République : récit d’un soir où la violence policière de la macronie s’est déchaînée

Ce soir je n’arrive pas à trouver le sommeil. J’en ai fait des manifestations dans ma vie, mais ce que j’ai vu ce soir place de la République et dans les rues de Paris, dépasse l’imaginable.

Nous avons lancé le direct de l’insoumission avec Danielle Simonnet aux alentours de 19 heures. La police était tout juste en train d’arriver sur la place. Les tentes étaient disposées en longueur au pied de la statue de la République. Des exilés, essentiellement des gamins à l’intérieur et à l’extérieur. Puis très vite, les lumières se sont éteintes.

Les CRS ont commencé à charger par un côté (boulevard du Temple) et ont fait une percée en marchant sur les tentes. Ils ont été vite stoppés, face à eux, militants, avocats, journalistes, élus, citoyens, ont fait bloc. Puis tout est allé très très vite.

C’est aux alentours de la 25ème minute sur le direct (voir en fin d’article). La police effectue une charge sourde, matraque et bouclier en avant, écrasant tout sur son passage, y compris les gamins dans les tentes. Je suis frappé par un CRS. Je perds carte bleue, passe Navigo et carte vitale dans la charge, mais l’essentiel est ailleurs : face à la résistance pacifique mais déterminée, les gendarmes et les CRS chargent de l’autre côté. Et les coups pleuvent. Les tentes sont arrachées les unes après les autres. Des gamins sont à l’intérieur, terrorisés. Je vois une poussette entre les tentes. Puis un CRS qui tire une fille de mon âge par les cheveux.

Une chaîne humaine est formée pour tenter de protéger les dernières tentes restantes. Deux militantes associatives nous racontent l’évacuation du campement de Saint-Denis la semaine dernière, et les exilés pourchassés dans les rues pendant près de 48 heures sous les pluies de lacrymogènes. C’est à ce moment-là que la police charge de nouveau. Elle nous arrache un par un et nous pousse violemment hors de la chaîne humaine. Peu à peu, le groupe se réduit et la police se replace en ligne au pied de la statue.

Un sit-in se fait alors sur la place, dont les tentes ont disparu, gardées au pied de la statue par une autre compagnie de CRS. Quand le camion arrive pour les récupérer, la police adresse la première sommation. Puis charge à nouveau. Une mêlée de rugby géante, jusqu’à pousser en touche les exilés, militants, avocats, élus et journalistes restants. C’est alors que le mot d’ordre « Hôtel de Ville » est lancé pour fuir la situation qui a dégénéré : la troupe commence à avancer. Les CRS se mettent à courir pour empêcher de sortir de la place. La nouvelle charge s’effectue à l’entrée du boulevard du Temple. Un policier fracasse un jeune exilé contre un feu rouge. Sa tête tape, le policier lui assène des coups de matraque sur la tête, le gosse essaie de se protéger comme il peut, je le perds de vu. Le groupe s’engouffre désormais boulevard Saint-Martin.

Nous marchons comme ça jusqu’à Beaubourg. Là, CRS et gendarmes attendent, et dans une grande confusion dispersent la foule, les gaz lacrymogènes sont tirés. Un petit groupe se retrouve alors devant le métro Rambuteau, rue de Beaubourg. Et là, symbole de la soirée.

Rémy Buisine, journaliste de Brut, se fait plaquer au sol et rouer de coups. Nous signalons aux policiers qu’il est journaliste. Rémy Buisine se relève, et crie au policier « c’est la troisième fois que vous me frappez ». Ce à quoi, le policier, répond, goguenard : « jamais deux sans trois ». Voilà où nous en sommes : la police ne cache même plus sa violence. La liberté de la presse est en grand danger.

Alors que la loi Sécurité globale et son article 24, sont en train de passer à l’Assemblée, la police frappe un journaliste au sol et fait passer un message : oui, vous allez arrêter de diffuser les violences policières. La soirée a été remplie de symboles. Des exilés, des citoyens et des élus de la nation molestés place de la République. Des journalistes et le député insoumis Éric Coquerel nassés, empêchés de circuler, au pied de l’Hôtel de Ville. La dérive autoritaire se déroule sous nos yeux.

« Certaines images de la dispersion du campement illicite de migrants place de la République sont choquantes. », ce sont les mots de ministre de l’Intérieur Gerald Darmanin après cette soirée. Le même ministre qui a préparé en coulisse la loi sécurité globale qui doit être voté ce 24 novembre à l’Assemblée nationale. Une loi qui vise justement à condamner la diffusion d’image d’interventions des policiers et gendarmes… Encore un symbole. Ainsi s’éteint la liberté… sous une pluie d’applaudissements.

Par Pierre Joigneaux.

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