Covid : les profs et chefs d’établissements au bout du rouleau

Au bout du tunnel, enfin, les vacances scolaires sont arrivées comme une libération ce mardi 6 juillet 2021. Mais l’année écoulée a laissé de profondes traces sur le corps enseignant. Épuisement, burn-out, arrêt maladie, lassitude, grosse fatigue, dépression : les profs et les chefs d’établissements sont au bout du rouleau. Notre article.

Deux ans après le suicide de Christine Renon, 80% des chefs d’établissement en « dépression », près de 13% ont des « pensées suicidaires »

Il y a deux ans, Christine Renon, directrice d’école à Pantin en Seine-Saint-Denis, épuisée, mettait fin à ses jours dans son école. Une vague de soutien et de ras-le-bol du corps enseignant se soulevait, attirant pour un temps un peu de lumière sur l’épuisement dans l’éducation nationale. Deux ans plus tard, le constat est alarmant.

Les premiers résultats d’une étude publiée en juin 2021 révèlent que les chefs d’établissements sont au bout du rouleau. Cette enquête, commandée par le syndicat des chefs d’établissements SNPDEN-Unsa à l’ancien inspecteur de l’Education nationale Georges Fotinos et à José Mario Horenstein, médecin psychiatre, a porté sur 4 423 chefs d’établissements. Le constat est sans appel : 3 chefs d’établissement sur 4 ont admis ressentir « une baisse de leur moral », 80 % d’entre eux ont exprimé un «abattement» ou un sentiment de «dépression». 12,6 % ont reconnu avoir eu des «pensées suicidaires ou d’automutilation» au cours de l’année écoulée. La situation est grave.

Les profs épuisés

La gestion du Covid par le gouvernement, et le maintien de l’ouverture des écoles quoi qu’il en coûte, a broyé le corps enseignant. « En demi-jauge, on s’occupait d’un groupe et quand on rentrait à la maison, il fallait gérer l’autre groupe en envoyant le cours et en répondant aux questions. Ça a doublé mon temps de travail » témoigne ainsi une jeune enseignante à Libération, qui ne compte plus le nombre de crises de larmes survenues en rentrant chez elle.

Arthur, professeur de sciences économiques et sociales bientôt à la retraite, a été récemment arrêté une semaine pour malaise vagal, à cause d’un «stress excessif» : « On a été sans cesse culpabilisés avec un ministère qui joue l’opinion contre ces feignasses de profs qui voudraient fermer les classes. Sauf que beaucoup ont vécu plutôt ça comme : on ferme tout, sauf les classes, pour avoir une grande garderie nationale, et tant pis si on sacrifie les profs ».