De quoi les sorties de Montebourg sont-elles le symptôme ?

Pour 38 millions de françaises et de français, le 10 du mois, il ne reste que 55 euros pour finir le mois selon une étude de RMC. Un chiffre parmi tant d’autres qui donne une photographie de l’état de pauvreté dans notre pays. Un phénomène qui s’aggrave et qui se cumule avec bien d’autres difficultés et inégalités : accès aux soins, aux services publics, précarité énergétique… Pourtant, l’obsession médiatique n’est pas celle-ci. Sur bon nombre de plateaux TV et sur les ondes, la zemmourisation des débats s’installe. Pire encore, le poison xénophobe et haineux contamine une bonne partie de la classe politique.

À droite, si sur le plan économique et social, les classes populaires n’ont rien à attendre, on ne peut qu’être désapointés par le fait que la droite dite républicaine se perde dans la surenchère et dans le concours Lépine des idées d’extrême droite. Désapointés donc mais finalement pas très surpriss au regard des lignes rouges déjà franchies depuis l’époque de N. Sarkozy. Rappelons-nous du fameux karcher du ministère de l’identité nationale et des sorties des sieurs Besson et Hortefeux.

Du côté de la droite macroniste, le barrage étant devenu viaduc, là non plus, quel que soit le sujet, il n’y a rien à attendre si ce n’est encore des saignées et des sacrifices sur fond liberticide.

À gauche, la dernière sortie d’A. Montebourg a de quoi consterner. Dimanche dernier sur LCI, le candidat de la Remontada annonce vouloir bloquer les transferts de fond des particuliers à destination des pays non coopératifs dans nos procédures d’expulsion. Dans la foulée, il sème la confusion assimilant porteur d’OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français) à la délinquance voire au terrorisme. Faut-il rappeler à M. Montebourg qu’une OQTF n’est pas une condamnation mais une décision administrative n’ayant dans la plupart du temps aucun rapport avec une quelconque infraction.

Ni une, ni deux, E. Zemmour félicite A. Montebourg sur les réseaux pour cette mesure que lui-même et Marine Lepen portent. La bataille culturelle des idées nauséabondes a franchi un nouveau pas.

Deux jours plus tard, sur LCP, devant le tollé à gauche et dans les rangs de ses propres soutiens, A. Montebourg avoue s’être mal exprimé, s’en excuse, précise vouloir viser les États et non les individus. Pour autant, son mea-culpa n’ira pas jusqu’à exprimer clairement, malgré les demandes répétées des journalistes, le retrait de cette mesure profondément injuste, stigmatisante et inefficace. Car en effet, on ne vise pas des États en punissant des individus et en affamant des familles entières.

Comme si cela ne suffisait pas, on découvre dans les propositions d’A. Montebourg, la volonté de créer un « contrat au long cours » pour les étrangers, « les engageant à l’apprentissage de notre langue, de nos règles et de nos mœurs, à la formation professionnelle et à l’exercice d’un emploi. Le suivi du contrat est contrôlé. Le non-respect du contrat conduit à l’expulsion. » Comme N. Sarkozy à l’époque, comme E. Zemmour et M. Lepen le défendent, A. Montebourg serait-il donc un partisan de l’assimilation ? L’étranger est donc celui que l’on doit surveiller pour contrôler ses mœurs, sa langue et sa qualification ? Tout en le menaçant d’expulsion ?

S’il paraît évident, à qui est sensible aux valeurs humanistes, de partage et de solidarité, que ces prises de position sentent salement la vase, plus globalement, il y a lieu de comprendre le mal qui ronge notre société et dont elles sont le signe. Mais A. Montebourg n’est pas le seul de ces candidat.es à la présidentielle à céder aux sirènes de la zemmourisation des débats.

Rappelons-nous de Fabien Roussel, de Yannick Jadot, d’Anne Hidalgo et tant d’autres, défilant aux côtés de policiers factieux devant l’Assemblée Nationale. Rappelons-nous également des prises de positions de Fabien Roussel en matière de sécurité et d’immigration qui ont pu choquer jusque dans ses propres rangs. L’histoire de la gauche contemporaine serait-elle de courir après la droite et l’extrême droite pour exister ?

En réalité ces stratégies revêtent une faute politique grave et une erreur d’analyse de l’électorat populaire. Faute politique car par opportunisme politique, ces candidat.es abandonnent la bataille culturelle du camp progressiste. En cédant aux coups de boutoirs de la droite et de l’extrême droite, c’est tout un corpus idéologique partageux qu’ils fragilisent au profit d’un corpus idéologique identitaire et nauséabond.

À contrario, partage des richesses, justice sociale et fiscale, libérer l’individu du temps contraint, écologie populaire, souveraineté populaire, ces idées sont fortes. Elles sont le bon sens. Il y a lieu de garder la ligne et de les défendre contre vents et marées.

Erreur d’analyse des attentes des français.es ensuite. Il n’est pas vrai de dire que le principal souci de nos concitoyens seraient le grand remplacement. Un fantasme théorisé par des idéologues d’extrême droite. Les faits en témoignent, les études le confirment. Nos concitoyens peinent à se nourrir, se chauffer, à remplir le plein de leur voiture pour aller travailler. Leur souci, c’est le pouvoir d’achat, c’est la crise sociale qui ronge notre pays. Là encore, en cédant aux sirènes de la droite et de l’extrême droite, ces candidats pensent attirer à eux un électorat aux aspirations qui seraient majoritairement identitaires et non sociales. A. Montebourg, comme bon nombre d’autres candidat.es déclarés, se trompe lourdement sur les préoccupations du pays et n’a donc rien compris à l’état du pays.

La France a faim. L’urgence climatique est là. Dans ce contexte, il faut garder le cap. Celui du partage des richesses, celui de se préparer pour faire face aux grands enjeux de notre temps. Il revient donc à celles et ceux qui se réclament de la gauche et donc du camp progressiste de battre en brèche l’obsession médiatique ambiante qui souhaite imposer dans la campagne les thèmes de l’extrême droite.

Face à l’accaparement de tout par quelques uns, seule l’Union populaire peut s’imposer et faire que les jours heureux reviennent. Avec un candidat, Jean-Luc Mélenchon, un programme, L’avenir en commun et une équipe, elle est aujourd’hui le seul rempart solide et prêt à gouverner face à la droite républicaine et macroniste qui prônent toujours plus de sacrifices et d’austérité et face à l’extrême droite qui porte la haine de l’autre en étendard.

Etienne de la Boétie déclarait : « Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. » Alors levons-nous et continuons à défendre nos idéaux. Quoiqu’il en coûte.

Par Séverine Véziès.