Néonazisme : la bête immonde au sein de l’armée française

Croix gammées, saluts nazis, insignes et tatouages faisant référence au IIIe Reich, voici un ensemble d’ignominies qui devraient ne figurer que dans les livres d’Histoire, et qui pourtant existent dans les rangs des militaires français. C’est ce que montre une enquête de Médiapart, publiée le mardi 16 mars 2021, qui vient compléter une première investigation menée en juillet 2020 par le journal en y rajoutant plus de 50 nouveaux cas de néonazis dans l’armée.

Des néonazis dans l’armée française 

Les révélations de Médiapart mettent en lumière des cas de militaires arborant fièrement leur appartenance au néonazisme, mouvance d’extrême droite héritière de l’idéologie mise en place par Adolf Hitler dans l’Allemagne des années 1930. Cette idéologie, qui a marqué d’une empreinte sombre et indélébile l’histoire de l’humanité, se retrouve à présent sortie de son caveau immonde pour tenter d’infester une partie de l’armée française. Un problème de taille pour le gouvernement français. La formation de ce genre de groupuscules favorise l’expansion de cette idéologie, dans une institution où l’extrême droite est déjà très présente, comme l’a montré en 2019 une étude de la fondation Jean Jaurès.

C’est au sein de la Légion étrangère que l’on compte le plus grand nombre de militaires néonazis, mais d’autres corps sont touchés : le journal d’investigation révèle que « le 3régiment de parachutistes d’infanterie de marine (3RPIMa), le 35régiment d’infanterie (35RI) et le 132e régiment d’infanterie cynotechnique (132e RIC) sont concernés » . Un mal qui menace le bon fonctionnement de l’armée française.

Des images choquantes, publiées à la vue de tous 

L’ensemble de l’enquête de Médiapart repose sur des images postées par les militaires néonazis eux-mêmes, directement sur leurs réseaux sociaux. Les images sont nombreuses, et ont permis à Médiapart d’identifier une cinquantaine de néonazis.

Attention, certaines images peuvent choquer

Parmi les images publiées par les militaires, on retrouve tous les signes de la mouvance néonazie : croix gammées, runes celtiques, des « 88 » (signe faisant référence à la 8ème lettre de l’alphabet, le H, pour Heil Hitler), et autres slogans nazis à peine déguisés. Bien sûr, certains se croyant plus malins que les autres abordent des signes qu’ils pensent moins connotés, plus discrets, qui n’échappent pourtant à personne. C’est le cas du sergent Victor G, qui arbore un tatouage « C3C » qui veut dire « Cigale 3 Grammée » : un jeu de
mots permettant de dire « Sieg Heil croix gammée ».

On y voit également Nikita H, un caporal dans la Légion étrangère prenant la pose comme Adolf Hitler face à la tour Eiffel. Dans une autre vidéo, en pleine opération au Sahel dans le cadre de l’opération Barkhane, Nikita H force un enfant noir à faire des pompes tout en l’insultant. Il incite également des enfants noirs en Guyane à accomplir le salut nazi en prononçant « Sieg Heil  ». Des images ignobles qui tournent à la vue de tous, et qui pourtant, semblent passer sous le nez des autorités.

Le gouvernement : une réaction sans action

L’enquête de Médiapart interpelle : comment le gouvernement a-t-il pu laisser passer de telles horreurs au sein même de l’armée ? Les preuves étaient pourtant là, directement accessibles sur les réseaux sociaux. Si des journalistes peuvent les voir, peut-on croire que ce n’est pas le cas de la Direction du renseignement et de la sécurité de la Défense (DRSD) ?

La ministre des Armées, Florence Parly, s’est exprimée sur les révélations de Médiapart. La ministre a jugé « très graves » les faits montrés par le site d’informations, désignant ces comportements comme « totalement inadmissibles ». Elle a également indiqué que « toutes les idéologies néfastes, nauséabondes, révisionnistes, extrémistes sont proscrites dans les armées ». En effet, dans l’armée française qui est républicaine, le code du soldat institué en 1999 stipule que le militaire doit « servir la France et les valeurs universelles dans lesquelles elle se reconnaît ». Il n’y a donc pas de place pour l’idéologie nazie, interdite en France.

La ministre ajoute cependant que ce « sont le fait de dérives individuelles ». Dans la même logique, le ministère des Armées est allé dans le sens des mots de la ministre, relativisant l’impact de cette affaire sur l’armée française. Selon eux, une douzaine de militaires mis en cause par l’enquête ne serait plus liée à l’armée. D’autres militaires auraient effectivement été proches de ces mouvances mais avant leur entrée dans l’armée, notamment dans le cadre du recrutement de la légion étrangère qui donne une seconde vie aux personnes y postulant. Enfin, le ministère des armées met en doute le lien entre certain militaires et le néonazisme, faute de preuve. Sur la cinquantaine de cas révélée par le site d’information, ce ne sont que sept cas qui ont été pris au sérieux par le ministère des armées. Ils s’ajoutent aux sept autres militaires néonazis qui avaient été sanctionnés suite à la première enquête de Médiapart.

Une réaction sans réelle action donc, puisque les documents délivrés par Médiapart contredisent les arguments avancés par le ministère des armées concernant la plupart des cas de néonazisme : C’est le cas de Teddy M, un sous-officier du 2e régiment étranger parachutiste (2eREP), qui est toujours militaire malgré ses tatouages nazis qui lui avaient valu une sanction, comme le prouve une photo publiée le 1er février 2021, prise dans le bar de la caserne du 2e REP.

Ces révélations n’ont pas tardé de faire réagir. Le groupe parlementaire insoumise à l’Assemblée nationale, a appelé à agir « pour mettre fin à toutes les petites lâchetés et à la complaisance dont bénéficie parfois l’extrême-droite jusque dans la majorité » tout en précisant que « l’armée française doit être républicaine ou bien elle n’est plus l’armée des Français. »

Par Karl Tomasi