Le Pass Culture ne fonctionne pas ? Les macronistes décident de le généraliser !

La ficelle utilisée par les macronistes laisse sans voix : on a appris avec stupéfaction il y a quelques jours que le Pass culture, dont l’inefficacité est constatée par tout le monde, allait être non seulement généralisé en 2021, mais également intégré dans un “parcours d’éducation artistique et culturelle” !

On lit en effet dans Le Monde du 17 janvier que « des discussions se tiennent actuellement avec le ministère de l’Éducation nationale pour mettre en place un dispositif assurant une meilleure utilisation du Pass. Afin de favoriser une diversification des pratiques culturelles, plusieurs scénarios sont sur la table : au lycée, des professeurs pourraient être appelés à devenir des « référents Pass culture » pour guider les élèves en leur proposant, par exemple, des listes de prescription ».

L’étonnement ne fait que s’accroître quand on sait que Roselyne Bachelot, ministre de la Culture, avait elle-même pointé les “fragilités du dispositif” et sa dimension avant tout marchande. Pour un retournement de veste, c’en est un, puisqu’elle présente désormais le Pass culture comme étant « un formidable outil d’émancipation ».

Un dispositif inefficace et délétère

Or, les problèmes posés par ce dispositif sont toujours les mêmes, ainsi que le pointait le député insoumis Michel Larive en commission des affaires culturelles à propos de la mission « Culture » du projet de loi de finances 2021. Il soulignait le constat partagé de l’inefficacité de ce dispositif, emblématique du programme Culture du candidat Macron. Il montrait également que ce Pass « profite essentiellement aux entreprises qui véhiculent une culture de consommation de masse et participe de la marchandisation de la culture ». Sa nature même est donc foncièrement problématique, dans la mesure où son financement provient à 80% du secteur privé et où les géants hégémoniques du numérique sont mis en avant.

Ainsi, comme c’est le cas avec la crise du Covid, le Pass culture est un accélérateur d’inégalités pour les industries culturelles : les indépendants voient leur situation critique s’aggraver quand les entreprises dominantes se consolident. Le projet du gouvernement en matière de politiques culturelles apparaît clairement : les arts et la culture ne sont qu’un marché comme un autre où les premiers de cordée doivent rester les mastodontes de la consommation.

L’idée de ce Pass culture est en elle-même problématique, et la gabegie d’argent qu’il génère est particulièrement scandaleuse quand on sait que les travailleurs de l’art sont dans une situation d’immense précarité suite à la crise du Covid 19 et à la fermeture des lieux culturels.

Mépris des enseignants, absence de vision d’ensemble

Nombre de voix s’étaient légitimement élevées pour dénoncer l’absence d’accompagnement et de médiation, et avaient eu raison de le faire. Cependant, on ne saurait croire que l’éducation artistique et culturelle puisse se limiter à un fléchage par les enseignants. D’abord, ils et elles sont épuisés par la surcharge de travail causée par la réforme du Bac, par le Covid-19 et par la surdité du Ministère de l’Éducation nationale, qui cherche à les enfumer avec son Grenelle. Ensuite, leur métier ne consiste pas à pallier l’absence de conception globale d’une politique cohérente d’éducation artistique et culturelle. Enfin, il est urgent de cesser les bricolages : nous ne sommes pas des consommateurs de biens culturels, et la culture n’a rien à voir avec une entreprise de divertissement, comme s’obstine à le penser le gouvernement à travers ce dispositif. Une réelle politique d’éducation artistique et culturelle doit être mise en place bien avant l’âge de 18 ans : elle doit exister de la maternelle à l’entreprise !

Ensuite, au-delà du sujet de la médiation, ce dispositif du Pass culture ne saurait répondre aux problèmes structurels de l’accès différencié aux arts et à la culture : rappelons que seulement 25 % d’ouvriers, en regard de 60 % des cadres, vont au musée dans l’année, et que les lieux de création et de diffusion se raréfient et se concentrent dans les métropoles, laissant perdurer des déserts de dispositifs culturels dans les banlieues et les villages. Tout cela montre bien qu’avec ce « pass », le droit à la culture et la démocratisation culturelle ne sont que des mots creux.

Pour une réelle politique d’éducation artistique et culturelle

Face à cela, le mouvement La France insoumise défend une idée simple : dans une démocratie la liberté d’expression et l’accès aux biens de l’Humanité, au nombre desquels se placent les œuvres de l’esprit, les arts et le patrimoine naturel, doivent être garantis à l’ensemble de la population.

Cet accès ne saurait s’accommoder de la marchandisation de la culture, qui représente une insupportable violence contre l’esprit. C’est pourquoi il est proposé de libérer les affaires de l’esprit de l’esprit des affaires, et de sortir enfin de l’emprise de la seule logique financière et du tout économique qui se sont imposés dans la culture comme partout. Or, ce que le Pass culture reconduit et amplifie, ce sont ces logiques.

Le mouvement créé par Jean-Luc Mélenchon propose d’arrêter la spirale de concentration qui s’est emparée de l’économie de la Culture (livre, musique, cinéma, jeu vidéo…), et d’amorcer un rééquilibrage en faveur des petits et moyens intervenants, et de l’économie sociale et solidaire tout en repensant la culture au prisme de l’horizon de la gratuité.

Face à l’amateurisme dispendieux et inefficace de cette politique de gribouille des macroniens, la France insoumise propose de faire de l’éducation artistique une vraie priorité de la maternelle à l’université, jusqu’en entreprise.

L’Éducation nationale et tous les établissements scolaires (écoles, collèges, lycées) ont évidemment un rôle essentiel à jouer. C’est pourquoi l’Avenir en commun (le programme des insoumis) propose de jumeler chaque établissement scolaire à au moins un établissement culturel dans des projets profitant à tous les élèves, d’encourager les pratiques artistiques collectives et de favoriser la médiation socioculturelle dans ces établissements.

En conclusion, afin de faire un véritable cadeau à la jeunesse, LFi propose d’investir dans les services publics des arts et de la culture, pas dans un pass ridicule et consumériste ni dans l’agence de communication Havas qui en fera la publicité. Le plan de loi de finances 2021 prévoit un budget de 59 millions d’euros pour le Pass Culture. Une somme importante, qui devrait être investie dans les dispositifs d’éducation artistique et culturelle publics qui n’attendent que d’avoir les moyens d’accomplir leur travail. Enfin, pour que les services publics de la culture puissent réellement accomplir leurs missions essentielles et vitales, ce n’est pas 59 millions de plus qu’il faut, mais comme le propose La France insoumise que l’investissement public en matière de culture soit porté à au moins 1% du PIB.

Par Victoire Diethelm.