Avortement : le RN et Marine Le Pen fracturés

Avortement. La constitutionnalisation du droit à l’Interruption volontaire de grossesse (IVG) embarrasse le Rassemblement National (RN) et Marine Le Pen. Suite à l’attaque de la Cour Suprême des États-Unis contre l’avortement, la NUPES a annoncé sa volonté d’inscrire ce droit dans la Constitution. Les macronistes ont annoncé une proposition de loi allant dans le même sens le lendemain. Du côté de l’extrême-droite, on fait la moue. Les positions de Marine Le Pen sont très floues concernant l’IVG. Certains députés dénoncent le principe même de l’IVG avec vigueur.

Comment Marine Le Pen peut-elle composer avec des députés d’extrême-droite traditionnalistes, très virulents conte l’avortement ? Le RN se fracture. Les forces réactionnaires représentent toujours un danger pour ce droit fondamental. La priorité est de le protéger des attaques qu’il pourrait subir. Notre article.

Avortement : des députés RN très virulents contre l’IVG

De nombreux députés RN tiennent des propos très virulents à l’encontre de l’avortement. Examinons un florilège de leurs déclarations. Hervé de Lépinau, député RN du Vaucluse, est un militant catholique soutien de la Marche pour la vie. Cette dernière se bat vigoureusement contre l’IVG. Le député a parlé des 40 ans de la loi Veil comme d’un « sinistre anniversaire ». En 2016, il qualifiait l’avortement de « drame humain ». En 2014, il s’est engagé à parrainer des candidats aux élections sénatoriales et présidentielle s’ils s’engageaient à « abroger, à terme, la loi sur l’avortement ». De même pour la députée du Var Laure Lavalette, également porte-parole du RN.

La palme revient sûrement à Christophe Bentz, député RN de la Haute-Marne. En 2011, il affirmait que l’avortement était un « génocide de masse ». Glaçant. Sous le masque, le RN est très loin d’être dédiabolisé. Les personnalités les plus réactionnaires y subsistent encore. Les plus virulents à l’encontre du RN viennent de l’extrême-droite traditionnaliste. Ce sont des catholiques intégristes. Nous vous parlions déjà des différentes tendances de cette famille politique dans nos colonnes. D’autres députés RN ne remettent pas en cause ce droit, mais ils font la moue concernant son inscription dans la Constitution.

Marine Le Pen marche sur des œufs

Qui a parlé d’« avortement de confort » ? Qui a défendu le déremboursement de l’IVG par la Sécurité Sociale ? C’est Marine Le Pen. Aujourd’hui, elle reste floue et évite de faire une déclaration qui lui serait très préjudiciable. Début 2022, elle s’est prononcée contre l’allongement du délai légal de 12 à 14 semaines. Une loi votée par les insoumis. Comment peut-elle composer avec ces positions en interne ? Comment s’accorder avec un groupe parlementaire aux positions aussi hétérogènes sur la question ? La présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale marche sur des œufs.

Marine Le Pen va devoir faire le grand écart dans son groupe parlementaire entre les anti l’IVG et les autres. Certains députés RN préfèrent plutôt le statut quo. Ou comment mettre dans l’embarras l’extrême-droite sur un sujet aussi important que le droit des femmes à disposer pleinement de leurs corps. « Ce n’est pas l’actualité française », « Cela regarde les États-Unis, pas nous » : les arguments favoris des députés RN pour refuser de se positionner sur cette question cette semaine. Ils n’arriveront pas à masquer la fracture qui se crée au sein de leur parti. Plus que jamais, le droit à l’avortement doit être inscrit dans la Constitution pour être protégé de ceux qui pourraient encore le menacer en France en 2022.