«Il faut donner aux travailleurs des plateformes numériques les mêmes droits qu’aux autres salariés»

Cela fait un an que la Commission européenne assure vouloir légiférer sur le statut des travailleurs de plateformes numériques. Ne voyant rien venir, Leïla Chaibi a rédigé une proposition de directive, clef en main, qu’elle a remise au commissaire européen Nicolas Schmit, lundi dernier. Avec Arthur Hay, ex livreur, elle est l’invitée de #LaMidinale.

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Sur la proposition de directive 
Leïla Chaibi
« C’est une initiative peu courante au Parlement. On pourrait se dire que c’est normal que des parlementaires proposent des directives. Une directive c’est l’équivalent d’une loi au niveau européen. Mais dans l’Union européen, on doit attendre d’avoir une proposition de directive qui émane de la commission européenne, et les parlementaires ont juste le droit de l’amender. »
« Les plateformes numériques ont inventé un modèle pour contourner le droit du travail en utilisant le statut des indépendants, mais sans donner les libertés et l’autonomie des indépendants. »
« Ça fait un an qu’on attend une proposition de directive de la part de la commission européenne sur le sujet des travailleurs des plateformes numériques. La situation est la même partout en Europe. »
« Ça fait un an que la commission veut légiférer. »
« Plutôt que d’attendre la proposition de la commission qui tardait à arriver et qu’il y avait urgence, j’ai réuni un groupe d’experts et de juristes pour écrire une proposition de directive. »
« J’ai présenté la proposition de directive au commissaire européen chargé de l’emploi et des affaires sociales, Nicolas Schmit. »

Sur les droits relatifs à la proposition de directive
« L’enjeu c’est de donner aux travailleurs des plateformes numériques les mêmes droits que n’importe quel salariés. »
« Il existe aujourd’hui le statut d’indépendant, le statut de salarié et les plateformes veulent créer un nouveau statut qui nous paraît très dangereux : ils veulent inventer un contrat de travail dérogatoire au droit commun. »
« Pendant le confinement, Monoprix a découvert comment remplacer les travailleurs qui étaient en arrêt maladie. Ils ont découvert la plateforme Staffme qui permet de trouver un job en s’inscrivant en tant que micro-entrepreneur. Et Monoprix a donc découvert que plutôt que d’avoir des salariés avec un contrat, une durée, ils pouvaient avoir des étudiants à la tâche en passant par Staffme ce qui leur permet de ne pas assumer leur responsabilité d’employeur. » 
« Cette directive que je propose peut se faire à traité constant. La commission européenne peut copier/coller notre proposition. »

Sur la réaction du commissaire européen et la probabilité d’adoption de la directive
« Je suis à la fois optimiste et lucide. »
« Je savais que le commissaire ne m’annoncerait pas de scoop. Mais il y a plusieurs éléments positifs et c’est d’abord le fait que le commissaire européen, Nicolas Schmit, est contre l’idée d’un troisième statut. »
« Quand j’ai rencontré les lobbyistes de Uber et de Deliveroo, ils avaient des étoiles dans les yeux quand ils parlaient de Macron. »
« Le plus grand frein qu’on a au Parlement européen vient des parlementaires français, macronistes. J’ai moins de frein quand je vais voir la droite qu’avec les eurodéputés macronistes. »

Sur la concurrence entre les travailleurs
Arthur Hay
« C’est facile quand on a une population précaire de les mettre en concurrence. »
« Les plateformes essaient de créer ce climat de concurrence. »
« Il y a un modèle de société et d’exploitation du travail qui veut être généralisé par les plateformes numériques. »
« Les nouvelles boites d’interim qui se montent sont des boites de micro-entrepreneurs – pour remplacer des gens qui sont en arrêts maladie ou qui font valoir leur droit de retrait. Cette opposition entre les salariés tend à se généraliser. »

Leïla Chaibi 
« On a l’impression que le capitalisme a toujours essayé de trouver des stratégies de contournement au fait que collectivement sur un même site, les travailleurs s’organisent. »
« Avec l’ubérisation, les contrats individuels, les plateformes ont cassé cette organisation des travailleurs. D’ailleurs, j’aime beaucoup le slogan du [Collectif des Livreurs Autonomes de Paris] c’est ‘la rue est notre usine’. »

Sur l’utilité sociale des métiers et les appels au boycott
Leïla Chaibi 
« Je suis un peu agacée aux appels au boycott et à ces appels à la responsabilité individuelle. »
« Je comprends que quelqu’un qui cherche à faire ses cadeaux de Noël, s’il est ric-rac, qu’il fasse le choix d’aller sur Amazon plutôt que d’aller ailleurs. La solution est avant tout politique. Mon boulot c’est pas de faire la morale aux gens en leur disant d’arrêter d’aller sur Amazon. »
« On parle peu du fait que ces plateformes existent parce qu’elles sont des intermédiaires. Et ce qui se joue en ce moment est très dangereux car ces plateformes qui devaient n’être que l’intermédiaire entre A et B, sont en train de bouffer B. » 

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