Macron dresse le tapis rouge au dictateur égyptien al-Sissi

Emmanuel Macron reçoit ce lundi 7 décembre le dictateur égyptien Abdel Fattah al-Sissi. Les associations défenseuses des droits humains condamnent le « tapis rouge déroulé à un dictateur ». Al-Sissi emprisonne actuellement 60 000 prisonniers politiques dans les prisons égyptiennes. Humoristes, journalistes, avocats, médecins… le moindre post Facebook peut vous envoyer en prison en Égypte. 49 personnes ont été exécutées lors du seul mois d’octobre. Mais il semblerait qu’Emmanuel Macron fasse passer les juteuses ventes d’armes avant les droits de l’homme.

Humoristes, journalistes, avocats, médecins… le moindre post Facebook peut vous envoyer en prison en Égypte

« On est stupéfait que la France déroule le tapis rouge à un dictateur alors qu’il y a plus de 60.000 détenus d’opinion aujourd’hui en Égypte ». Ces mots sont ceux d’Antoine Madelin, un des responsables de la FIDH (Fédération internationale des droits humains). Avec 16 autres associations, dont Amnesty International, la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) ou encore l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), la FIDH et la France insoumise réprouvent la visite d’État du dictateur égyptien Abdel Fattah al-Sissi pour trois jours en France à partir de ce lundi 7 décembre 2020.

Al-Sissi gouverne l’Égypte d’une main de fer depuis 2014. L’armée est omniprésente, partout, tout le temps. La répression est totale. La moindre critique contre le maréchal al-Sissi ? La prison. Et bien souvent la torture. Humoristes, journalistes, caricaturistes, avocats… le moindre post Facebook peut vous envoyer en prison. Comme pour ces médecins égyptiens ayant critiqué la gestion sanitaire de l’épidémie de Covid-19. Les associations estiment donc à 60 000 le nombre de prisonniers politiques dans les geôles égyptiennes. Le simple mois d’octobre a vu 49 personnes se faire exécuter en Égypte.

La lutte contre le terrorisme comme prétexte pour la dictature

Abdel Fattah al-Sissi est le liquidateur des espoirs nés de la révolution égyptienne de 2011. Des espoirs de la jeunesse égyptienne en pleine explosion démographique. Arrivé au pouvoir après avoir renversé les frères musulmans et Mohamed Morsi par un coup d’État militaire en 2013, le maréchal a été élu en 2014 (avec 96% des voix, dans une élection très controversée) contre les islamistes. Mais le maréchal se sert de la lutte antiterroriste comme prétexte pour réprimer férocement toute opposition. Les prisons égyptiennes surpeuplées sont d’ailleurs des lieux de propagation de l’idéologie djihadiste et la politique égyptienne de lutte contre le djihadisme dans le Sinaï est un échec. La répression aveugle du régime, les brutalités envers les civils, fournissent sans cesse aux jihadistes de nouvelles recrues

« Le président Abdel Fattah al-Sissi est soutenu par une junte militaire qui n’a pour objectif que d’organiser un système répressif alimenté par une torture généralisée dans les prisons » dénonce la FIDH. Les associations défenseuses des droits de l’homme dénoncent notamment, outre les 60 000 prisonniers politiques, les exécutions, la torture, la censure, le contrôle de la presse, de la télévision et des éditeurs, la répression contre l’Initiative égyptienne pour les droits personnels (EIPR) mi-novembre. Trois membres de l’EIPR ont ainsi été libérés suite à la pression internationale avant la venue du dictateur égyptien en France. Mais les 17 associations pour les droits de l’homme ne sont pas dupes. « L’Égypte reste une dictature, si deux ou trois personnes sont libérées aujourd’hui, d’autres seront arrêtées la semaine prochaine. »

La France, un des principaux fournisseur d’armes à l’Égypte

Alors pourquoi Emmanuel Macron dresse-t-il le tapis rouge à Abdel Fattah al-Sissi ? Selon les 17 associations et ONG militantes pour les droits de l’homme : « La France a vendu quantités d’armes à l’Égypte, devançant les États-Unis pour devenir le principal fournisseur d’armes du pays entre 2013 et 2017. » Les sommes sont astronomiques. Pour la seule année 2017, la France a livré pour plus de 1,4 milliard d’euros d’équipements militaires : navires de guerre, avions de chasse, véhicules blindés, technologies de surveillance et de contrôle des foules. Des équipements fournis à l’armée et la police égyptiennes impliquées dans de graves violations. On pense ici au scandale et à la honte absolue pour notre pays, qui, dans la même logique, a vendu des armes à l’Arabie saoudite qui auraient servi à massacrer des civils au Yémen. Les députés de la France insoumise ont demandé à deux reprises l’ouverture d’une commission d’enquête pour savoir si ces armes françaises ont pu servir à commettre des crimes de guerre au Yémen. Sans succès.

En 2015, la France a vendu à l’Égypte quelque 24 rafales, ces fameux avions de combats français fabriqués par Dassault, ainsi qu’une frégate multimissions et des missiles longue et courte portée. Un contrat estimé à 5,2 milliards d’euros. Voilà pourquoi Emmanuel Macron reçoit en grande pompe le dictateur égyptien, comme il a rencontré Mohammed Ben Salmane, le prince héritier d’Arabie Saoudite. Emmanuel Macron fait passer les juteux contrats d’armements avant les droits humains.

Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme s’est alarmé de cette situation, plaçant les dernières arrestations en Égypte dans « un schéma plus large d’intimidation des organisations de défense des droits humains et d’utilisation de la législation antiterroriste et de sécurité nationale pour faire taire la dissidence ». Macron a longtemps justifié son soutien au gouvernement al-Sissi en le présentant comme un partenaire dans la lutte régionale contre le terrorisme. « Mais l’Égypte a clairement montré qu’elle se sert abusivement de la législation antiterroriste pour éradiquer le travail légitime en faveur des droits humains et supprimer toute opposition pacifique. » Ce sont les associations et le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme qui le disent. Mais entre les droits de l’homme et les milliards d’euros de la vente d’arme, Macron a choisi.

Par Pierre Joigneaux.

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