IVG : Les femmes garantes de notre liberté

Intervention de Jean-Luc Mélenchon à l’Assemblée nationale le 8 octobre 2020 dans le cadre du débat sur la prolongation de la durée légale de l’IVG de 12 à 14 semaine.

Le président du groupe «La France insoumise» a défendu la thèse humaniste. Voici la retranscription de ses deux interventions.

« Président, collègues, je suis un homme assez âgé pour avoir l’expérience de ce qu’a décrit il y a un instant Madame Clémentine Autain, ma collègue. Les situations de détresse que l’on connaissait à l’époque où il n’était pas possible d’avorter en France. Et nous, les hommes qui aimions nos compagnes, nous étions pris dans cette situation de détresse. Le pire, c’était ces caravanes qui faisaient le tour de l’Europe pour trouver un endroit où se feraient, dans des conditions dignes et décentes, ces avortements. Donc, encore comme on vient de le faire à l’instant, n’ayons pas peur de ce qui est en cause dans le débat, c’est-à-dire son contenu philosophique. Madame Ménard, vous défendez le droit à la vie, je le comprends, je le respecte. Vous ne pouvez pas prouver davantage que vous avez raison que moi je ne pourrais prouver rationnellement que j’ai raison. Je pourrais dire pourquoi c’est préférable de faire les choix que nous faisons, sans jamais me réclamer d’une vérité qui devrait s’imposer à vous et à moi sinon une seule : pour ce qui est notre point de vue, celui de l’humanisme, tel qu’il s’est fondé, l’être humain créateur de lui-même. Je conçois que ce soit une offense à certaines convictions, mais c’est la nôtre. Vous avez raison de dire que c’est idéologique, collègues, mais dans l’autre sens aussi ça l’est.

Car, quand on commence à refuser les délais, comme dirait l’autre, il n’y a plus de limite. Je pourrais citer un gouvernement que je désapprouve totalement, qui pourtant est réputé être de mes amis, celui du Nicaragua où pour finir on a interdit l’avortement en général, en particulier quand les femmes et même quand les femmes sont en danger dans leur vie, par conséquent il n’y a pas de limite. Ce que nous confrontons, ce sont des points de vue philosophiques. Si vous dites que la vie est un droit sacré dès l’instant qu’apparaît un fœtus, alors il faut interdire tout délai. Si vous dites que vous ne le croyez pas et que vous n’en savez rien, alors vous vous reposez sur l’être humain créateur de lui-même. Là, la femme qui apprécie elle-même sa liberté, elle-même. Et le recours contre l’abus c’est la liberté. La liberté individuelle. Celle de décider pour soi-même. »

« Je complète ce que je disais il y a un instant en répondant à notre collègue Thill qui disait que c’est un droit de l’homme et je respecte son point de vue. Il part de la prémisse que la vie, l’être humain, commencerait avec le fœtus. Et je lui opposais la prémisse inverse qui est la nôtre, qui est qu’un être humain est un être humain lorsqu’il est voulu et lorsqu’il né et qu’il entre dans les relations sociales. Et je me rattachais à la définition de l’humanisme : l’être humain créateur de lui-même.
Je voudrais connecter cette discussion avec d’autres que nous avons. Et dire à mon collègue Son-Forget qu’il se trompe lourdement, même s’il est très savant dans son domaine de médecin. La science ne nous apprendra que des limites physiques ou sensitives que nous avons. Elle ne dira rien de l’être humain. La science… Vous êtes dans une illusion. La science nous dit qu’il y a 2% d’écart génétique entre une banane et un être humain. Je crois que la différence est beaucoup plus importante que ces 2% entre une banane et un être humain. Et par conséquent nous serons toujours obligés de nous définir nous-mêmes. C’est la liberté telle qu’elle est dans l’histoire. Vous n’avez pas de réponse objective à la question de “qui est un être humain et à partir de quand ?”. Vous n’avez qu’un recours, comme dans tous les autres domaines : la liberté de conscience. Et cette liberté, la femme en est dépositaire à cet instant. Si vous ne croyez pas à la liberté de conscience, alors vous ne croyez pas aux fondements de la morale. Parce que, même quand on est croyants en Dieu, il n’empêche que c’est la liberté individuelle qui vous fait choisir entre le bien et le mal, et c’est une liberté. La liberté de conscience, on la retrouve dans ce texte. Si nous décidons d’une manière ou d’une autre qu’il y a une limite sans le légitimer par une raison objective, alors nous décréterions quelque chose qui attenterait à la laïcité de l’État. C’est-à-dire que nous déciderions quand commence la vie. Et cela n’est pas dans les moyens du législateur. »

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