressurgissent fréquemment dans les Outre-mer sont le signe du ras-le-bol des citoyens, qui constatent que les différentes politiques déployées par les gouvernements successifs ne sont pas à la hauteur des enjeux. Lorsque les habitants crient à la relégation et à l’indignation, l’exécutif leur répond par le mépris. C’est pourtant l’exigence d’égalité qui porte ces luttes et l’indifférence de l’État normalise son absence.

Les Outre-mer font la richesse de notre République et possèdent toutes les forces naturelles, humaines pour sortir de cette situation. L’action de l’État doit être repensée pour tenir compte de son inefficience actuelle et se donner l’objectif d’un rétablissement de l’égalité entre les citoyens. Elle doit aussi être un levier pour permettre la mise en valeur des ressources locales afin d’aller vers une autonomie socio-économique au sein de la République.

Pour en finir avec ces inégalités injustifiables qui divisent, la stratégie actuelle de saupoudrage ponctuel de crédits doit être remplacée par un grand plan pluriannuel d’urgence sociale et de développement durable des Outre-mer. Un état des besoins réels à engager permettra d’aboutir, pour une fois, à la réussite d’un tel plan. L’Etat doit enfin penser son action au regard des spécificités et besoins particuliers trop souvent exclus de son logiciel. Ce plan devra passer par l’accès aux services publics et aux biens communs, par le développement de l’économie locale pour favoriser l’emploi et lutter contre la vie chère, ce qui se fera par la mise en valeur écologique des compétences et ressources naturelles présentes.