À quelques semaines de la rentrée, une promesse de campagne devient réalité à Saint-Denis. Mercredi 5 août, le maire LFI Bally Bagayoko a annoncé que les élèves des écoles primaires publiques de Saint-Denis et de Pierrefitte-sur-Seine bénéficieraient gratuitement de leurs fournitures scolaires à la rentrée 2026. Chaque enfant recevra ainsi un kit de rentrée dès le premier jour d’école.
Cahiers, crayons, matériel scolaire : les familles n’auront plus à supporter seules le coût de ces achats indispensables au moment où les dépenses de rentrée s’accumulent. La mesure faisait partie des engagements pris par Bally Bagayoko pendant la campagne municipale. Son programme prévoyait de « créer un kit de rentrée en école primaire comprenant une prise en charge des fournitures scolaires nécessaires ».
La mesure s’ajoute à toutes les autres déjà prises par les maires insoumis depuis leur entrée en fonction. Face à la canicule, les maires insoumis se sont illustrés par des actions directes telles que la gratuité des piscines et l’ouverture de refuges fraicheurs. La gratuité des fournitures scolaires s’ajoute au tableau, et préfigure l’autre monde proposé par Jean-Luc Mélenchon dès 2027. Notre article.
Quand l’argent public revient directement aux familles
Derrière cette mesure très concrète se trouve une question politique fondamentale : à quoi doit servir l’argent public ? Pour une famille populaire, la rentrée scolaire représente une série de dépenses supplémentaires qui peuvent rapidement peser sur le budget. Lorsque plusieurs enfants sont scolarisés, les factures s’accumulent.
La logique est celle de la gratuité : plutôt que de laisser chaque famille payer séparément pour un besoin commun, la collectivité met en commun ses ressources pour garantir les mêmes droits à chacun.
Une mesure qui s’inscrit dans un projet plus large
Cette politique ne tombe pas du ciel. Elle correspond au projet défendu pendant la campagne municipale par Bally Bagayoko, qui plaçait notamment l’éducation et la jeunesse parmi les priorités du mandat.
Le programme de la majorité municipale prévoyait ainsi plusieurs mesures concernant directement les enfants : présence renforcée d’ATSEM, rénovation et isolation des écoles, amélioration du périscolaire, alimentation biologique ou encore accompagnement des enfants en situation de handicap.
La gratuité des fournitures constitue donc l’un des éléments d’une politique plus globale : faire de la commune un véritable outil de protection et d’émancipation. Et cette volonté commence à se traduire dans les actes. Fin juin, le conseil municipal a adopté le dispositif permettant à 1 000 jeunes de 15 ans ou scolarisés en troisième de bénéficier gratuitement d’un vélo et d’équipements associés. Le dispositif représente 300 euros par bénéficiaire et comprend notamment le vélo, un casque et un antivol.
En quelques mois, deux promesses emblématiques de campagne sont ainsi mises en œuvre : des vélos pour les collégiens et des fournitures pour les enfants du primaire.
La gratuité, un choix politique qui dérange
Ces mesures ont évidemment suscité des critiques à droite et à l’extrême droite. Comme souvent lorsqu’une collectivité décide de consacrer de l’argent public à des services gratuits, les mêmes accusations reviennent : « dépenses inutiles », « gaspillage », « gouffre financier ». Mais cette polémique pose surtout une autre question : qu’est-ce qu’une dépense utile ?
Acheter du matériel scolaire pour des enfants est-il une dépense inutile ? Permettre à un jeune d’avoir un vélo pour se déplacer est-il un gaspillage ? Ou faut-il considérer que l’argent public est justement utile lorsqu’il permet à des habitants d’accéder à des biens essentiels, répondant à leurs besoins, sans que leur niveau de revenu ne détermine leurs possibilités ? Pour les libéraux, tels qu’Eric Ciotti, les familles populaires et leurs besoins ne sont pas une priorité. Comme maire de Nice, il a décidé cet été d’annuler la gratuité des fournitures scolaires dès la rentrée prochaine.
A l’inverse, le choix de Saint-Denis est clair et préfigure les contours de ce que sera la société insoumise après la victoire de Jean-Luc Mélenchon : l’argent de la collectivité doit servir à améliorer concrètement la vie des habitants.
Ce choix prend d’autant plus de sens dans un territoire populaire comme Saint-Denis-Pierrefitte. La municipalité rappelle elle-même faire face à d’importantes contraintes budgétaires et à des pertes de ressources, tout en alertant l’État sur les besoins considérables du territoire, notamment dans les écoles. Il ne s’agit donc pas de prétendre que la gratuité résoudra toutes les difficultés. Il faut au contraire rappeler qu’une politique municipale ne peut pas compenser à elle seule le désengagement de l’État ou le sous-financement chronique des services publics. Mais elle peut montrer qu’une autre utilisation de l’argent public est possible.
Faire de l’égalité une réalité
À Saint-Denis, la gratuité des fournitures scolaires est finalement une mesure simple : à la rentrée, les enfants auront leur matériel sans que leurs parents aient à sortir leur carte bancaire pour chaque cahier ou chaque crayon. Mais derrière cette simplicité se trouve une conception exigeante de l’égalité. L’égalité, ce n’est pas seulement donner théoriquement les mêmes droits à tout le monde. C’est aussi donner à chacun les moyens réels d’en bénéficier.
C’est précisément le rôle que peut jouer une collectivité lorsqu’elle décide de mettre ses ressources au service des habitants. Pendant que certains responsables politiques expliquent qu’il faudrait toujours dépenser moins, Saint-Denis fait un autre choix : dépenser pour les enfants, pour les familles et pour les services publics. Et c’est peut-être cela que la polémique autour de ces fournitures gratuites révèle le mieux. Derrière quelques cahiers et quelques crayons se joue une question beaucoup plus vaste : voulons-nous d’une société où chacun doit payer individuellement pour accéder à ce dont il a besoin, ou d’une société où nous décidons collectivement de garantir certains biens essentiels? À Saint-Denis, pour la rentrée 2026, la réponse est donnée : les fournitures scolaires seront gratuites. Et l’égalité commence aussi par là. Une préfiguration de la révolution citoyenne qui commencera en 2027.
Elias Peschier