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La semaine noire de la macronie

Quelle semaine. Lundi soir, l’horreur place de la République. Des gamins piétinés à qui on a arraché les tentes, un journaliste tabassé à terre. Jeudi matin, une nouvelle vidéo de violences policières nous glace au réveil. Les images de Michel se faisant fracasser par trois policiers font l’effet d’une déflagration dans le pays. Plusieurs millions de vues en quelques heures, tweet le plus partagé de l’histoire de Twitter France, réactions jusque chez nos champions du monde de football, sujet numéro 1 dans les médias depuis jeudi.

Le gouvernement est obligé de réagir. Jeudi midi, face à l’ampleur de l’indignation sur les réseaux sociaux, le ministre de l’intérieur se « félicite » que l’IGPN soit saisie. Pas un mot pour la victime. Et peu importe que l’IGPN ne serve strictement à rien. Cette institution saisie de 378 enquêtes pour violences policières lors des manifestations des gilets jaunes, qui a formulé… 2 propositions de sanctions. Surtout, les réponses de Darmanin lundi et jeudi s’appuient sur des images de violences policières… que le ministre veut interdire.

Jeudi soir, le Premier ministre lâche une bombe politique. Face à l’ampleur de la contestation contre le brûlant article 24 de la PPL Sécurité Globale, Jean Castex annonce : « une commission indépendante, chargée de proposer à la représentation nationale une nouvelle écriture ». Richard Ferrand, le président de l’Assemblée nationale, macroniste de la première heure, s’indigne. Le quatrième personnage de l’État rappelle au Premier ministre que « seul le parlement écrit la loi ». Le président du Sénat également. Un rappel du pouvoir législatif au pouvoir exécutif, de la séparation des pouvoirs. Du jamais vu dans la Vème République.

Pour tenter d’étouffer la crise politique, le Président publie un texte sur sa page Facebook. Emmanuel Macron y dénonce les violences policières et réaffirme qu’il croit en une « police exemplaire ». La thèse des « brebis galeuses », seul élément de langage de marcheurs qui bégayent depuis 48 heures sur les plateaux télés. Car les faits sont là. Les images diffusées par les voisins de Michel montrent que le problème est bien structurel : une vingtaine de policiers assistent au passage à tabac du producteur de musique et de ses jeunes artistes, des rafales de coup de poings en pleine tête, aucun ne réagit. Les images tournées place de la République et dans les rues de Paris lundi, le montrent également. Les images du 24 avril dernier à l’île Saint-Denis, « un bicot comme ça, ça ne nage pas », « haha ça coule tu aurais du lui accrocher un boulet au pied », les rires des policiers s’esclaffant face aux cris de douleurs de l’interpellé démontrent que le problème est structurel : une compagnie entière de policiers est sur place, personne ne réagit. Les révélations de groupe Facebook et WhatsApp regroupant des milliers de policiers échangeant des propos racistes le confirment : les trois policiers qui ont tabassé Michel en le traitant de « sale nègre », ne sont pas des cas isolés, ils révèlent bien un problème structurel documenté depuis des années.

Face à la crise politique, le Premier ministre fait machine arrière vendredi après-midi. Castex écrit au président de l’Assemblée nationale qu’il « n’entrera pas dans le périmètre de cette commission le soin de proposer une réécriture d’une disposition législative ». Le Premier ministre parle de la commission dont il venait d’annoncer la création la veille au soir pour… « proposer à la représentation nationale une nouvelle écriture. ». Le Premier ministre se contredit et recule… en même pas 24 heures. Signe de l’extrême fragilité de Jean Castex. Darmanin serait également très contesté en interne. Le Premier ministre a réuni dimanche à Matignon des cadres LREM pour discuter de la loi Sécurité Globale… sans le ministre de l’intérieur. Ambiance. Darmanin a d’ailleurs peu apprécié d’apprendre l’existence de cette réunion par voix de presse. Une députée macroniste refusant de voter le texte de lâcher « Nous allons tranquillement vers un état autoritaire, vers une suppression des libertés individuelles. » Quarante de ses collègues députés marcheurs n’ont pas voté le texte Sécurité Globale porté par Darmanin, lors de son passage en première lecture à l’Assemblée mardi soir. Le groupe LREM est ainsi passé de 314 membres au début du quinquennat à… 271 membres. Soit 43 départs.

Le gouvernement fait bel et bien face à une crise politique. 160 associations, la défenseure des droits, les syndicats de journalistes, les rapporteurs de l’ONU… Les mises en garde ont été nombreuses contre cette loi liberticide, mais le gouvernement s’entête. Il n’écoute personne. Même le Président de l’Assemblée nationale dénonce un piétinement du Parlement. On savait que l’Assemblée n’était qu’une chambre d’enregistrement des décisions présidentielles, mais le gouvernement lui même est contourné : le monarque présidentiel gouverne seul, caché derrière le conseil de défense, ne rendant de comptes à personne. Et réprimant férocement ses opposants. Trente six yeux crevés, six mains arrachées, des journalistes tabassés au sol, défigurés comme ce jeune journaliste syrien, dernier en date, frappé à coup de matraque au visage place de la Bastille samedi. Adama Traoré, Zineb Redouane, Steve Maïa Caniço, Cédric Chouviat… certains y ont laissé la vie.

Le pays n’en peut plus. Ces nouvelles images, de République lundi, et de Michel jeudi, sont venus faire déborder un vase déjà beaucoup trop plein. La réponse a été forte samedi. Très forte même. Des foules immenses partout dans le pays. Se levant pour défendre ses libertés. Pour s’opposer au désormais fameux article 24 de la PPL Sécurité Globale. Lille, Grenoble, Bordeaux, Rennes, Strasbourg, Marseille, Lyon, Caen, Brest, Nice… Des images impressionnantes nous sont remontées des quatre coins du pays samedi pour l’insoumission. Le mouvement social reprend. Et c’est impressionnant. 500 000 personnes selon les organisateurs. On l’a dit, le gouvernement fait face à une crise politique. C’est le moment de se lever. De refuser la société autoritaire qu’ils dessinent. Et d’aller jusqu’au retrait.

Par Pierre Joigneaux.