Total renommé TotalEnergies ? Le greenwashing est total

Ce vendredi 28 mai lors de son assemblée générale, Total va présenter une résolution sur le climat à ses actionnaires : le groupe pétrolier proposera à ses actionnaires d’approuver sa transformation vers une entreprise « multi-énergies » qui s’engage dans la transition énergétique. Total doit être renommé TotalEnergies. Une opération visant à faire oublier son bilan écologique et social désastreux. Alors que Total veut faire croire qu’il est un groupe écologiste, il s’agit plutôt d’une grossière tentative de greenwashing. Notre article.

Si Total dit vouloir permettre aux investisseurs de s’exprimer sur la stratégie de transition énergétique de l’entreprise, il semblerait que la présentation de sa feuille de route sur le climat soit davantage un moyen de devancer les critiques de certains de ses actionnaires. En effet, l’épisode des actionnaires frondeurs au sein de Total en 2020 a laissé des traces. En avril 2020, 11 investisseurs, portés par la Banque postale Asset Management, le Crédit Mutuel et Meeschaert, avaient déposé une résolution proposant de modifier le modèle économique du groupe afin qu’il soit compatible avec les objectifs de l’accord de Paris. Le 29 mai 2020, la résolution de ces actionnaires est rejetée : seuls 16,8% votent pour.

Selon Greenpeace et Reclaim Finance, la résolution sur le climat portée par le groupe est une « tentative de Total pour contrer une possible résolution d’actionnaires sur le climat ». Pour L. Pinson de Reclaim Finance, « un vote positif (sur sa feuille climat) donnera la légitimité à l’entreprise de poursuivre sa politique des petits pas, sans réduire sa production d’hydrocarbures et ses activités dans les énergies fossiles ».

Les deux principaux éléments des annonces de Total sont les suivants : l’objectif affiché d’atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050 et le changement de nom en TotalEnergies. Il s’agit d’une vaste stratégie de communication visant à faire oublier le poids des énergies fossiles. Cela démontre également que le nom Total est connoté et n’a plus d’autres choix que d’investir dans la communication pour cacher son sombre bilan environnemental et social.

Pour Reclaim Finance, si les ONG ne contrent pas la communication de Total, on pourrait croire que Total fait des énergies vertes. L’objectif affiché d’une neutralité carbone d’ici à 2050 est toutefois complètement hypocrite, au vu de l’empreinte environnementale du groupe, dont les activités tournent essentielles autour des énergies fossiles.

En 2019, les activités de Total ont généré 450 millions de tonnes de CO2 équivalent, soit autant que les émissions de gaz à effet de serre de la France. Pour 1 baril d’énergie renouvelable, sont produits 447 barils d’énergie fossile. Entre 2015 et 2020, 90% des investissements ont été destinés à des projets en énergies fossiles, les 10% n’allant pas nécessairement vers les énergies renouvelables.

Et la tendance n’est pas prête de s’inverser. Entre 2026 et 2030, Total prévoit de réserver 80% des investissements à la production de gaz et de pétrole. Total mise sur une hausse de la demande énergétique et ne prévoit pas de baisse anticipée de la demande en hydrocarbures avant 2030. Total prévoirait d’augmenter la production de pétrole et de gaz d’environ 15% d’ici à 2030, selon une étude de Carbone 4 de 2020. La part du gaz dans le mix de Total augmenterait et « pourrait représenter près de 60% » de la production d’hydrocarbures, indique Total.

Cela va à l’encontre des objectifs de l’Accord de Paris mais aussi du dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), paru le 18 mai. L’AIE affirme qu’il faut arrêter d’investir dans de nouveaux projets d’énergies fossiles. Total n’a visiblement pas reçu le message. Une opération de greenwashing totalement démasquée.